img_0460

Jean Charest : « catch me if you can! »

La scène avait quelque chose de surréaliste. Le parti politique au Québec sur qui repose l’essentiel de toutes les suspicions en matière de corruption et de collusion politique qui, dans l’hystérie et l’allégresse, accueille le suspect numéro un, celui de qui le député Amir Khadir a déjà dit ceci :

« Je soupçonne Jean Charest d’être le premier suspect, d’être responsable de gestes criminels qui auraient été commis par le Parti libéral […] Je soupçonne qu’il a été à la commande de la machine qui a commis ces crimes. Je soupçonne que c’est lui qui décidait en dernier lieu que, oui ou non, on opérait comme ça. Je soupçonne donc que les choses qu’a faites Mme Normandeau et qui ont conduit l’UPAC à l’accuser en matière criminelle relèvent aussi de la responsabilité de M. Charest.

Je mets au défi M. Charest, s’il pense le contraire, s’il n’est pas suspect d’avoir collaboré et orchestré ce que ses ministres ont fait, de me poursuivre en justice. »

Bien entendu, Jean Charest n’a jamais poursuivi Amir Khadir. Dans les faits, chaque fois qu’une situation s’est présentée où il eut été possible que Jean Charest soit forcé de témoigner en justice concernant son passé, il a réussi à se défiler.

Comme dans le cas du procès de l’ex-entrepreneur Luigi Correti, cet ex-militant libéral accusé de fraude, de fabrication de faux et de fausse déclaration qui avait promis de faire témoigner l’ex-ministre de la sécurité publique libéral Jacques Dupuis et l’ex PM Jean Charest.

Curieusement, la couronne a décidé d’abandonner les démarches pour que se tienne ce procès en ne contestant pas le prétexte de l’arrêt Jordan. Les oppositions caquiste et péquiste ont souligné que « ça faisait l’affaire du gouvernement que ce procès ne se tienne pas ». C’est l’évidence.

Charest attaque l’UPAC = Charest attaque Charest

Là où on atteint des sommets de ridicule – situation kafkaïenne assurément – c’est quand on entend Jean Charest faire le procès de l’Unité permanente anticorruption. En s’attaquant à l’UPAC comme il l’a fait hier, Charest s’en prend directement à son propre héritage politique. Il en est réduit à critiquer sa propre gouvernance.

Fin des années 2000, alors qu’il était visé de toutes parts par des allégations troublantes et que la pression était forte pour que son gouvernement fasse le ménage en ce qui a trait aux pratiques de financement douteuses, de collusion et de corruption, Jean Charest et ses députés ont fait part de réserves quant à la nécessité d’instituer une unité anticorruption et, dans la même veine, ils ont maintes fois voté contre l’institution d’une commission d’enquête dont le mandat serait de faire la lumière sur les pratiques de corruption, de collusion et de financement illicite.

Forcé d’agir tant la pression était forte, Charest a procédé à la création de l’UPAC non sans recourir aux vieilles méthodes libérales, en s’assurant d’en contrôler la destinée, c’est-à-dire en veillant à ce que le PLQ soit seul à nommer qui en serait le patron.

C’est tout naturellement que Jean Charest demeurera dans le cénacle restreint de ses nominations passées en confiant, dès 2011, la direction de l’UPAC à Robert Lafrenière, lequel avait été nommé sous-ministre associé à la Direction générale des affaires policières, de la prévention et des services de sécurité du ministère de la
Sécurité publique en 2007 par nul autre que… Jacques Dupuis!

À cette occasion, le ministre Dupuis avait été élogieux à l’endroit de Lafrenière : « Je suis heureux de souligner l’arrivée de Monsieur Lafrenière, dont les compétences représentent un atout pour le ministère de la Sécurité publique. Sa vaste expérience sur le terrain de même que ses connaissances en matière de sécurité publique font de lui le candidat idéal pour assumer ces lourdes responsabilités. »

Hier, Jean Charest, en s’attaquant à l’UPAC, se trouvait à vilipender ses propres décisions, sa méthode, voire la pertinence même de ce corps de police qu’il a lui-même mis en place. En insinuant qu’on puisse sciemment avoir laissé couler de l’information sur lui à l’UPAC, Jean Charest attaquait la crédibilité d’un corps de police né de son gouvernement et au sommet duquel trône encore une de ses nominations partisanes, un boss fragilisé par le fait que c’est SON PARTI à lui, Jean Charest, qui l’a nommé encore récemment.

Imaginez que l’on raconte pareille situation tout à fait ridicule à un Canadien anglais (je le fais souvent) : « oui, oui, le grand boss de la police anticorruption, le chef de la police provinciale, les juges, le DPCP, et tant d’autres à des postes clés… tous ces gens-là sont nommés par le parti politique sur qui pèse la quasi-totalité des allégations de corruption! »

Réponse incrédule : « tu me fucking niaise! »

Encore pire, hier dans un décor des plus partisans, celui qui vient de nommer le grand boss de la police anticorruption, le PM Couillard, se trouvait à acclamer, à célébrer le politicien le plus toxique de l’histoire récente du Québec, celui que des membres influents de son propre parti ont accusé d’avoir fait du PLQ une véritable machine à collecter du fric; celui qui imposait des cibles ahurissantes de financement à ses ministres, celui que l’on a accusé de se balader avec des valises pleines de fric dans son auto de fonction (l’un de ses gardes du corps à l’époque étant, d’ailleurs, selon Correti, le regretté frère du grand boss de la police anticorruption justement!), celui que le député Khadir a défié, loin de son immunité parlementaire…

Ouais, hier, le parti qui s’entête à garder la poigne sur l’ensemble du système de justice se moquait à pleines dents de l’immobilisme, de la paralysie de ce système de justice. Jean Charest s’est dressé devant SON parti, comme pour lui rappeler, sourire défiant proéminent, « Voyez! Je suis hors d’atteinte! Plus de sept ans et ça dure encore! Et la commission Charbonneau, avez-vous vu la fin en queue de poisson! »

edea1396-de36-45b7-9d87-927df67278a4_jdx-no-ratio_web

Catch me if you can!

Il a aussi attaqué les médias au passage, ces méchants qui ont osé publier de l’information compromettante sur son compte sans relayer SA version des faits. « La présomption d’innocence! Vous en faites quoi! Vous m’agressez! » Pas un mot sur le fait que pour se protéger un peu, dans l’éventualité où la présomption d’innocence serait insuffisante, valait mieux politiser le plus de postes clés possible au sein de la police et de la justice.

Fendant au possible devant les siens, Charest est devenu bien mal à l’aise devant les médias lorsqu’on lui a dit, justement à propos de SA version des faits, de parler un peu de Marc Bibeau…

Prestement, le politicien toxique a quitté la mêlée de presse… Ah ces maudits journalistes…

Scridb filter