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« C’est grave de voir un parti comme le PLQ qui boycotte une émission comme j’avais le midi! »

J’ai reçu hier le journaliste Benoit Dutrizac en entrevue sur les ondes de RadioInfoCité. Je tiens à remercier mon chum et co-animateur François St-Louis pour la tribune et toute la latitude que nous avons afin de discuter, franchement, sans filtre, avec des gens comme Benoit Dutrizac. Il va sans dire que je salue ce journaliste, que j’estime, de s’être prêté à l’exercice. Sommaire de l’entrevue… 

On se souvient de la fameuse entrevue du journaliste Benoit Dutrizac avec Lino Zambito sur les ondes du Cogeco 98.5; celle où l’ex entrepreneur en construction avait fait des révélations explosives à propos de l’ex premier ministre Charest. Une entrevue qui avait instantanément rebondi à l’assemblée nationale afin que députés et ministres réagissent aux allégations de Zambito.

La journée n’était pas encore terminée que – fait rarissime – la direction de Cogeco avait supprimé les entrevues du site web de la station radio. Disparues aussi les entrevues de députés qui réagissaient au scandale du jour. Officiellement, sur le site de Cogeco, cet épisode n’existe plus. Des copies de ces entrevues avaient été faites et on peut écouter,  l’entrevue de Dutrizac avec Zambito ici.

Je n’avais pas encore entendu l’animateur Benoit Dutrizac réagir directement à cet épisode à la suite duquel s’est terminé son association avec Cogeco. Bien entendu – et c’est ce que Dutrizac a nommé son « purgatoire contractuel – pendant un certain temps, l’animateur était tenu au silence. Aussi, j’avais bien hâte de l’entendre, là dessus, mais aussi sur l’état du Québec en général, alors que je l’ai reçu en entrevue hier.

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Une entrevue « incontournable »

D’entrée de jeu, pour Benoit Dutrizac, cette entrevue avec Lino Zambito était incontournable. Une entrevue pour laquelle il n’y a pas de suivi et pas de réponses. Mais surtout, une entrevue qui a amené l’animateur à se pencher sur le cas de Luigi Coretti notamment.

« Tout le monde a la même opinion de Luigi Coretti, ah oui, c’est un bandit, il a fait de la fraude! Alors que dans les faits, c’est pas lui qui a fait de la fraude mais bien l’ex ministre libéral Tony Tomassi qui avait bummé sa carte de Petro-Canada, Tomassi, ancien ministre de la Famille qui a d’excellentes activités parascolaires! Luigi Coretti qui était aussi dans la police militaire, lui qui a été appelé à son procès et pour qui finalement le DPCP dit… Luigi, reste donc chez vous! Luigi Coretti dit, non, non! Moi je veux faire entendre l’ancien chef de police, le ministre de la justice… Non, non Luigi, retourne chez vous! Tout est cool, tout va bien! »

En fait, le journaliste Benoit Dutrizac, comme tant d’autres citoyens du Québec, est à la recherche de réponses concernant ce qui se passe dans le domaine de la justice. Il admet avoir croisé Robert Lafrenière, le commissaire de l’UPAC, dans les bureaux de Télé-Québec et de l’avoir invité à son émission Les francs-tireurs, ce que le patron de l’UPAC (et son gendre, Martin Prud’homme, patron de la SQ) a refusé.

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Robert Lafrenière et Martin Prud’homme, invités à s’expliquer aux Francs-tireurs

Pourtant, la population du Québec gagnerait à ce que le chef de la police anticorruption réponde à certaines questions selon Dutrizac :

« On voit encore aujourd’hui des rapports caviardés sur la situation à l’UPAC […] et je pense que ce serait important de rassurer les gens que les policiers de l’UPAC font leur travail, qu’on leur permet de faire leur travail, qu’on intervient pas de façon politique dans le travail des policiers, des enquêteurs, qu’il n’y a pas de patronage, qu’il n’y a pas, selon ce qu’on m’a dit, 300 dossiers sur les tablettes qui attendent d’être enquêtés… Je veux savoir ce qui se passe là. Il me semble que dans une démocratie, c’est important d’avoir confiance aux services policiers. »

Sur l’absence de solidarité de la grande confrérie des médias alors que Cogeco lui montrait la porte…

Aujourd’hui libre de s’exprimer sur ce qui s’est passé à son émission, Benoit Dutrizac déplore que bien peu de gens, notamment dans la grande confrérie des médias, se sont indignés que le PLQ boycotte son émission de radio, ou que sa rélation tumultueuse avec le parti au pouvoir finisse par lui couter son micro.

« C’est grave de voir un parti politique comme le parti libéral boycotter une émission comme j’avais le midi. Mais y’a personne qui a dit quoi que ce soit. Tout le monde au Québec on ne trouve pas ça normal que Carey Price soit absent deux semaines, on sort les théories du complot, mais qu’une émission soit boycottée par le parti libéral, par le gouvernement,… Pis dès que je partais en vacances, là on les voyait venir tetter tout ce que j’avais créé comme émission, tout ce que j’avais mis en place, la fidélisation des auditeurs, c’est pas mon remplaçant qui a créé ça là, c’est moi et le choix des collaborateurs, et l’équipe de recherchistes, et Larry Dufresne à la réalisation, c’était un travail d’équipe et tout à coup, moi je sortais des ondes et là t’avais la gang de libéraux qui venait à quatre pattes et qui venait renifler le petteux de tout le monde.

Pis y’a personne qui est offusqué de ça, y’a personne qui trouve ça étrange tsé… ou injustifiable.

[Il me semble que je n’ai pas senti un mouvement de sympathie ou de solidarité devant ce qui t’arrivais]

Pas pantoute. Pas pantoute.

[Comment t’expliques ça?]

C’est facile à expliquer… C’est facile à expliquer. Money talks. C’est toute. C’est toute. La solidarité, la loyauté, tsé, oublie-ça, ça n’existe pas. »

Je vous invite à écouter l’intégrale de cette entrevue et je tiens à remercier Benoit Dutrizac d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, franchement, sans filtre. Elle nous manque cette voix là.

Quand je lui ai demandé s’il avait le gout de se positionner sur l’état du Québec en général, Dutrizac m’a répondu qu’on lui avait proposé de contribuer par le biais de textes d’opinion dans des journaux, des blogues, etc. Mais que cela ne l’intéressait pas plus qu’il faut. Sa contribution à lui, celle qu’il juge essentielle? Sa capacité de poser des questions à tout le monde, sans complaisance, sa capacité de se mettre dans la peau de l’auditeur tout en profitant de sa tribune pour poser les questions à ses invités que les auditeurs poseraient eux-mêmes.

À suivre au cours des prochains mois.

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