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Saluons le courage de ceux qui ont décidé de ne plus garder le silence…

Doit-on encore avoir confiance dans l’Unité permanente anti-corruption (UPAC) que dirige Robert Lafrenière? On peut même se demander si cette création de Jean Charest existera encore, du moins dans la forme actuelle, lorsque les prochaines élections générales de l’automne 2018 seront chose du passé.

Ce qui est en train de se passer depuis la réélection du PLQ en 2014 et plus spécifiquement au cours des derniers mois dépasse l’entendement. Lors du retour au pouvoir du PLQ en avril 2014, suite à un très court purgatoire au sein de l’opposition, tout a été mis en branle pour chasser des hauts rangs de la Sureté du Québec ceux qui dérangeaient les libéraux.

C’est que durant le court hiatus péquiste de Pauline Marois, les policiers n’ont pas chômé en ce qui a trait aux enquêtes de corruption politique. Au niveau provincial, celles-ci visaient le plus souvent le parti Libéral, grand artisan du financement politique douteux. Plus d’une vingtaine de perquisitions ont visé le parti libéral durant les quelques mois où le PLQ a été évincé du pouvoir.

Retour à la « normale » dès la fin du gouvernement de Pauline Marois au printemps 2014. Comme par magie, la pression policière a beaucoup diminué une fois le « grand ménage » effectué rue Parthenais.

Lors de sa première participation à l’étude des crédits en Sécurité publique à titre de grand boss de l’UPAC sous le gouvernement libéral de Philippe Couillard, Robert Lafrenière avait fait le jars et une grande démonstration de ses talents de communicateur. Du théâtre. En entrevue avec La Presse fin 2014, Lafrenière avait affirmé ceci :

« Ce sont des enquêtes que l’on [mène] depuis longtemps et qui vont aboutir, je le souhaite ardemment, en 2015 »

On connaît la suite. Lors de son bilan de fin d’année 2015, le commissaire Lafrenière ne promettait plus rien. Et depuis, l’UPAC n’a cesse d’essuyer les critiques et les accusations, certaines très graves. On pense ici aux allégations de Lino Zambito selon qui le patron de l’UPAC serait de connivence avec le parti libéral.

Plus d’une fois, et sur de multiples tribunes, l’ex-témoin vedette de la commission Charbonneau a répété ces allégations sans jamais que le commissaire de l’UPAC ne réplique par une poursuite. Pourtant, les conditions de libération conditionnelle de Zambito sont strictes et si ce qu’il affirme concernant Lafrenière est faux, les conséquences pourraient être très graves. Voilà qui rappelle que Jean Charest n’a jamais poursuivi Amir Khadir non plus…

Des policiers au profil public ont critiqué publiquement l’UPAC, ses méthodes et sa frilosité à déposer des accusations qui viseraient un élu libéral impliqué dans les dossiers de corruption, de financement politique. Chaque fois Robert Lafrenière a voulu donner l’impression qu’il était au-dessus de la mêlée en rappelant que de tels dossiers prenaient du temps (lire ici des années et des années, semble-t-il).

Ceux qui attendaient que le patron de l’UPAC montre enfin les crocs ont finalement été servis récemment. Mais pas dans le sens de mordre enfin les ripoux libéraux. Que non! Courroucé comme jamais, le boss de l’UPAC l’était, mais contre « le bandit qui avait osé couler de l’information » compromettante pour des élus libéraux dans le dossier de l’enquête Mâchurer.

Jamais n’a-t-on vu le commissaire de l’UPAC si déterminé à mener une enquête de bout en bout. À peu près tout ce qui existe de corps de police dans la province a été mobilisé pour colmater la brèche. La détermination dont a fait preuve l’UPAC pour attraper le « bandit » (lire ici le sonneur d’alerte) qui osait déranger le lent train-train de l’enquête Mâchurer n’a jamais trouvé d’égal quand il s’agissait d’épingler les ripoux libéraux. Jamais.

Au final, le premier élu libéral à être arrêté par l’UPAC alors qu’il siégeait à l’assemblée nationale aura été un ex-policier au dossier sans faille à titre d’enquêteur dans le domaine du crime organisé. Ce député qui présidait la commission des institutions de l’assemblée nationale dont l’un des mandats visait justement un élément déterminant pour l’avenir de l’UPAC.

Les moyens déployés pour procéder à l’arrestation de Guy Ouellette rappellent ceux qui ont cours au sein des états policiers. On se croirait en plein film. Et la trame continue à se dérouler sous nos yeux. On a appris aujourd’hui que le député Ouellette s’apprêtait à dévoiler de l’information compromettante concernant les méthodes de l’UPAC. Ce même Guy Ouellette que l’establishment du PLQ espérait pousser à la retraite il n’y a pas si longtemps…

Vendredi dernier, se croyant menacé et se sachant sous filature policière, cet enquêteur d’expérience n’a vu d’autres options que de se réfugier dans les studios de Cogeco à Montréal afin d’éviter qu’on le cueille en pleine rue. Il en a profité pour enregistrer sa version des faits concernant l’intimidation qu’il subirait de la part de l’UPAC (il est président de la commission des institutions de l’assemblée nationale, on le rappelle).

Tel un Edward Snowden, voilà qu’un député élu sous la bannière libérale, un enquêteur chevronné qui s’est frotté aux pires caïds, voilà que celui-ci en est réduit à espérer un sauf-conduit vers l’assemblée nationale afin de profiter de l’immunité parlementaire pour expliquer aux parlementaires et à la population ce qui cloche avec l’UPAC.

Du typepad de l'excellent caricaturiste YGreck
Du typepad de l’excellent caricaturiste YGreck

Si la commission Bastarache nous avait appris quelque chose, c’était cette volonté maladive du régime Charest, de politiser chaque échelon, chaque racoin de l’état. Juges, hauts-fonctionnaires (plus de 540 ont été nommés en fonction de leur allégeance politique en moins de 7 ans sous le règne de Charest) et manifestement la sécurité publique n’a pas fait exception. S’attendait-on à ce que ce soit différent à l’UPAC comparativement à ce que se passe au ministère des Transports? La sous-ministre Dominique Savoie, celle qui s’est moquée du ministre Poëti tout en protégeant le « système »… vous vous souvenez?

Le député Guy Ouellette ne sera pas le premier à ne trouver refuge et sécurité qu’à l’assemblée nationale. D’autres avant lui ont été mis au courant de faits troublants, preuves à l’appui. Et croyez-moi, en dehors de l’assemblée nationale, peu se risqueraient. Nous en sommes rendus là.

Une police politique? Je n’en doute même plus. Espérons que ce régime d’intimidation achève. Et tant pis pour ceux qui couleront avec, tous partis confondus. Une chose est certaine, à voir l’énergie avec laquelle le PLQ s’entête à garder le contrôle de l’UPAC, du DPCP, de la SQ, on peut se questionner sur l’ampleur de ce qu’ils ont à cacher.

Et si le PRO des Lavallois de l’ex maire Vaillancourt (accusé de gangstérisme, ne l’oublions pas) et Union Montréal de l’ex maire Tremblay avait implosé pour bien moins que ce que le PLQ nous cache, collectivement?

Saluons le courage de ceux qui ont décidé de ne plus garder le silence. Parmi ceux et celles-ci, soulignons le courage d’Annie Trudel.

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