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La triste fin d’Option nationale : entre antipéquisme et réalisme…

Finir comme club politique chez Québec solidaire, voilà ce qui attend le parti fondé par Jean-Martin Aussant. On a déjà vu plus réjouissant, plus inspirant comme perspective.

Car Québec solidaire, cette incarnation actuelle de la gauche qui existe depuis plus d’une décennie, est aussi à l’heure des bilans. Comme les autres formations politiques, elle ne saurait y échapper. Et ses états de service en ce qui concerne l’appui à l’indépendance n’ont rien de bien impressionnant.

En deux mots : « ambiguïté nationale ».

Et ce, dès la fondation de Québec solidaire. Petit rappel de ce que l’on écrivait de « l’engagement » indépendantiste de la nouvelle formation de gauche en octobre 2005 :

« La nouvelle formation politique sera souverainiste, conformément à la décision qu’ont prise samedi les membres d’Option citoyenne et au programme politique actuel de l’UFP.

Cependant, la souveraineté du Québec ne sera pas considérée comme une fin en soi, mais bien comme un moyen d’atteindre l’objectif d’une société plus juste, égalitaire et écologique. En outre, la définition de la souveraineté adoptée par Option citoyenne inclut la notion de « nation civique », c’est-à-dire une société ouverte aux différentes cultures.

L’UFP attendait qu’Option citoyenne prenne position sur la question nationale avant d’effectuer tout rapprochement. « Nous étions déçus, il y a un an, quand ils ne se sont pas prononcés sur la question nationale, mais on a respecté cela », a reconnu la porte-parole de l’UFP, Denise Veilleux, présente à l’assemblée d’Option citoyenne. »

Chez Option citoyenne, l’appui à la souveraineté a toujours été ambigu :

« Ce mouvement politique, fondé par Françoise David et François Saillant en mai 2004, doit adopter ses grandes orientations, en plus de discuter d’une éventuelle fusion avec l’Union des forces progressistes (UFP) en vue de fonder un nouveau parti politique de gauche.

Sur la question de la souveraineté, Mme David a affirmé que beaucoup de membres n’étaient pas prêts à prendre position. Plusieurs sentiraient le besoin de réfléchir davantage aux liens entre la souveraineté et le projet social d’Option citoyenne.

« Il faut se demander de quels outils constitutionnels on a besoin au Québec pour réaliser le projet social d’Option citoyenne », a précisé Mme David. »

Pourquoi remonter à la fondation de Québec solidaire? Tout simplement car l’ambiguïté nationale qui était présente avant la fonction de QS a perduré jusqu’à aujourd’hui. En témoigne les attaques virulentes contre le PQ lors du dernier congrès par une frange de militants QSistes que la question nationale rebute.

Aussi, toujours à la recherche de plus d’appuis, notamment dans la collectivité anglophone, QS a soufflé le chaud et le froid sur la question nationale afin de se rendre attrayant pour les fédéralistes de gauche. Amir Khadir y est allé de quelques réflexions fort révélatrices en la matière : « l’indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l’indépendance », ou encore : « l’indépendance demeure, à court terme, irréalisable » (cette dernière phrase lors d’une entrevue au Montreal Gazette dans le cadre des 10 ans de QS qui visait justement à courtiser le vote anglophone progressiste en tassant la question nationale… ça vous dit quelque chose?!).

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Plusieurs militants d’Option nationale aiment se baser, surtout, sur l’étapisme privilégié par le PQ sous Jean-François Lisée pour écarter tout rapprochement avec cette formation politique. Dans les faits, l’alliance d’ON avec QS se manifestera par un détour encore plus long que le programme avancé par le PQ.

En ce sens, l’analyse de Denis Monière, politicologue et professeur à l’UQAM, président de la commission politique d’ON et ex candidat de ce parti, est la plus éclairante que j’ai lue. Il explique dans le détail comment les négociateurs d’ON se sont fait « enfumer » au cours de ce processus de fusion. Extraits :

« Qu’est ce qui différencie les deux partis [QS et ON] quant à la démarche d’accession à l’indépendance? Dans le cas d’Option nationale, l’élection d’une majorité de députés indépendantistes entraînerait automatiquement une déclaration unilatérale d’indépendance. L’article 1 du programme prévoit qu’un gouvernement d’Option nationale « adoptera la Loi fondamentale de l’État du Québec. Ce texte fondateur provisoire succédera à la Constitution canadienne en territoire québécois et servira de cadre légal d’un Québec en voie d’obtenir sa pleine indépendance. »

