capture-decran-2017-10-23-a-10-07-04

« Pour que notre souvenir demeure… »

Ma grand-mère nous a quitté. La dernière semaine fut des plus difficiles, son départ si inattendu, une intervention mineure routinière qui vire au cauchemar. Son décès qui laisse un grand vide. Nous de la famille nous consolons par l’effusion de soutien que nous avons reçu de la part de centaines de gens qui nous ont offert leurs condoléances et nombre d’histoires touchantes, tristes, ou des fois plus amusantes.

Les funérailles se sont tenues à l’église Ste-Victoire de Victoriaville et c’était de mise car Maman Cécile y a fait beaucoup de bénévolat sans compter qu’elle a fréquenté cette église pendant des décennies. Quand les gens de ma famille m’ont demandé de préparer un hommage à maman Cécile, j’ai été honoré. On m’a demandé si c’était possible de le consulter, de le lire. Je le reproduis intégralement ici. Pour ce qui est de la copie originale que j’avais à l’église, je l’ai déposé sur le cercueil de Maman Cécile lors de la descente du cercueil au cimetière alors que n’étaient plus présents que les autres « porteurs », mon frère et mes cousins.

Un moment d’une grande intensité. Le texte de l’hommage suit.

Hommage à Cécile Morin Noury

Nous sommes ici pour nous remémorer madame Cécile Morin Noury. Ça me fait tout drôle de l’appeler comme ça. C’est que depuis que je suis né, on l’appelle Maman Cécile. C’est notre grand-maman, la douce Maman Cécile. Et son mari, Laurent Noury, c’est papa Laurent. Si j’avais pu imaginer les meilleurs grands-parents du monde, je les aurais faits à leur image.

Je ne me souviens pas de mauvais moments avec Maman Cécile. Touts petits, alors que nous faisons la route de l’Outaouais vers Victoriaville pour aller chez Maman Cécile et papa Laurent, je me souviens de l’époque où ils tenaient encore la tabagie, juste en face ici. Le rêve pour le petit cul que j’étais! Des jouets, du chocolat et mes grands-parents!

Il y a eu ensuite la maison familiale de la rue Allaire. Que de beaux souvenirs là. Maman Cécile sortait son espèce de vieux jeu de dames rouge et noir, une valise de poupées, et je ne sais quoi encore… Avec ma cousine Suzanne, nous avons tant joué avec ça!

Maman Cécile, pour moi, c’est l’exemple accompli d’une personne qui prône le don de soi, l’empathie envers les autres sans jamais ne rien attendre en retour. Parce que c’est la meilleure façon de se conduire avec son prochain. Et c’est très précieux.

Les gens qui ont côtoyé Cécile Morin Noury ont souligné, souvent, son côté rassembleur, cette capacité qu’elle avait de rallier les gens autour d’elle. Une grande part de ça venait, me semble-t-il, de l’importance qu’elle accordait aux liens qui se tissent entre les gens. Sa grande humanité.

Je me considère extrêmement choyé d’avoir pu en apprendre d’elle en ce concerne l’importance des liens qui nous unissent, tous. Ils me manqueront ces moments doux où nous nous rencontrions Maman Cécile et moi, afin de discuter, notamment, de nos racines.

image-4

Maman Cécile, son côté enseignante surement, était très organisée, méthodique. Un jour, il n’y a que quelques années de cela, elle m’a adressé une jolie note de sa calligraphie, encore assurée et parfaite, « À Steve, pour que notre souvenir demeure… »; et joint à cette note, un album photo, un panorama de sa vie, de nos familles, le tout accompagné de notes et d’explications. J’en avais les larmes aux yeux. Toute sa vie, rassemblée, un album de mémoire, précieux.

Je viens d’une famille essentiellement matriarcale. Chez nous, la cohésion familiale passait, essentiellement, par ma grand-mère, Maman Cécile. Une femme qui nous a enraciné et qui, en même temps, nous a donné des ailes. Une femme de ces femmes qui a vu passer la grande noirceur, la révolution tranquille, la modernité éclatée que nous vivons actuellement. L’enseignement sur notre époque que m’a laissé Maman Cécile est inestimable et essentiel pour comprendre d’où nous venons, et qui nous sommes. Je suis si heureux que mes propres enfants aient la chance de la connaitre.

