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Les dangers du bilinguisme collectif

La question de la langue est à nouveau sur bien des lèvres récemment, notamment suite à l’élection de la nouvelle mairesse de Montréal Valérie Plante. Certains lui reprochent de faire une trop grande place à l’anglais au sein de ses discours en lui rappelant que Montréal est la seconde métropole francophone en importance dans le monde.

C’est toujours utile de le rappeler. Du moins pendant que c’est encore le cas. Inutile de se mettre la tête dans le sable, Montréal s’anglicise. Il est facile, et ce dans de plus en plus de quartiers, de vivre uniquement en anglais à Montréal tout en baragouinant quelques mots de français de temps à autre. Pour la forme, en attendant.

Il y en a d’autres qui applaudissent cette place prépondérante de l’anglais au sein des préoccupations de la nouvelle mairesse de Montréal – ce qui fait écho à ce que prône le gouvernement libéral de Philippe Couillard à Québec – tout en espérant que cela se traduise par plus de bilinguisme. Un bilinguisme qu’on voudrait « collectif ». Le gouvernement Couillard prône l’apprentissage de la langue seconde de façon intensive et ce, le plus tôt possible dans le cheminement scolaire québécois.

On ajoutera au portrait le fait que la majorité des immigrants au Québec – ceux qui ne maitrisent pas le français à l’entrée – échappent à la francisation dans une proportion inquiétante. Ceux-ci s’ajouteront à la population de Montréal et de ses couronnes qui réussissent à vivre au Québec, sans faire usage du français.

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Le linguiste Paul Daoust a déjà écrit ceci :

« Si le bilinguisme individuel est une immense richesse, le bilinguisme collectif pour une minorité politique est un poison mortel. Ce bilinguisme n’existe que le temps de laisser la minorité rejoindre la majorité ».

Les conditions optimales afin d’apprendre une langue seconde demeurent la pleine maitrise de la langue maternelle; ce qui implique la capacité d’en maitriser le code, la syntaxe, la grammaire et la compréhension des finesses au delà du simple fait de l’aptitude à se faire comprendre au moyen de celle-ci.

Au Québec, et depuis trop longtemps, une large part de la population éprouve de la difficulté à maitriser le code, la grammaire, la syntaxe et la compréhension des finesses plus complexes de la langue.

Certains disent la moitié, cela demeure matière à débat en fonction des paramètres à partir des quels on définit les concepts d’illitératie et d’analphabétisme « fonctionnel ». Du moins, il est indéniable qu’une trop large part de la population du Québec éprouve de la difficulté à comprendre et maitriser les niveaux de langage standard et soutenu.

Selon la Fondation québécoise en alphabétisation, « 19 % des Québécois sont analphabètes (niveaux -1 et 1 de littératie) et 34,3 % éprouvent de grandes difficultés de lecture et se situent au niveau 2 de littératie. Ces derniers seront souvent qualifiés d’analphabètes fonctionnels. Il ne s’agit pas là de fiction, mais bien de chiffres réels. »

Les données à la base de cette information datent de 2013-2014. Peu a été fait au cours des dernières années afin de remédier à la situation et ces problématiques demeurent.

Au Québec, comme ailleurs où l’usage du français s’est effrité au contact d’une langue majoritaire, plus l’écart grandi entre le français normatif et celui – nommons-le « français-courant » – qui est l’apanage du plus grand nombre; plus l’écart s’accroit entre le français dans sa forme grammaticalement correcte à l’oral et le français d’usage qui s’éloigne toujours de la norme grammaticale; ces phénomènes, inévitablement, amèneront la langue commune à changer, à se transformer en un créole de langue, une nouvelle langue qui se substitue progressivement à la langue d’origine.

Le Québec se trouve dans cette situation où, cette transformation, cette « créolisation » de la langue est amorcée dans la mesure où une masse critique de ceux qui la parlent n’arrivent plus à en maitriser le code, la grammaire, la syntaxe.

En somme, le Québec se trouve à la croisée des chemins : le plus criant serait de tout mettre en œuvre afin de stopper et remédier à l’analphabétisme fonctionnel et l’illitératie endémique qui fragilisent la langue maternelle. Et il faudrait aussi reconnaître que les politiques de bilinguisme collectif la fragilisent aussi.

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Valérie Plante, lors de la campagne électorale à Montréal, dans le cadre des débats de langue anglaise notamment, a rassuré la collectivité anglophone en épousant la même politique linguistique pour la métropole que son prédécesseur. Jusqu’à preuve du contraire, cela demeure inquiétant en ce qui a trait à la délicate question linguistique. Mais Valérie Plante a su surprendre jusqu’à maintenant, La balle est dans son camp.

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