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Guy Ouellette, 4e policier au profil public à attaquer sévèrement la crédibilité de l’UPAC…

« Je n’en reviens juste pas! Je connais Guy Ouellette depuis plusieurs années et c’est un gars droit. Y’a beau être un Libéral, c’est un gars droit. Que ce soit lui qui se fasse arrêter! Ça ne colle pas. »

L’interlocuteur à l’autre bout du fil me répète ce qu’un autre vient juste de me dire; Guy Ouellet est un homme droit, pas de la gang des crapules libérales qui ont trempé dans les magouilles. Ceux à qui j’ai causé hier ont insisté là-dessus.

Non sans ironie, au final, le premier député en fonction qui aura été arrêté par l’UPAC n’aura pas été un de ces politiciens pourris de l’ère Charest mais plutôt « un homme droit », un ex policier dont plusieurs vantent les états de service comme enquêteur spécialisé dans le crime organisé.

Stupéfiante situation en somme quand on considère que le député-policier Guy Ouellette était la personne toute désignée pour conduire, à titre de président, les travaux de commissions parlementaires en Sécurité publique comme celle du projet de loi 107 (indépendance de l’UPAC) ou lors de l’étude des crédits en sécurité publique.

Dans le cadre de ces fonctions-là, le député-policier Ouellette était presque chaque fois appelé à confronter le commissaire de l’UPAC Robert Lafrenière. C’était un secret de polichinelle que ces deux hommes ne s’aimaient pas beaucoup. Le premier, policier aguerri, rompu au dur travail d’enquête et à l’expérience de devoir se frotter aux pires caïds; le second, au faîte de la sécurité publique au Québec par le truchement d’alliances politiques et de nominations critiquées.

Comme le rappellent Denis Lessard et Martin Croteau dans La Presse ce matin, en 2016, Guy Ouellette avait tenté de faire avorter la nomination de Robert Lafrenière à l’UPAC. Vindicte personnelle? Peut-être. Mais nul ne peut nier que la crédibilité du commissaire Lafrenière en a pris un coup depuis sa nomination première.

Récemment, il a tout fait pour éviter de se présenter à la commission parlementaire du PL107 qui visait justement à donner plus d’indépendance à son corps de police. Contraint par l’insistance, notamment, du critique de l’opposition officielle en sécurité publique Pascal Bérubé, Lafrenière s’y est présenté à reculons et n’a convaincu personne. Il a refusé de répondre aux questions des parlementaires et des journalistes.

Pire, Robert Lafrenière a défendu le processus de nomination très controversé qui vise à pourvoir son poste. La quasi-totalité des intervenants du domaine de la justice et de la police dénoncent ce processus de nomination qui permet au parti au pouvoir de nommer seul le grand patron de la police anti-corruption.

Ce qui permet la situation kafkaïenne suivante : l’UPAC mène l’enquête Mâchurer (sur la corruption en politique québécoise) qui vise essentiellement le PLQ. Le PLQ insiste pour continuer à nommer le boss de l’UPAC. L’UPAC traque sans relâche –et avec une insistance et une hargne manifestée par le commissaire Lafrenière lui-même – ceux qui, semble-t-il, veulent faire débloquer l’enquête Mâchurer qui végète depuis des années…

Sans égards aux mesures dilatoires employées par certaines personnes visées par l’enquête Mâchurer – on pense ici à l’ex argentier libéral Marc Bibeau qui fait tout en son pouvoir pour s’extirper de cette enquête – ce qui en irrite plus d’un dans la population mais aussi au sein des corps policiers, c’est la perspective que des gens en situation de pouvoir puissent continuer à siéger comme si de rien n’était, et même réussir à se rendre à l’échéancier électoral de 2018 sans être inquiété.

Le député-policier libéral Guy Ouellette pourrait bien être de ceux-là. Il ne serait pas le premier à noter que le patron de l’UPAC a semblé bien plus irrité par les fuites (embarrassantes pour le PLQ chaque fois) concernant Mâchurer et bien plus empressé d’en traquer la provenance que de faire aboutir toute enquête qui viserait un élu ou un apparatchik libéral de l’ère Charest… En traquant de façon si engagée ceux qui sont à l’origine des fuites, le commissaire de l’UPAC tente d’envoyer un signal clair aux prochains qui pourraient être tentés de le faire, c’est l’évidence.

Perdu dans tout cela, le fait que Guy Ouellette devient le 4e policier au profil très public à porter un dur coup à la police anti-corruption au Québec.

