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Les leçons de démocratie…

Comme tant d’autres, dès la nuit de samedi à dimanche, compte tenu du décalage horaire, j’ai suivi ce qui se passait en Catalogne à défaut d’y être. Le tout a déboulé très vite. Le plan de Madrid et du gouvernement central était ficelé et ce n’était pas joli : répression. Par tous les moyens, incluant la violence, stopper la velléité –légitime – des Catalans de s’exprimer, démocratiquement, pacifiquement, à propos de leur avenir.

Du Québec et du Canada, ces événements-là sont toujours suivis avec un intérêt particulier, c’est l’évidence. Il y a en Catalogne un contingent d’indépendantistes québécois pour soutenir la démarche de leurs confrères catalans. On oublie parfois que du côté des fédéralistes au Québec, la ferveur d’une nation qui cherche à faire aboutir sa velléité d’autodétermination est aussi suivie avec beaucoup d’attention. Et s’il fallait que les Catalans réussissent? N’y aurait-il pas là un danger que cela « souffle sur les braises du nationalisme québécois? » Il faut être aveugle pour ne pas le constater à la lumière des réactions que suscitent chez les fédéralistes ces événements historiques.

Rapidement, la situation a dégénéré en Catalogne. Hébétés, dégoutés, de nombreux citoyens dans le monde se sont indignés des exactions commises par la Guardia national espagnole. Des relents de l’ère franquiste selon plusieurs. Des citoyens grièvement blessés et tabassés, en direct, sous l’œil des citoyens pacifiques, dont l’arme principale était le portable pour relayer le tout à la face du monde.

Un policier de la Guardia Civil venant d'arracher une urne de l'un des bureaux de vote en Catalogne.
Un policier de la Guardia Civil venant d’arracher une urne de l’un des bureaux de vote en Catalogne.

Les images de policiers cagoulés, brisant tout sur leur passage, tabassant les citoyens au besoin, pour accéder aux bureaux de vote afin de confisquer les urnes, ne sont pas près d’être oubliées et terniront à jamais le gouvernement espagnol.

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Doit-on rappeler que jusqu’à tout récemment, le camp du « non » était donné vainqueur en Catalogne? Mais le gouvernement Rajoy n’a jamais voulu accepter la volonté légitime d’expression démocratique des Catalans. Grave erreur. Il partait pourtant avec une longueur d’avance. C’eut été la meilleure façon de faire face aux indépendantistes que de leur opposer des arguments en fonction de l’unité de l’Espagne et de les vaincre démocratiquement.

Au contraire, en tentant, par la violence et la répression, du tuer les aspirations indépendantistes, le président espagnol Mariano Rajoy a perdu sur toute la ligne. Quelque chose s’est brisé, de façon irréparable, en Catalogne et en agissant ainsi, loin de mater les indépendantistes, le gouvernement Rajoy vient de légitimer leurs aspirations au moment même où ces derniers cherchent des appuis dans la quête de reconnaissance du résultat de ce référendum.

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Dans l’éventualité où le résultat de CE référendum devient difficile à faire reconnaitre, tout pointe rapidement vers la tenue d’un autre, ou d’une élection référendaire. Et cette fois, la communauté internationale sera sur les rangs afin de valider l’exercice pour dénouer l’impasse démocratiquement. Et si Rajoy et le camp du « non » jouissaient d’un vent favorable à 55% d’appuis il y a quelques semaines, les dérives de son gouvernement auront complètement renversé cette tendance. Le mépris condescendant du président Rajoy envers les Catalans en général se traduira assurément par l’adhésion encore plus forte des Catalans au projet d’indépendance.

Vu du Québec et du Canada…

Sans surprises, les politiciens qui dirigent le Québec et le Canada ont été très timides dans leurs condamnations des dérives violentes du gouvernement Rajoy. C’est que les dirigeants fédéralistes n’ont que peu de leçons de « démocratie » à faire. Les souvenirs de la triche du référendum de 1995 ne sont jamais bien loin et la caste fédéraliste le sait très bien.

