Remaniement ministériel du PLQ  le 28 janvier 2016. Photo Francis Vachon

#Qc2018 – le PLQ avantagé à 10 mois des élections, mais tout reste à faire…

Pour débuter l’année politique, il serait intéressant de dresser un portrait de la situation pour chaque formation politique. 2018 ne sera rien d’autre qu’une longue course électorale, un des travers de l’institution d’élections à date fixe. Qu’on se le tienne pour dit, chaque formation politique au Québec conduira ses actions cette année en vue du scrutin du mois d’octobre prochain.

À plus forte raison le parti au pouvoir qui, en plus de mêler gestion institutionnelle et intérêts partisans, profitera de l’année en cours afin d’inonder le Québec de messages en apparence « gouvernementaux » alors que ceux-ci ne sont que publicités déguisées pour le parti Libéral. C’est déjà bien amorcé d’ailleurs. Au frais des contribuables et à l’abri des dépenses électorales.

Le parti libéral du Québec

L’année 2017 en fut une fort difficile pour le PLQ. Philippe Couillard a beau vouloir marteler sur le clou de l’économie pour présenter son gouvernement sous le meilleur jour possible, chaque fois une tuile le rattrape au mauvais moment. Nous n’avons qu’à penser à l’épisode Guy Ouellette qui s’est produit au pire moment pour le PM et son parti.

Les gens du PLQ débutent toutefois l’année électorale par deux excellentes nouvelles : d’abord, l’allié placé à l’UPAC a assuré le parti que la police anticorruption dont le mandat est d’enquêter essentiellement sur la corruption du parti, n’allait pas embêter le parti au nom du refus de « s’immiscer dans le processus démocratique »; ensuite, le DGEQ a assuré le PLQ que « mieux valait vivre l’expérience électorale de 2018 avant de resserrer les règles de dépenses pré-électorales ».

En clair, l’UPAC n’embêtera pas le PLQ par des arrestations qui mineraient gravement ses chances de réélection même si les enquêtes sont terminées et que le DPCP autoriserait le dépôt d’accusations. Et ce même si Robert Lafrenière, le boss de l’UPAC, a claironné plus d’une fois que son corps de police n’était jamais guidé par le calendrier politique et que les accusations et les arrestations devaient se faire quand le tout était prêt, point final. Aussi, le PLQ a reçu l’assurance du DGEQ qu’il pourrait dépenser à sa guise avant la période électorale. Ce sont là, dans les deux cas, des avantages indus. Déjà que l’extrême attentisme de l’UPAC n’a rien réglé en ce qui a trait au financement occulte libéral ce qui n’exclut pas que le PLQ soit déjà assis sur une montagne d’argent datant de l’ère Charest. Les reportages sur l’immobilier PLQ Inc. ça vous rappelle quelque chose?

On ajoutera à ça le fait que le gouvernement Couillard, en 2017, a tout fait pour affirmer à son électorat captif anglophone et allophone que son parti défendrait ses intérêts. Dans les sondages, l’appui au PLQ au sein de son électorat captif a certes décliné de quelques points, mais rien pour mettre en péril la quarantaine de comtés que lui confère cet électorat.

Voilà qui est aussi un avantage indéniable dont jouit le PLQ. Peu importe ce qui se produire cette année, Philippe Couillard devrait se lancer en campagne électorale fort d’une quarantaine de comtés quasi assurés.

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Le parti québécois

Seuls les indécrottables militants péquistes refuseront d’admettre que ce fut une année de misère pour le PQ. Je veux bien que l’on conteste la validité des sondages et que l’on invoque les méchants complots des médias et autres facéties du genre, la réalité demeure que le PQ n’a plus atteint la barre des 30% d’appuis depuis plus d’un an.

Toutefois, tout est loin d’être perdu pour le parti québécois. Jean-François Lisée trouvera matière à se réjouir en cette fin d’année dans le fait que tant du côté de l’ensemble des parlementaires que de la population, le PQ compte sur de solides députés dont la crédibilité n’est plus à faire. Les Pascal Bérubé, Véronique Hivon, Catherine Fournier pour ne nommer que ceux-là représentent la plus forte relève parlementaire à Québec.

Aussi, l’appui du PQ dans les « régions ressources » n’a pas décliné au point de lui faire craindre de perdre tous ses comtés, loin de là. Aussi, le PQ demeure dans la course dans le 450 où rien n’est joué à un an des élections. La raison en est fort simple, difficile de remporter une élection générale sans l’appui d’une organisation électorale éprouvée et d’un financement politique conséquent.

Le PQ a beau avoir chuté dans les sondages, fin décembre le chef Lisée aura aussi été conforté par le fait que son parti mène toujours dans le domaine du financement politique très loin devant la CAQ et Québec solidaire. Le PLQ demeure second à ce chapitre.

Le parti québécois devra profiter des premiers mois de 2018 pour peaufiner son positionnement politique sur divers dossiers délicats au sein de la formation politique. Sur une question comme la laïcité par exemple, le PQ se trouve parfois écartelé entre diverses tendances qui s’affrontent. Plaire dans Rosemont à Montréal et dans Duplessis sur la Côte-Nord relève parfois de considérations divergentes. Un des talons d’Achille du chef du PQ demeure cette perception que celui-ci est prompt à changer d’idées sur certains dossiers, dont celui de la laïcité ou de la défense de l’identité.

