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L’art de prendre les Québécois pour des imbéciles…

Mi-décembre, voici le temps des cadeaux de Noël, de la planification des fêtes, de l’installation des pneus d’hiver pour les derniers retardataires, mais aussi de la ronde d’entrevues du commissaire à l’UPAC Robert Lafrenière. Un passage obligé.

Au cours des dernières heures, le boss de l’UPAC a rencontré les journalistes afin de dresser un bilan de l’année de l’organisme qu’il dirige. On pourra lire les Sébastien Bovet, Yves Boisvert ou Antoine Robitaille pour y trouver à peu près la même déclinaison du message que voulait livrer le commissaire : ce fut une rude année pour lui, on a remis en question son intégrité, le climat de travail est bon, les fuites nuisent à l’UPAC…

Toutefois, d’un texte à l’autre, on trouve quand même quelques nuances intéressantes. Ça vaut la peine de s’y attarder.

Yves Boisvert de La Presse ouvre son texte en prévenant le lectorat : « Le dossier le plus connu de l’UPAC, l’enquête Mâchurer, n’est pas sur le point d’aboutir ». Lire entre les lignes ici : « les politiciens libéraux qui sont toujours à l’Assemblée nationale et qui ont l’intention de se représenter à l’automne 2018 n’ont rien à craindre de la part de l’UPAC ».

Sébastien Bovet de Radio-Canada offre un son de cloche un tout petit peu différent : « Ce sont des choses qui sont longues. Moi je demande aux citoyens : soyez patients, ça va être payant. »

Ah? Ça va être payant? Que sous-entend le chef de la police anti-corruption du Québec? Il en sait assez pour attiser la curiosité des citoyens? L’enquête dont il parle vise le parti Libéral du Québec, dont plusieurs membres sont toujours actifs et même dont certains sont toujours ministres.

Doit-on courir le risque que ceux-ci fassent campagne encore en 2018, fort du trésor de guerre immense que le PLQ a cumulé pendant l’ère Charest, l’ère pourrie sur laquelle enquête Lafrenière? Car c’est bien de ça qu’il s’agit ici. Le parti politique qui a nommé Lafrenière et qui le maintient en poste, ce parti qui va au-delà du ridicule pour s’assurer de garder toute la prérogative de le nommer sans consulter l’Assemblée nationale, ce parti sur qui Lafrenière doit enquêter, fera campagne en jouissant d’une fortune colossale et en comptant en son sein des gens qui ont participé allègrement à la période de collusion et de corruption. C’est indécent.

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Ce qui est « payant » en fin de compte, pour le PLQ, c’est le temps fou que ça prend à l’UPAC pour aboutir dans tous les dossiers qui touchent le PLQ. Tellement « payant » que le PLQ peut ramener Charest en plein congrès pré-électoral et en faire un héros, tellement « payant » que des députés, des argentiers et des ministres ont aujourd’hui une meilleure idée que lesdites enquêtes ne les empêcheront pas de faire campagne as usual en 2018…

« Tsé, des centaines de témoins! Pis Bibeau qui a fait traîné les choses. C’est loooong! »

Marc Bibeau qui aurait ajouter encore plus à sa fortune au moyen de ses lucratifs baux n’eut été de l’intervention du bureau d’enquête de Quebecor qui a dévoilé le tout au grand jour. Et hop! On fait disparaître le contrat gênant avec Bibeau.

Message au boss de l’UPAC : peut-être que l’information coule vers Quebecor parce que Quebecor a un meilleur bilan que vous quand il s’agit d’exposer la magouille libérale…

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Robert Lafrenière prend les Québécois pour des imbéciles, ou des amnésiques. C’est selon. Je lisais les textes des différents chroniqueurs ce matin en me rappelant que le boss de l’UPAC avait fait EXACTEMENT le même show il y a trois ans presque jour pour jour, le 19 décembre 2014.

En entrevue avec La Presse, cette fois sous la plume de Kathleen Lévesque, Lafrenière bombait le torse, faisait le fanfaron :

« Ce sont des enquêtes que l’on [mène] depuis longtemps et qui vont aboutir, je le souhaite ardemment, en 2015 ».

Et plus loin la journaliste rappelle :

« Plusieurs personnes intimement liées au PLQ sont sur l’écran radar de l’UPAC, comme l’ont démontré au cours des derniers mois les documents judiciaires appuyant les mandats de perquisition obtenus par les médias, dont La Presse. L’ancien collecteur de fonds du PLQ et ami personnel de Jean Charest, Marc Bibeau, ainsi que l’ancien directeur général du PLQ, Joël Gauthier, font l’objet d’enquêtes policières. »

Marc Bibeau continue à faire affaire avec le gouvernement et à se remplir les poches comme si de rien n’était, Jean Charest se moque de l’UPAC en plein congrès du PLQ et le PLQ continue de nommer le boss de l’UPAC, celui de la SQ (qui aujourd’hui contrôle aussi le SPVM), le DPCP, les juges…

Qu’on cesse un peu de s’indigner des frasques de Trump, il y a ici, au Québec, un tel cirque en ce qui concerne l’état et la politisation de la police et de la justice que nous n’avons de leçons à faire à personne.

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