Comme le font les magiciens, par un tour de passe passe, les négociateurs d’Option nationale, ont totalement fait disparaître ce geste de rupture avec le Canada enclenché par l’obtention d’une majorité parlementaire. Le programme d’ON implique que lorsqu’un électeur vote pour ce parti, il vote directement pour l’accession à l’indépendance. Lorsqu’un électeur votera pour QS fusionné avec ON, il votera non pas pour enclencher l’indépendance dès l’arrivé au pouvoir d’une majorité de députés indépendantistes, mais il votera pour la convocation d’une assemblée constituante qui aura le mandat de dessiner les structures du Québec indépendant. Autrement dit, tant et aussi longtemps que la constituante n’aura pas terminé ses travaux et que le référendum n’aura pas eu lieu, l’indépendance ne sera pas proclamée. On est pas très éloigné de la démarche étapiste proposée par le Parti québécois, à la différence près toutefois qu’avec QS on complique les choses en prévoyant une assemblée constituante avant de faire un référendum. On multiplie les étapes et ainsi les opportunités pour le Canada d’intervenir dans le processus pour le faire déraper. »

Sur la constituante qui, selon les dirigeants d’Option nationale dans leur missive aux militants afin de mousser l’entente, « aurait clairement pour mandat d’élaborer la constitution d’un Québec indépendant », Denis Monière jette une forte douche d’eau froide :

« Les dirigeants d’ON présentent comme un grand pas en avant pour l’indépendance le fait que QS devra modifier son programme pour remplacer la constituante sans mandat par une constituante avec un mandat de rédiger la constitution d’un Québec indépendant. Je pense que les dirigeants de QS n’auront aucune difficulté à faire accepter ce mandat contraignant par les membres car ils pourront faire valoir à leurs militants qu’ils ont préservé un verrou de sécurité qui assure que toutes les options pourront être débattues dans les travaux de la constituante. On se retrouvera avec un programme qui est conforme à ce qu’à toujours dit Amir Kadir : à la fin il y aura peut-être l’indépendance mais pas nécessairement.

Comment cette ambiguïté est-elle encore possible dans le cadre du programme du parti unifié?

L’enfumage procède du fait que la constituante aura un mandat indépendantiste mais pas une obligation de résultat indépendantiste. Ce décalage est possible en raison de la conception que QS se fait d’une assemblée constituante, ce qui a complètement échappé aux dirigeants d’Option nationale qui ont été obnubilés par l’idée de constituante fermée et qui n’ont pas vu l’échappatoire qui est dans le programme de QS qui stipule ceci : « Après l’élection de l’Assemblée constituante, celle-ci aura la responsabilité et les moyens de mener un vaste processus de démocratie participative visant à consulter la population du Québec sur son avenir politique et constitutionnel, de même que sur les valeurs et les institutions politiques qui y sont rattachées. En fonction des résultats de la démarche -qui devront être connus de la population et dont l’Assemblée constituante aura l’obligation de tenir compte- cette dernière élaborera un projet de constitution. »

Cela veut dire que les constituants élus ne seront pas ceux qui décideront de ce que sera la constitution. QS se méfie de la démocratie de représentation et préconise plutôt la démocratie directe dans laquelle les constituants ne sont que des courroies de transmission ou des rapporteurs de la volonté populaire définie par les minorités actives. Ce seront les assemblées populaires dans chaque circonscription qui décideront des orientations du projet de constitution. Dès lors, on en revient à une constituante ouverte ou à la boite de Pandore où toutes les options seront débattues. On peut imaginer toutes les difficultés d’arriver à des consensus avec une telle démarche et les délais qui en résulteront. On peut même imaginer que la constituante ne terminera pas ses travaux dans un premier mandat ce qui rendra le référendum impossible. »

Au final, on comprendra que l’argument selon lequel le PQ est trop frileux quant à son engagement indépendantiste (ce qui n’est pas faux par ailleurs, on l’espérerait plus actif en ce sens) et que l’appui à la fusion avec QS est un meilleur gage de réalisation à court terme de l’indépendance est bien peu convaincant. Dans les faits, on ne peut exclure que certains militants d’ON sont bien plus motivés par un antipéquisme primaire qui trouvera beaucoup d’échos favorables chez Québec solidaire.

C’est d’ailleurs là le point de convergence le plus évident.

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