Le parti québécois devrait clairement établir ses positions sur les questions les plus susceptibles de définir la prochaine campagne électorale le plus rapidement possible afin de se positionner clairement et sans ambiguïté sur celles-ci.

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La Coalition avenir Québec

François Legault surfe sur une vague de sondages favorables depuis plusieurs mois. Dans certains médias, on a parfois l’impression que le positionnement de son parti fait de lui le chef de l’opposition officielle. Il est indéniable que Legault jouit d’appuis forts au sein de certains médias et cela pourrait lui être utile en 2018. Aussi, sa position avantageuse dans les sondages aide à recruter des candidats crédibles.

Toutefois, une incertitude demeure quant à la CAQ et c’est son organisation sur le terrain. Mener dans les sondages c’est une chose, convertir les beaux sondages en comtés gagnés en est une autre. Et personne ne le sait mieux que François Legault et ses partenaires de longue date à la CAQ. Des sondages favorables on connait ça chez François Legault; on lui a même déjà prédit 100 sièges sur 125! Dans les urnes, c’est autre chose. La législature en cours a donné lui à un nombre impressionnant d’élections partielles et malgré des sondages favorables, dans des circonscriptions que la CAQ aurait voulu ravir à ses adversaires, le vote caquiste a été famélique. On pense ici à St-Jérôme où François Legault annonçait avoir trouvé un candidat de prestige ou à Chicoutimi où la CAQ s’est effondrée complètement.

Assurément, à la CAQ, on aurait voulu que l’année 2017 se termine sur une note plus favorable que les chiffres de financement du DGEQ qui montrent, encore une fois, la difficulté qu’a la CAQ à construire une organisation digne de ce nom. La formation de François Legault a été dépassée par Québec solidaire à ce chapitre, rien de bien encourageant à 10 mois des élections.

Aussi, il est indéniable que François Legault est un débatteur et un campaigneur moins habile que ses principaux adversaires. En débat électorale, plusieurs miseraient sur Lisée ou Couillard bien avant lui. (Difficile de se prononcer sur QS… j’y reviens) Pour toutes ces raisons, j’hésiterais avant de concéder quoi que ce soit à la CAQ en dépit de sondages favorables à 10 mois des élections.

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Québec solidaire

Chez QS on s’enorgueillira d’avoir terminé l’année en avalant le groupuscule Option nationale (dont je faisais partie). Bien que d’un côté comme de l’autre, les dirigeants des deux formations politiques ont voulu présenter le tout comme une réussite extraordinaire qui servirait à propulser QS vers des sommets inégalés, la réalité demeure que QS a tenu ce débat-là à huis-clos dans ses instances et que le congrès extraordinaire d’ON s’est soldé par un noyautage évident et une scission en plein congrès. On a déjà vu plus enthousiasmant.

Aussi, Québec solidaire a repoussé à plus loin certains débats qui seront assurément houleux au sein de la formation politique; au premier chef, à savoir qui assumera le rôle du.de.la chef.fe (sic!). Le.laquel.le des deux porte-paroles représentera QS au débat des chefs par exemple. Cela reste à déterminer. Dans la très, très, très, improbable éventualité où QS formerait le prochain gouvernement, qui serait premier.ère ministre? En toile de fond, le fait aussi que GND ait voté pour des discussions en vue d’ententes électorales avec le PQ, Manon Massé, contre. Faut être de mauvaise foi pour ne pas admettre que tous ne voient pas du même œil le virage plus « indépendantiste » que voudrait privilégier GND pour la formation politique.

Sans oublier que la gauche fédéraliste est dorénavant courtisée de façon très active par le parti Vert du Québec (dont le chef Alex Tyrell épouse de façon engagée les positions de la gauche multiculturaliste de Montréal) et le NPD-Qc.

On ne le dira pas, mais chez QS, on aurait espéré que l’effet GND se manifeste de façon plus tangible. Vrai que Québec solidaire a dépassé la CAQ dans le financement populaire, et c’est un bon signe, mais la formation politique continue de jouir d’un cercle d’influence essentiellement montréalais (plus proche de l’UQAM que l’ouest, toujours forteresse libérale) en plus de quelques zones intéressantes en dehors de Montréal (Taschereau, Rimouski entre autre).

Dans les faits, en dépit d’une courte embellie dans les sondages suite à l’arrivée de GND, Québec solidaire continue d’osciller autour de 10% d’appuis, et moins que ça en région. Le baromètre permettant d’évaluer le succès électoral chez QS continuera de s’articuler autour de sa capacité à affaiblir le PQ pour le moment. Ravir les quelques comtés qui reste au PQ à Montréal et rêver de prendre Laurier-Dorion au Libéraux, ce qui, ironiquement, aurait été à la base discussions entre QS et le PQ et un meilleur gage de succès pour réussir, enfin, à grignoter un comté ailleurs que chez la gauche du parti québécois.

Attachez vos tuques, cette année électorale démarrera sur les chapeaux de roues et sera captivante…

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