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Décapitons le PQ de son chef! Ça va être drôle! (ou chronique de l’antipéquisme primaire #421)

J’ai lu des trucs hyper intéressants sur les tractations en cours entre Québec solidaire et Option nationale. Pierre-Luc Bégin m’a fait réfléchir, Patrick Bourgeois aussi. Sans être d’accord avec tout ce qu’ils ont écrit, je trouvais leurs analyses pertinentes, matière à réflexion du moins.

Le président de la commission politique d’Option nationale Denis Monière m’a aussi beaucoup fait réfléchir. Ses analyses, fouillées, précises, qui réfèrent au programme de Québec solidaire en pointant là où les écueils peuvent se trouver, tout ça est absolument nécessaire et fondamental à mon avis.

Un ami m’a fait parvenir hier soir le texte de Catherine Dorion, l’ancienne candidate d’Option nationale dans Taschereau en 2014. D’ordinaire, j’affiche un a priori favorable à ce qu’écrit Catherine Dorion. Puis vint cette chronique indigeste dans le Ricochet. On aurait pu plaquer ce texte à côté d’un des torchons de Xavier Camus. Je m’explique.

D’abord, l’argumentaire qui tendrait à réfuter ce qu’avance le politicologue Denis Monière est, au mieux, ténu (j’y reviendrai); mais ce qui agace le plus, c’est l’antipéquisme primaire tout enrobé de mauvaise foi. J’écrivais récemment que pour certains militants d’ON, ce qui rapprochait le plus de QS c’était précisément cet antipéquisme. On est là dedans,

Et ça pue.

D’entrée de jeu, la référence dans le texte de Dorion au chef du PQ Jean-François Lisée : « celui-là même qui pense qu’en faisant du millage sur la peur il pourra rassembler la tonne de courage nécessaire à l’accouchement d’un Québec-pays ». On croirait lire Camus justement. Ou Awada, ou Philippe Couillard. Bien sûr, tout le monde sait que la « diversité » et « l’ouverture d’esprit », elle se trouve chez ceux qui organisent et soutiennent la commission sur le racisme systémique n’est-ce pas?

La réalité c’est que le Québec n’a pas vu l’ombre d’un chef de parti ou d’un politicien qui ait réalisé un sans-faute sur les questions identitaires. Québec solidaire inclus. Ce type d’argument est stérile. Du genre de ceux qui plaquent une image de GND entouré de femmes voilées, sans même en connaitre le contexte, pour affirmer que le co-porte-parole de QS est un vendu aux intérêts des intégristes islamistes. Du délire pur jus dopé à la mauvaise foi.

Ensuite, Catherine Dorion avance que comme Sol Zanetti ne sait pas encore où se présenter, « imaginons, juste pour le fun, qu’il affronte Jean-François Lisée dans Rosemont, jusqu’à menacer sérieusement son siège. Pas mal de monde trouverait ça drôle et emballant. »

L’ex candidate d’ON a vraiment intériorisé rapidement la logique partisane de QS! Car tout le monde sait que de l’angle QSiste, l’adversaire c’est toujours le PQ. Il ne serait jamais venu à l’idée de Catherine Dorion que Sol Zanetti affronte, mettons, un libéral… Laurier-Dorion serait prenable justement, surtout si on avançait, pour le bien de l’indépendance, vers une collaboration avec le PQ justement!

Non, ce qui est emballant pour les antipéquistes c’est la fin du PQ. Et c’est drôle aussi. Et ça fait avancer l’indépendance selon eux. De la boulechitte. L’indépendance ne se fera pas exclusivement à gauche (ni à droite) et certainement pas en pestiférant le parti qui compte le plus grand nombre de militants indépendantistes.

On peut bien être en désaccord sur la stratégie à privilégier pour réaliser la souveraineté mais attaquer sans relâche un parti où loge un nombre crucial de gens que l’on devra rallier à un moment donné est stupide et stratégiquement contreproductif.

