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La gifle…

Quelques réflexions suite à l’élection partielle dans Louis-Hébert. D’abord, rappelons qu’il s’agit d’une élection partielle justement et que toute analyse doit prendre en contexte qu’elle s’est déroulée dans un château fort libéral depuis 2003.

Anyboby but Couillard

La partielle de Louis-Hébert c’est l’échec monumental de Philippe Couillard. On se rappellera que le tout a débuté par la candidature malvenue d’un ancien de l’ère Charest, Éric Tétrault. Cela s’est soldé par l’éjection du chef de cabinet et ami de longue date de Couillard (Jean-Louis Dufresne) afin de mater la grogne à l’interne. Sans autre choix que de se rabattre sur le dernier choix possible, le PLQ a présenté une proche collaboratrice de Sam Hamad que ce dernier a refusé d’appuyer pour le remplacer.

La gifle monumentale subie par le PLQ dans un de ses comtés jugés « sûrs » ne fera rien pour arranger la grogne interne, toujours présente.

La candidate libérale Ihssane el Ghernati avait ceci de bon aux yeux de Philippe Couillard qu’elle endossait la vision du PM quant à la promotion du multiculturalisme radical, ce qu’elle ne s’est pas gênée de dire lors de l’élection partielle. La gifle subie par le PLQ dans Louis-Hébert, c’est aussi le rejet clair et net du mépris condescendant et constant qu’affiche le PM envers les Québécois en général.

Au premier chef cette infamie de commission sur le « racisme systémique » ne permettra de récolter d’appuis que dans les cercles très restreints de la promotion du multiculturalisme le plus radical; au PLQ et chez Québec solidaire. Peut-être aussi dans un rayon de deux ou trois km autour des comtés les plus multiculturels de Montréal, et encore. On ne pourra nier que cette question a joué un rôle dans la partielle de Louis-Hébert.

Philippe Couillard persiste à vouloir enfoncer dans la gorge des Québécois, au moyen d’une commission bidon, menée par des actants choisis en fonction de leurs préjugés connus sur cette question, que le Québec est rongé par le « racisme systémique ». En dehors de ce rayon de deux ou trois km autour de Montréal, Libéraux et QSistes frapperont un mur.

Le régime libéral est usé, ce parti cahote d’un scandale à un autre, les mauvaises décisions s’empilent, les fantômes demeurent et les dissensions internes ne sont même plus cachées. Ceux qui l’ont soutenu dans le passé le lâchent et dans l’écosystème particulier de la radio d’opinion de Québec, l’appel de se débarrasser des Libéraux semble avoir porté fruit. Renverser la vapeur en 10 mois avant la prochaine campagne sera très difficile.

La conversion réussie de la CAQ

Cette partielle pourrait être un indicateur de la réussite de la conversion fédéraliste de François Legault. C’est que le chef de la CAQ y travaille avec acharnement depuis plus d’un an. L’aboutissement parfait serait que la CAQ s’impose comme parti de remplacement du PLQ usé, corrompu et incliné surtout aux intérêts de l’électorat non-francophone et immigrant.

Le taux de participation étant quand même honorable dans ce château fort libéral majoritairement francophone, la claque est encore plus difficile à prendre quand on considère que le PLQ est passé de 49,2% en 2014 à 18,7% cette fois-ci. Le transfert du vote s’est effectué, essentiellement, entre le PLQ et la CAQ à peu de choses près.

Quand Legault se lamente que Couillard lui vole ses idées...

Dans Louis-Hébert, la CAQ a établi, pour un château-fort Libéral depuis 2003, que ce parti était le degré zéro du changement. Voter CAQ quand on est un libéral depuis toujours est devenu facile. Blanc bonnet… C’est précisément ce s’est produit dans Louis-Hébert, un transfert horizontal du vote entre deux partis qui s’échangent candidats, employés politiques et, le plus souvent – c’est bien dommage – les idées (hormis sur le multiculturalisme et les questions plus générales qui ont trait à l’identité, une bonne nouvelle en soi).

Le PLQ, sous la tutelle de Philippe Couillard, s’est mutée toujours un peu plus en une sorte de « parti Égalité » tel qu’il fut imaginé par Robert Libman et ses alliés; c’est à dire un parti politique visant à défendre le droit des minorités anglophones et allophones, pro partitionniste, contre la loi 101, allergique au concept de « l’identité québécoise » en tant que socle de société distincte.

Ce faisant, cela a libéré un créneau politique intéressant pour la CAQ, celui qu’occupait jadis Robert Bourassa à l’époque des négociations constitutionnelles de Meech : une droite fédéraliste qui reconnaissait quelques positions identitaires notamment en matière de langue. Robert Bourassa ayant payé cher sa loi 178 (trois ministres anglophones démissionneront) et le recours à la clause nonobstant sur la question de l’affichage en français à la fin des années 80.

