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75 secondes pour comprendre pourquoi GND confinera QS à l’île de Montréal…

Quand GND s’empêtre à propos du « vivre-ensemble »…

La scène se passe plus tôt cette semaine. Dans le cadre d’une mêlée de presse, le député QSiste répond à une question sur le projet de loi 62.

En une minute et quart, GND réussit à faire la démonstration éloquente de tout ce qui pourrait faire en sorte que son parti soit confiné à l’île de Montréal. Tout y est. Si c’est là ce que Québec solidaire entend défendre comme position sur le « vivre-ensemble », ce parti risque bien de ne pas déborder bien loin de l’épicentre uqamien…

Verbatim : (on peut faire l’écoute de cette mêlée de presse)

« Le débat ce n’est pas si on aime ou pas le niqab. C’est pas ça. Le débat c’est est-ce que les projets de loi qui viennent interdire les choses, mur à mur dans l’espace public, est-ce que c’est la bonne manière d’intégrer tout le monde au Québec. Est-ce que c’est la bonne manière de favoriser le vivre-ensemble, je pense que les débats des dernières années nous ont montré que non.

[journaliste, hors-champ : il fait quoi J-F Lisée à votre avis en faisant ça?]

Vous lui poserez la question sur ce qu’il fait. Je vous dit qu’à QS des mesures comme celle-là c’est pas notre genre, c’est pas notre tasse de thé, et je pense qu’il est temps qu’on parle de d’autre chose au Québec que les 90 femmes qui portent le niqab au Québec.

[journaliste, hors-champ : cette loi là serait contestée en cour, c’est ce qui vous fait hésiter à l’appuyer?]

Ce qui nous fait hésiter c’est que c’est pas avec des projets de loi où on va retirer des pièces de vêtement sur les gens qu’on va intégrer, qu’on va favoriser le vivre-ensemble au Québec. C’est pas avec des projets de loi où on court après des voiles, qu’on fait la chasse aux voiles, qu’on va favoriser le vivre-ensemble au Québec, c’est des mesures superficielles qui s’attardent pas aux vrais enjeux d’intégration qui est celui de la discrimination, celui de l’intégration à l’emploi, celui de la culture partagée. »

On comprend aisément que Québec solidaire défendra la même position que Denis Coderre et Valérie Plante à Montréal concernant le PL 62; soit la défense incontestée du multiculturalisme prôné par Justin Trudeau.

On reconnaît les arguments fallacieux qui sont à la clé : le niqab n’est qu’un morceau de linge, un bout de tissu; les défenseurs de toute législation sur la laïcité font « la chasse aux voiles », c’est un faux-problème et les femmes qui portent le niqab sont peu nombreuses, etc.

On croirait entendre Justin Trudeau.

Le plus rigolo dans tout ça c’est que même Philippe Couillard est capable de plus de fermeté dans ce dossier.

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« Nous considérons que le port de ces trois vêtements par la femme est l’instrumentalisation de la religion pour des fins d’oppression et de soumission […] nous comprenons très bien les messages qui sont envoyés par ces vêtements » Philippe Couillard, 22 janvier 2014.

Le chroniqueur Joseph Facal, qui jouit d’une vaste expérience parlementaire, a répondu en quelque sorte à GND et aux QSisites en général. Sur l’argument du nombre :

« [L’argument] est de dire qu’il n’y a qu’une cinquantaine de femmes au Québec qui porteraient ces vêtements, soit environ 0,0006 % de la population, selon les calculs de mon collègue Jonathan Trudeau. Cet argument pose trois problèmes.

D’abord, il y en a peut-être seulement 50, mais quand il y en aura 5000, il sera trop tard pour agir. Allez voir ce que ça donne dans des villes britanniques comme Birmingham ou Manchester, où vous trouverez des quartiers entiers où vous hésiteriez à mettre les pieds.

Ensuite, la montée du phénomène entraînera une réaction hostile, peut-être la montée, comme en Europe, d’une extrême droite pour le moment marginale chez nous. Pourquoi serions-nous immunisés ?

On fera quoi, on dira quoi alors ? Qu’il aurait donc fallu ?

Finalement, si on en fait une question de principe, le nombre n’y est pour rien. Le propre des principes, c’est justement qu’on ne les quantifie pas. Légifère-t-on sur le mariage gai, l’avortement ou la peine de mort en fonction des volumes ? Non. »

À propos de la prétention de GND qu’on devrait « parler d’autre chose » :

« Le deuxième argument des tenants du « faux problème », c’est de dire que ce débat nous détourne des « vraies affaires » : l’économie, la santé, l’école, les agressions sexuelles, etc.

Franchement…

Quand vous gouvernez, vous « goalez » 50 dossiers en même temps. Qu’il y en ait 49 ou 51 ne fait pas une grande différence… à la condition que vous ne mettiez pas ce nouveau dossier entre les mains d’une nullité comme Stéphanie Vallée. [pow!] »

Mais là où Facal frappe le plus fort c’est en réponse à cette fallacieuse assertion des tenants du multiculturalisme comme GND selon laquelle toute législation laïciste est un frein à l’intégration :

« Le troisième argument est de dire que si on ne permet pas à ces femmes de se promener librement, on les condamne à rester enfermées chez elles.
Cet argument est une insulte à l’intelligence. C’est une conception obscurantiste de leur religion, pas la société, qui les isole en ne leur permettant de sortir que si elles sont ainsi vêtues.

Cet argument nous blâme d’affirmer nos valeurs et de ne pas nous ouvrir à des gens totalement fermés envers nous.

Le quatrième argument est de dire qu’en leur permettant de se promener ainsi, elles chemineront progressivement vers nous.

C’est exactement le contraire. Le voile intégral était inconnu en Occident jusqu’au tournant des années 1980, alors qu’il y avait déjà beaucoup de musulmans modérés parmi nous. Les radicaux nous testent. Chaque fois que nous cédons, ils avancent un autre pion. »

Si je suis François Legault, je salive un peu à l’idée que je puisse être le seul à défendre le consensus québécois autour de Bouchard-Taylor lors de la prochaine élection. Je ne bouge pas d’un iota sur cette question. Le PQ s’entre-déchire (encore!) sur cette question alors que certains députés sont tétanisés par l’épisode de la « Charte des valeurs » (le projet de loi 60).

Entre la défense inconsidérée du multiculturalisme à la Trudeau que prône GND et Québec solidaire et la première ébauche du PL 60 de Bernard Drainville il y a une marge à explorer. Le PQ ferait une grave erreur de se lancer dans la prochaine course électorale en refusant de se poser en défenseur d’une laïcité assumée, une laïcité qui s’incarne par des mesures concrètes et, certainement, par un geste de rupture franc avec le multiculturalisme canadien.

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