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Fusion QS-ON : consultation en déficit de crédibilité…

En fin de semaine, Québec solidaire tiendra son congrès pré-électoral afin d’avaliser son programme politique en vue des prochaines élections. Plus de 130 pages à propos de sujets divers. On peut consulter le document ici.

En « side-show » au cours de ce congrès, il y aura le vote des délégués sur l’entente de fusion avec la formation Option nationale. On dit « fusion » pour être poli, mais tous ont compris qu’il s’agit ni plus ni moins que de « l’avalement » d’ON par QS.

Toutefois, quelques nuages planent sur cette « fusion ».

En y regardant de plus près, on peut se demander quelle est la légitimité du processus. Des questions se posent, notamment en ce qui concerne la façon d’avaliser cette entente.

Dans la vie d’une formation politique, le fait de discuter de l’avenir intrinsèque de celle-ci devrait provoquer la plus vaste consultation possible, soit le vote de tous les membres. C’est bien le cas quand on propose de fusionner deux formations politiques dont l’une cessera d’exister. À terme, il doit y avoir quelque chose de nouveau qui doit naître de ce processus. Cela commande le plus grand assentiment possible.

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Pourtant, les deux formations politiques dans le cas présent ont soigneusement évité de lancer une consultation qui saurait engager, mobiliser le plus de ses membres possibles. On est très loin du compte.

Chez Québec solidaire, un vote des délégués choisis au sein de chaque circonscription pendant le congrès. Les associations de chaque comté ont discuté d’une position à adopter quant à la fusion avec ON, les délégués devraient voter en fonction du choix de leur association de comté respective. Pas de grand suspense ici, ce n’est un secret pour personne que le « politburo » appuie le projet de fusion. C’est ce qu’a avancé Jean-Claude Balu de QS, responsable aux orientations :

« Les divisions portent aussi sur la manière dont le débat s’est jusqu’ici déroulé. Des 14 personnes qui siègent au Comité de coordination national de Québec solidaire, une seule s’est prononcée contre l’entente. Le responsable aux orientations, Jean-Claude Balu, estime que la direction du parti pousse beaucoup sur la fusion.
Par souci d’équité, on aurait dû au moins sur le site Internet permettre aux gens d’exprimer les deux positions ou de produire des vidéos [les] exprimant […] C’est inéquitable d’après moi. »

Admettons que le risque de dérapage gênant, comme ce qui s’est produit au printemps dernier en congrès chez QS quand on a discuté non pas d’alliance électorale avec le PQ, mais bien de la possibilité de discuter d’une telle avenue, est beaucoup moins grand. On voudra éviter que les trois micros lors du congrès (un pour les hommes, un pour les femmes et un pour les non-genrés) ne se transforment en déversoir de querelles sur la question de l’indépendance, ce qui pourrait tout faire foirer.

Chez Option nationale, un congrès spécial est prévu en fin de semaine prochaine, à Québec. Pour avoir le droit de se prononcer sur le projet de fusion avec QS, les membres en règle (vous aviez jusqu’à hier pour le devenir, désolé!) doivent s’inscrire au congrès (vous aviez jusqu’à hier pour vous inscrire, désolé!), acquitter les frais de 15$ et se présenter sur place pour voter.

À Québec. Faque t’es un membre, mettons du fin fond de l’Outaouais, la question te tiens à cœur, tu veux voter, eh bin tape-toi 10 heures de voiture mon homme! Et c’est advenant le cas que les routes ne soient pas enneigées comme hier par ici. Auquel cas un tel trajet serait bien mal avisé. Tout ça pour le droit de se prononcer sur l’avenir du parti dont on est membre (je le suis).

Certains avanceront que « les vertus délibératives du congrès » sont importantes, que le droit de s’exprimer et de débattre sur ces questions est primordial. Sans farces, je participe, professionnellement, à des tonnes d’assemblées et de congrès de toutes sortes où ces « vertus délibératives » sont assurées par le truchement des nombreux outils technologiques qui sont à notre disposition, et ce à très peu de frais.

Cet argument est nul.

Option nationale compte 2000 membres environ selon les derniers chiffres que j’ai pu glaner. Qu’on ne me dise pas qu’il est difficile d’organiser une consultation qui prenne en compte l’avis du plus de membres possible. Surtout que le congrès spécial du 10 décembre prochain ne porte QUE sur l’entente avec QS. Webdiffusion des échanges, un modérateur qui s’assure de relayer les commentaires et la participation des membres en ligne.

Soyons francs, les délibérations du congrès spécial ne seront pas déterminantes pour bien des membres pour qui les « vertus délibératives » sont commencées depuis longtemps. D’ailleurs, le refus du chef d’Option nationale de débattre avec ceux qui sont contre la fusion nuit à ces vertus…

Imposer la présence physique des membres en congrès spécial – et toutes les contraintes que cela peut imposer dans un Québec si vaste – me semble relever bien plus de la volonté de ceux qui ont choisi ce mode de consultation de contrôler le plus possible l’issue du vote. Point final.

De là la question de la légitimité de cette « fusion ». Nous savons tous que les « dirigeants » de chaque parti souhaitent ardemment que cette fusion se fasse. La consultation de l’ensemble des membres de chaque formation politique par le moyen d’un vote, un membre ne convient tout simplement pas à l’objectif des dirigeants.

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Petit rappel; deux partis provinciaux ont uni leurs destinées plus tôt cette année. La méchante droite albertaine. Mais dans les discussions préliminaires, chaque parti s’est entendu que pour que cette « fusion » soit la plus légitime, cela prenait l’assentiment du plus de membres possible. Ainsi, le Wildrose et les Progressistes-Conservateurs ont organisé des consultations multi-plateformes en encourageant le vote en ligne, par la poste, etc. Il y a eu congrès, délibérations, et ultimement, un fort vote pour la fusion.

Le nouveau parti unifié peut assoir sa légitimité par le vote de plus de 50 000 membres (25 000 membres du Wildrose ont voté, et plus de 27 000 membres des Progressistes-Conservateurs; au total, 95% pour la fusion). Il sera intéressant de constater le pourcentage des membres de chaque parti qui a eu voix au chapitre dans le cas de QS et ON. Une question aussi cruciale que l’avenir d’une formation politique, sa disparition, sa fusion, devrait s’appuyer sur le plus grand nombre, c’est l’évidence.

Bien sûr, la fusion entre QS et ON implique moins de membres, mais au final, celle-ci risque bien d’être avalisée par une poignée de militants et ce, par le truchement de méthodes de consultations qui ont tenu la majorité des membres bien loin de l’isoloir.

Cela n’empêchera pas Sol, GND et Manon de sourire, ni de dormir.

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