Un mot sur l’argumentaire de Catherine Dorion concernant ce qu’a écrit Denis Monière. Dorion avance ceci :

« Monière aimerait garder ON intact pour que les indépendantistes puissent continuer à voter directement pour l’indépendance à chaque élection. Sauf que même parmi les gens qui veulent très fort l’indépendance, la grande majorité ne vote pas ON, pour la simple raison qu’ils ne sont pas QUE indépendantistes, et qu’ils veulent aussi, par exemple, accélérer le virage vert, ou préserver le réseau des CPE, ou payer moins de taxes, que sais-je. »

Ironique quand même quand on considère que les attaques répétées des libéraux contre le réseau des CPE tient, précisément, du fait que ce réseau les irrite profondément car c’est une réussite de la gouvernance péquiste. Aussi, on ne peut omettre le fait que le chef actuel du PQ a axé son budget sur le virage vert. Toutefois, le PQ a des preuves à faire en ce sens quand on lorgne du côté de la gouvernance Marois et de son appui, inconsidéré, à la réalisation de la cimenterie de Port-Daniel par exemple.

Il me semble que Denis Monière explique clairement que Option nationale, comme groupe politique à l’intérieur de QS, perdra de son pouvoir et de sa capacité à mettre de l’avant le militantisme explicitement « indépendantiste ». Je ne trouve rien dans le texte de Dorion pour réfuter ce qu’avançait ici le professeur Monière (la réponse du politicologue à Catherine Dorion est éclairante) :

« L’attribution temporaire au collectif ON de deux membres au sein de leur CNN ne garantit aucune pérennité pour le long terme. Le collectif ON sera à la merci des décisions de l’exécutif du parti. En créant ce collectif, ON qui aura essentiellement pour tâche de faire la promotion de l’indépendance, QS se dédouane et s’exempte de faire ce travail de promotion comme parti. […]

Il n’y a aucun engagement de QS de continuer à financer le collectif. Nous qui prônons l’indépendance, nous accepterons avec cette entente d’être soumis à la dépendance dans le cadre de la fusion avec QS car le dit collectif ON n’aura aucune autonomie financière, il ne gérera pas lui-même ses fonds et sera à la merci des décisions de l’exécutif. Qu’arrivera-t-il après 2018? On nous présente comme une grande concession la possibilité d’organiser une université d’été au printemps 2018. Encore là, aucun engagement à long terme de QS. De plus, le collectif n’aura pas les coudées franches et sera soumis à la tutelle de la commission politique de QS. 


Cette entente n’offre qu’un gain pour le chef qui se verra attribuer un des 9 comtés dits prenables. Mais encore là, il n’y a aucune garantie car il y aura assemblée d’investiture comme dans les autres comtés. Comme les membres d’ON seront très minoritaires dans le parti unifié, n’importe quel autre candidat pourra se faire élire.


En somme, on nous demande d’abandonner le statut de parti pour devenir un simple collectif qui pourra parler d’indépendance pendant un an et qui pourra être dissous par une résolution dans un congrès ultérieur. En acceptant cette entente de fusion, on échangerait la possibilité de militer pour l’Indépendance à long terme pour des concessions mineures qui disparaîtront dans un an. Être un parti offre plus d’avantage pour défendre nos objectifs que d’avoir un statut éphémère de collectif dans un autre parti dont la vocation est de convaincre les électeurs de son projet de société. L’action indépendantiste sera à la remorque d’un parti dont la raison d’être n’est pas l’indépendance. »

Jusqu’à preuve du contraire, rien dans l’entente avec Québec solidaire ne permet à un(e) militant(e) qui place la défense de ses convictions pour l’indépendance au centre de son implication en politique de croire que c’est chez QS que cette cause sera la mieux servie.

On me dira que le PQ végète en ce sens depuis longtemps et que c’est loin d’être plus attrayant de ce côté. Ce n’est pas faux. Il me semble que la solution à ce bourbier demeure que nous militions pour le plus de rapprochements possible entre toutes les formations politiques qui se réclament de la cause indépendantiste.

Et ici, la balle est dans le camp de QS. N’oublions pas que les députés Nadeau-Dubois et Amir Khadir avaient appuyé l’idée d’un dialogue électoral avec le PQ lors du récent congrès de QS. Les discussions entre QS et ON permettront d’en savoir un peu plus sur les intentions des militants QSistes concernant l’indépendance.

Si QS avale ON tout en continuant de rejeter et de pestiférer le PQ, cette manœuvre aura été vaine. Je ne vois aucune raison de se réjouir là dedans.

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