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La lassitude politique…

Il ne sert à rien de se mettre la tête dans le sable, les Québécois, à moins d’un an des élections, semblent prêts à tenter leur « moment Legault ».

Bien que la CAQ n’ait rien d’un nouveau parti, bien que le parti de François Legault soit le plus petit dénominateur du changement tant il s’est collé aux Libéraux qu’il espère remplacer, tout ça n’importe plus quand une tendance lourde s’installe. C’est d’ailleurs une réussite, pour le moment, de la droite fédéraliste au Québec, que celle d’avoir réussi à imposer la copie politique comme solution de remplacement au parti qui représente et défend ses intérêts.

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Tétanisés par plus d’une décennie d’incurie libérale, on dirait bien qu’une part non négligeable de Québécois soit frileuse à l’idée de se lancer dans les « grands projets » qui dépassent la rhétorique qui s’adresse au sempiternel « payeur de taxes ».

Sans compter le cynisme envers une classe politique qui n’arrive plus à inspirer, cet écoeurement généralisé qui fait que le citoyen, celui qui ne s’intéresse pas à la politique de façon active, n’aura que peu d’intérêt pour les programmes et les initiatives préparées dans l’antichambre des partis politiques.

Bienvenue dans l’ère de la rhétorique du payeur de taxes. Les discours creux sur la santé, l’éducation, les impôts. Oubliez les grands débats sur la gauche, la droite, l’indépendance, la langue, la culture… Plus de la moitié du budget de l’état est englouti par la santé et l’éducation, tout doit passer par là. Le « payeur de taxes » veut savoir comment « son argent » servira à lui accorder un meilleur accès aux soins de santé.

On sent bien qu’une lourde et énorme lassitude s’est installée au Québec quand il est question de politique. Un état de découragement qui mine toute discussion. La question nationale a longtemps divisé les gens.

Depuis une douzaine d’années, la fracture se situe aussi du point de vue du vivre-ensemble. Intrinsèquement, les Québécois, en majorité, souhaiteraient rompre avec le multiculturalisme érigé en religion d’État au Canada. Toutefois, une élite fortement attachée au multiculturalisme fait tout en son pouvoir pour stigmatiser les opinions qui sont contraires à ses intérêts. Voilà qui mine le débat, qui pourrit un peu plus encore la discussion. Plus d’écoeurement et de cynisme au final.

Cette lassitude de toute chose politique est conséquence, notamment, de notre incapacité collective de débattre, de discuter, d’anticiper l’avenir au-delà de ce qui dérange le moins. L’essentiel est de tout faire pour éviter les déchirements. Le PLQ l’a d’ailleurs bien compris, car c’est précisément sur cette prémisse qu’il a compté pour faire passer son délétère projet de loi 62 sur la « neutralité religieuse de l’état ».

Cet environnement socio-politique favorise la CAQ de François Legault. Fédéraliste tout en se drapant d’un (faux) vernis « nationaliste »; apôtre de l’évitement des « vieilles chicanes »; grand défenseur du « payeur de taxe » et de la « famille de la classe moyenne » (oui, je sais à quel point on verse ici dans la vacuité sémantique) et de tous les discours éculés qui viennent avec ce positionnement politique : baisser les impôts, faire mieux avec moins, dégraisser l’état, etc.

C’est cette grande lassitude politique qui, dans les faits, permet à la CAQ de ratisser le plus large possible. Des « indépendantistes » qui succombent à la logique du « tout sauf Philippe Couillard et le PLQ », quitte à le remplacer par la copie du PLQ, ce parti qui a fourni pas moins de ministres au PLQ et une passerelle bien engorgée entre les deux formations pour les candidats et les employés politiques. Des fédéralistes aussi qui ont compris que les caribous repentis au fédéralisme font d’excellents pourfendeurs de leurs anciens alliés.

Aussi, c’est indéniable, sur la question de la laïcité, François Legault aura toujours plus de latitude que tout chef indépendantiste. Rien ne sera simple pour le Québec et chaque mesure législative qui puisse heurter le multiculturalisme sera attaquée par l’élite multiculturaliste –très minoritaire- du Québec. Mais François Legault sera attaqué moins sauvagement que le PQ si, au pouvoir, il décidait d’aller de l’avant, par exemple, avec Bouchard-Taylor, le strict minimum en matière de laïcité. Pourquoi? Car François Legault campe du côté des fédéralistes purs et durs.

Dans cet environnement socio-politique, le parti Québécois est très à l’étroit. La population québécoise en général s’éloigne de la question nationale ce qui se traduit par l’effacement progressif de cet enjeu.

Soyons francs, en refusant d’incarner avec passion et conviction la plus nécessaire et vitale des ruptures avec le Canada, le PQ participe, à sa façon, à la marginalisation de la question nationale au moment où cet enjeu est crucial et qu’il s’impose, ailleurs, au sein de nations analogues à la nôtre, comme un enjeu vital.

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Si la situation en Catalogne peut nous enseigner quelque chose, ici au Québec, c’est que nos querelles « référendistes » (à propos de la date du référendum, en tenir un, oui-non, quand, etc) sont non seulement stériles, mais elles nous éloignent de l’objectif principal.

Tout devrait être mis en œuvre pour expliquer, exemples concrets à l’appui (et ils sont nombreux, à commencer par la nécessaire rupture avec le multiculturalisme canadien justement, ce que QS ne proposera jamais), les raisons pour lesquelles le Québec gagnerait à s’engager vers l’indépendance. Il y a là une place à prendre dans l’échiquier politique. François Legault refuse tout rapport de force envers le Canada en épousant la même position constitutionnelle que le PLQ.

Est-il trop tard pour que le parti Québécois se repositionne en ce sens? Le faux vernis « nationaliste » de la CAQ est pourtant facile à réfuter et Legault est vulnérable sur ce front. Car si les sondages lui sont favorables entre les élections, tout reste à faire quand ça compte le plus pour la CAQ. Chaque pouce que Legault consentira à se positionner sur l’axe « nationaliste », il le concèdera de l’autre bord sur l’axe des fédéralistes dont il a besoin de convaincre de lâcher le PLQ pour former une majorité.

Ça aussi François Legault le sait très bien… Sa ligne à lui est bien mince.

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