Le règne libéral a fait mal au Québec, s’en défaire sera difficile et cette période sombre ne laisse pas les Québécois en position de très grande audace, semble-t-il. Je ne suis pas certain que ce soit le moment pour amorcer une grande transformation ou se lancer vers les virages à 180 degrés.

Il se pourrait que la CAQ réussisse à se définir comme l’alternative douillette des Libéraux, ce parti à qui « on devrait laisser la chance de gouverner »; ce parti se bricolera une toute petite teinte de « nationalisme » pour se démarquer du PLQ à la sauce Couillard. Assez pour occuper le terrain de mal nommé « nationalisme mou ».

Rien de bien intéressant pour les indépendantistes…

Soyons réalistes, la partielle de Louis-Hébert n’offrira rien de bien intéressant pour les indépendantistes. Ce comté a bien changé depuis les années mais il a déjà été un terrain fertile pour le PQ dans les années 1990. Depuis 1998, la formation péquiste voit ses appuis dans ce comté fondre tranquillement. Depuis l’élection générale de 2003 où le PLQ a raflé ce comté, les appuis du PQ ont diminué graduellement à chaque élection pour passer de 29% en 2003 à 16% hier. Le PQ est, essentiellement, un tiers parti dans cette région. C’est problématique, et ce parti le sait très bien.

À l’évidence, pour Québec solidaire, il n’y a pas eu d’effet Nadeau-Dubois dans Louis-Hébert, la région de Québec n’étant pas un terreau fertile pour la « gauche multiculturaliste » qui s’allie aux Libéraux sur les questions identitaires. QSistes et péquistes seront contraints à se questionner à propos de ce qu’aurait pu produire comme élan une alliance électorale de ces deux partis dans un comté comme Louis-Hébert car chacun de leur côté, ces partis se divisent le vote du dernier tiers des électeurs.

Quant à Option nationale, ce parti s’éteint tranquillement en attendant de voir les derniers valeureux militants s’étioler un peu au sein de divers autres partis. Certains choisiront la voie de la « gauche diversitaire » chez QS, d’autres, sans trop d’enthousiasme, erreront en maintenant peut-être artificiellement en vie ce parti de l’extrême marginalité le temps d’un dernier rendez-vous dans un an.

Qu’on me comprenne bien; pour les indépendantistes, Louis-Hébert n’est pas un baromètre à partir duquel on annonce une catastrophe. C’est un bastion libéral qui a basculé vers le parti qui s’est muté en clone douillet du parti Libéral. François Legault a joui d’une couverture très avantageuse lors de cette partielle. Des ténors libéraux comme Nathalie Normandeau lui ont offert un appui sans équivoque, à coup de « n’importe qui sauf Couillard ».

Mais François Legault n’est pas devenu un meilleur politicien pour autant et ces failles subsistent encore aujourd’hui. Jean-François Lisée demeure un politicien plus habile et lors d’une campagne électorale, nombreux miseraient sur le chef péquiste avant celui de la CAQ.

Aussi, ce qui permet à François Legault de s’imposer dans la région de Québec pourrait aussi être ce qui lui nuira le plus ailleurs : soit que son parti est un clone du parti Libéral. La CAQ n’a pas hésité à courtiser un ancien de l’ère Charest pour Louis-Hébert en pensant au gain électoral à la clé bien avant ce qui pourrait en couter de point de vue de l’éthique.

De plus, la CAQ demeure un parti de droite qui pourrait aisément accueillir en son sein les architectes de l’austérité libérale comme Coiteux et Leitao. Et en matière d’environnement, la semaine dernière encore, la CAQ se liguait avec le PLQ afin de bloquer une motion visant à appuyer les municipalités du Québec dans leur combat contre les pétrolières et gazières à propos de la protection des zones de protection de l’eau potable.

Il reste un an aux adversaires de François Legault pour établir clairement, sans équivoque, que la CAQ n’a rien d’un vecteur de changement quant aux grandes orientations de la gouvernance libérale. Depuis 2014, nombre de figures connues à la CAQ n’ont pas hésité à joindre le PLQ quand les clés d’une limousine leur étaient présentées.

Il y a là une place à prendre, un terrain politique intéressant à occuper. Il y a toujours au sein de la formation de François Legault des ardents défenseurs de la réduction de la taille de l’état, de l’abolition des commissions scolaires, de l’appui aux pétrolières et gazières (la CAQ appuie la construction d’oléoducs comme Énergie est), de la privatisation plus grande en santé, en éducation, etc.

La course est bel et bien lancée. Louis-Hébert offre un bel élan à la CAQ, mais le fil d’arrivée est encore loin. Très loin.

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