Toujours belle, toujours droite, lucide, si vive d’esprit et intéressée par son époque…

Lors de la fête qui soulignait son 65e anniversaire de mariage avec Papa Laurent, Maman Cécile, sans crier gare, se lève et s’adresse à ses petits-enfants et ses arrières petits-enfants, micro à la main, avec toute l’aisance du monde.

« C’est pas tout le monde qui connaît l’histoire de ma mère… » Maman Cécile qui nous fait école à propos de nos origines. Tout le monde, attentif. Que c’est précieux tout ça. Quelle belle fête ce fut ensuite. Car Maman Cécile, toute rassembleuse qu’elle soit, savait fêter! Oh que oui.

Le don de soi de Maman Cécile s’est exprimé de bien des façons dans sa collectivité. Que les paroles et la sanctificatrice présence de ses nombreux amis et sa famille nous a aisé à passer au travers de la rude épreuve de son départ.

Dans le milieu de l’enseignement notamment. Son implication au sein de l’Association des retraités de l’enseignement du Québec a mainte fois été saluée. Vous n’avez pas idée de la fierté que nous tirons des nombreuses vies qu’elle a touchées. Et son métier d’enseignante, Maman Cécile l’a adoré. Permettez-moi de vous lire un court passage du message qu’elle avait préparé, en juin 1989, à l’attention de ses collègues de travail :

« Avec la fin de la présente année scolaire se termine ma carrière dans le domaine de l’enseignement. En effet, dès septembre prochain, je serai à la retraite.

Ces 19 dernières années, je les ai passées à l’école Pie-X. C’est u quartier merveilleux, celui de Pie-X et de Terre des jeunes. J’aime cette école, j’y suis heureuse; j’aime les personnes qui y travaillent, ils et elles sont formidables, j’aime les gens de mon quartier, et surtout, j’aime les enfants.

J’ai adoré mon métier. J’y ai mis tout mon cœur. C’est tellement fascinant de voir évoluer les enfants de six ans. »

Cécile Morin Noury a fait 32 années d’enseignement, toutes en première année. Ça aussi c’est précieux, et inspirant. Nous avons besoin de cette expérience, nous devons nous en inspirer et ne jamais l’oublier. Je n’hésite jamais à rappeler l’expérience de Maman Cécile quand j’enseigne, moi-même, aux futers enseignants du pré-scolaire et du primaire. Si on pouvait façonner l’enseignante de 1ere année idéale, ce serait ma grand-mère. Et j’en suis très fier.

Sans surprises, et nous l’avons beaucoup entendu au cours des derniers jours, Cécile Morin Noury était une co-équipière attachante, aimée, dans ses loisirs, aux quilles, au théâtre, en pastorale ou quand elle devait aider les autres à affronter la dure épreuve de perdre un être cher. En quelque sorte, vous savez, ces nombreux témoignages nous aident, nous, de sa famille, à vivre notre propre deuil. Comme quoi elle nous aura inspiré jusqu’à son trépas et bien au-delà.

En terminant, maman Cécile nous aura rapproché et tissé serré, nous, de nos collectivités, tous ceux qui l’ont côtoyé, mais nous de la famille immédiate aussi. Je suis très fier de cette famille-là. Et c’est là un héritage important, notamment de ces années au crépuscule de sa vie. Cela nous survivra à nous aussi. Pour l’honneur de ses enfants, ses petits-enfants, ses arrières petits-enfants. C’est le plus bel héritage de tous.

Nous pleurons son départ aujourd’hui, mais réjouissons-nous, et célébrons sa vie en continuant de nous aimer, de nous fréquenter. Ce serait le plus beau de ses souhaits.

Merci beaucoup de toute cette affection, de la part de sa famille. Merci.

Scridb filter