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L’avalement d’Option nationale par Québec solidaire se fera sans moi…

À titre de membre d’Option nationale (ON), je dois bien l’avouer, je ne m’attendais pas à grand-chose des négociations entreprises avec Québec solidaire. On dit que ON compte environ 2000 membres, j’en connais plusieurs qui, comme moi, sont aussi membres du parti Québécois. Et à la limite, avec un peu de bonne volonté, on pourrait ajouter à ce duo en y adjoignant aussi Québec solidaire.

Sauf que la collaboration avortée entre QS et le PQ a laissé des traces. Ce congrès QSiste au cours duquel les militants refuseront toute entente avec le PQ, les accusations de « racisme » at large pour l’ensemble des militants du PQ en prime.

Une fracture s’est opérée entre QS et le PQ suite à ce congrès qui a pris des allures de procès d’intention du parti politique avec lequel on aurait voulu discuter. Dans le réel de la politique québécoise, cela se traduit, par exemple, par des positions diamétralement opposées en ce qui a trait è la commission sur le racisme systémique – le joujou électoral de Philippe Couillard. QS semble y tenir désormais plus que le PM lui-même, le PQ s’y oppose fortement.

Ce qui reste de la formation politique lancée par Jean-Martin Aussant doit dorénavant se positionner dans ce bourbier. Et alors que j’écoutais le trio Massé, GND, Zanetti, je ressentais un certain malaise, celui des exclusions enfantines de cour d’école primaire : « toi oui, mais pas eux! » QS, un club exclusif réservé à ceux qui passent le test de la vertu QSiste. Un test que Zanetti réussi admirablement bien semble-t-il car suite à ma lecture attentive, répétée, de cette entente j’ai comme un arrière-gout désagréable, cette impression que l’entente fait avancer la carrière du chef d’ON pas mal plus que l’indépendance en somme.

L’entente en elle-même repose sur une prémisse assez simple en fait, QS avale ON. Point final. Et c’est annoncé dès le préambule :

« Cette union s’effectue donc sur la base du programme, des valeurs fondatrices (indépendantisme,

démocratie, écologisme, féminisme, pluralisme, progressisme, altermondialisme) et des statuts de

Québec solidaire, mais préservera l’esprit et la visibilité des aspects constitutifs d’Option nationale,

appelé à devenir un collectif dans le parti unifié. »

Une union qui se fait sur la base du programme de QS, c’est assez clair merci. ON qui devient un « collectif » dans QS, comme le SPQ-Libre au PQ. Comme l’a si bien décrit Bock-Côté, ON devient le «vernis souverainiste d’un parti qui rend l’indépendance conditionnelle à un projet de gauche radical ». On ne saurait mieux le dire.

Le préambule, partie intégrante de l’entente, établit que le nouveau parti unifié serait le fer de lance la promotion de l’indépendance au Québec en ce qu’il permettra aux indépendantistes progressistes de se rassembler en son sein. Ah. Et les indépendantistes qui ne cadrent pas dans cette définition bien obtuse on en fait quoi? Car il n’y a pas d’indépendance possible si on ne ratisse pas beaucoup plus large que ça. À partir de cette prémisse-là, on peut bien promettre mer et monde, ça ne mène nulle part.

Car, du point de vue du militant d’ON, dans la documentation que l’on nous a envoyée, le clou de cette « entente », bien en évidence en caractère gras, c’est la redéfinition de la constituante dans le programme de QS pour refléter l’engagement indépendantiste :

« Le parti unifié aura dans son programme une Assemblée constituante ayant clairement pour mandat d’élaborer la constitution d’un Québec indépendant »

En effet, à la fin de l’entente, des modifications apportées au programme de QS pour établir clairement que la constituante aura le mandat d’établir la constitution d’un Québec indépendant. Toutefois, pour en venir là, le tout repose sur l’élection d’un gouvernement QSiste.

Combien de fois me suis-je fait servir par des collègues ON que le plan Lisée était irrecevable car il repoussait toute action référendaire à 2022, au mieux?

Et l’élection d’un gouvernement QS, ce sera pour quand selon vous? 2018? Vraiment? Le « fer de lance » est mieux de se transformer en baguette magique, ou en gros joint. Ce sera légal de toute façon. Je veux bien que par antipéquisme primaire on accouche de la plus belle stratégie du monde pour tenter d’avoir raison sur papier mais la réalité est bien différente. En voici quelques exemples.

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Depuis 2014, les exemples sont multiples chez QS de l’ambivalence en ce qui a trait à l’indépendance. L’an dernier, Khadir avouait candidement au Montreal Gazette que selon lui l’indépendance était irréalisable à court terme. D’ailleurs, Denis Monière l’a expliqué avec éloquence.

En choisissant d’épouser la caue de la défense du multiculturalisme, QS s’est coupé d’une large part de l’électorat indépendantiste. Loin de créer des ouvertures au dialogue, QS s’allie aux Libéraux en ces matières, ce qui crée un schisme qui éloigne encore plus ce parti du pouvoir.

L’entente annonce que le nouveau parti unifié reprendrait les négociations avec les OUI-Québec. Quelle crédibilité ce parti peut-il avoir quand on sait qu’il a voulu cacher des éléments importants de négociations à ses membres avant la tenue d’un important congrès? Sans compter que ces négociations s’annoncent houleuses quand, lors de son dernier congrès, QS a refusé toute collaboration avec le plus grand rassemblement d’indépendantistes au Québec en y ajoutant les injures à la clé…

Je souhaite bonne chance à Sol Zanetti, un indépendantiste jusqu’au bout des ongles, n’en doutez jamais. Mais cette avalement de ce qui reste d’Option nationale par Québec solidaire se fera sans moi.

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