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Sylvain Tremblay

Ex-enquêteur à l’Unité anticollusion (UAC) dirigée par Jacques Duchesneau. Tremblay avait jeté un lourd pavé dans la marre de la commission Charbonneau (extrait d’un texte de Brian Myles du Devoir) :

« La commission Charbonneau aurait pu faire beaucoup plus de dégâts au Parti libéral du Québec (PLQ), avec des témoins recrutés par l’Unité anticollusion (UAC), et à la FTQ-Construction, avec le matériel de l’opération policière Diligence. Et des cibles importantes s’en tirent à trop bon compte.

Selon l’enquêteur à la retraite Sylvain Tremblay, la Commission s’est arrêtée en chemin pour des raisons qu’il s’explique mal. Dès le début des travaux, il a personnellement rencontré les procureurs et les enquêteurs de la Commission pour leur faire un « portrait » de l’influence du crime organisé sur l’industrie de la construction.

Ils avaient les mains pleines avec le rapport Duchesneau, l’opération Diligence et l’opération Colisée. Ils avaient tout pour décrire le système. Et c’était ça, leur mission. C’était de nous faire découvrir le système. Si on regarde le résultat final, l’objectif n’est absolument pas atteint. Le système est encore en place »

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Patrick Duclos

Dans le cadre d’un élément de preuve déposé en procès, une déclaration sous serment de cet officier de la Sureté du Québec a plongé le PLQ dans l’embarras. Philippe Couillard n’en finissait plus de nier que des élus libéraux aient bénéficié d’une forme d’immunité quand des enquêtes s’approchaient du pouvoir libéral. L’affidavit sous serment du policier Duclos a fait voler en éclats la défense du PM :

« Le chef caquiste François Legault a demandé au premier ministre s’il trouvait normal que «la police protège les libéraux.

L’affaire remonte à l’opération Diligence, une enquête amorcée en 2007 qui visait à contrer l’infiltration du crime organisé dans l’industrie de la construction, entre autres. Le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) de l’époque, Michel Arsenault, avait été mis sur écoute électronique.

Dans une déclaration sous serment d’un enquêteur de la SQ, Patrick Duclos, on apprend que les conversations de Michel Arsenault avec les élus «avaient été restreintes sous le principe de l’immunité diplomatique» et que «des cartables avaient été montés et les conversations étaient classées par nom de dignitaires».

Voilà qui était très embêtant pour le chef du parti Libéral Couillard; un officier de la police qui admet que le principe « d’immunité » existe bel et bien quand des enquêtes sont susceptibles de placer le PLQ dans l’embarras. La police [une partie de] au service du politique.

Mais il y avait aussi ce passage très révélateur à la page 5 de l’affidavit sous serment de l’enquêteur Duclos :

« Le lieutenant Patrick Duclos a rencontré plusieurs policiers et enquêteurs qui ont travaillé dans le projet Diligence. Ils ont tous mentionné qu’il y avait une certaine tension qui régnait au sein du projet à cause des sujets d’intérêt qui étaient des hauts dirigeants et des politiciens. Cela a amené des prises de positions contraires entre les enquêteurs et les procureurs. »

Yves Francoeur

Plus récemment, ce sont les déclarations du policier Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers de Montréal, qui ont mis le feu aux poudres. Quand on y revient de plus près, les affirmations de Francoeur sont en droite ligne avec les allégations de Tremblay et Duclos. Il y a ici une tangente qui ne se dément pas.

Yves Francoeur insistait, lui aussi, sur « l’immunité » dont jouiraient les élus libéraux et sur les tensions qui existent entre enquêteurs et procureurs. On se souvient de ce passage choc de l’entrevue de Francoeur au micro de Paul Arcand :

« À ce moment-là, il y a même quelqu’un qui intervient auprès de moi […] – et c’est même pas des policiers; c’est des intervenants du système judiciaire – qui me disent : « Yves, peux-tu faire quelque chose? Si ce n’était pas deux élus libéraux, les accusations sont déjà déposées à la cour. »

Ajoutons au portrait l’arrestation du député-policier libéral Guy Ouellette et même les mises en garde lancées par Jacques Duchesneau lui-même quant au financement politique provincial (et municipal). Le deuxième rapport Duchesneau intitulé Le financement illégal des partis politiques, un système hypocrite où l’influence est à louer est soumis à une ordonnance de confidentialité (cour supérieure et CEIC) jusqu’au 9 novembre 2096. On se demande bien ce qu’il contient de si explosif pour qu’on le cadenasse plus longtemps qu’une vie d’homme.

Dans les faits, tout semble être mis en œuvre pour que la vérité sur le financement politique ne soit jamais faite. Quand on a commencé à tirer sur le fil du financement occulte en politique municipale, le système a été mis à nu rapidement et les acteurs ont été exposés. La conséquence? Des partis politiques – Union Montréal, le PRO des Lavallois – n’ont pas survécu à leurs magouilles passées.

Et si tout était mis en œuvre, justement, pour éviter que le PLQ subisse le même sort?

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