Je me souviens d’une entrevue donnée par Jean Chrétien au quotidien The Sunday Post en septembre 2014 alors que je me trouvais en Écosse pour le référendum sur l’indépendance. L’ancien premier ministre n’avait eu aucune gêne à avouer au journaliste qu’il avait triché lors du référendum de 1995 au Québec :

« Watching the Scottish referendum brought a lot of memories back. That was very difficult. There are many parallels between Canada and Scotland In the last days of both our campaigns, there was a surge in support for the Yes camp. The last week in particular was important for the No campaign.

In Canada two weeks before the referendum in 1995 Yes were suddenly eight to 10 points ahead. It was more difficult for us because it was a provincial issue and the federal government I led could not get involved.

But in the last nine days I said to hell with the rules and organised a huge meeting in Montreal in which thousands of people flew in to send a message that we wanted Quebec to stay with us. »

(Traduction : Suivre le référendum écossais m’a rappelé beaucoup de souvenirs. C’était très difficile. Il y a beaucoup de parallèles à faire entre le Canada et l’Écosse. Au cours des derniers jours des deux campagnes [1995 au Québec et 2014 en Écosse], on a assisté à une augmentation du soutien au camp Oui. La dernière semaine en particulier était importante pour la campagne Non chez nous.

Au Canada, deux semaines avant le référendum en 1995, il y a eu gain soudain huit à dix points pour le camp du Oui. Le plus difficile pour nous c’était que le cadre de la loi électorale relevait du provincial et que le gouvernement fédéral que je dirigeais ne pouvait pas s’impliquer.

Mais au cours des neuf derniers jours, j’ai déclaré au diable les règles! et nous avons organisé un grand Love-in à Montréal où des milliers de personnes ont envoyé un message que nous voulions que le Québec reste avec nous.)

Quand Jacques Parizeau s’est plaint du pouvoir occulte de l’argent dans le résultat de ce référendum, il savait très bien que le fédéral avait triché. Et que dire des dizaines de milliers de demandes de citoyennetés traitées en accéléré afin de gonfler, au mépris des règles encore, les appuis au camp du Non. Les Québécois seront dégoutés par ce qu’ils entendront, des mois durant, dans le cadre de la commission Gomery d’ailleurs…

Justin Trudeau se tient coi et pour l’heure refuse de commenter ce qui s’est produit en Catalogne. Inévitablement, toujours vu du Québec, les images de forces de l’ordre qui occupent la Catalogne n’étaient pas sans rappeler la triste occupation du Québec en 1970 par l’armée canadienne, envoyée par le père de Justin Trudeau.

Pour sa part, Philippe Couillard y est allé d’une déclaration tiède, tentant de faire porter aux deux parties la faute de l’excès de violence. Nombreux l’ont rappelé à l’ordre en rappelant que les Catalans ont insisté, tout au long du processus, pour que leur démarche soit pacifique. Les images de citoyens se faisant tabasser par la police espagnole, ces citoyens, les mains en l’air pour exprimer leur opposition à l’affrontement, voilà qui témoigne de la mauvaise foi de ceux qui voudraient associer les Catalans à la violence.

Surtout, Philippe Couillard est bien mal placé pour faire la leçon de « démocratie » lui dont le gouvernement piétine le principe élémentaire, fondamental, que toute saine démocratie doit s’appuyer sur l’indépendance pleine et entière des systèmes de justice et de police. Le gouvernement de Philippe Couillard refuse toujours, obstinément, que ce soit l’Assemblée nationale qui nomme les chefs de l’UPAC, de la SQ et le DPCP.

Rappelons aussi que Philippe Couillard, en début de campagne électorale en 2014, avait décidé de fouetter ses troupes au moyen des termes les plus durs envers les indépendantistes, soit le vocabulaire de la détestation. Depuis, incapable d’agir en chef d’état, il use de la même hargne méprisante envers l’opposition quand celle-ci ose critiquer ses propres convictions en ce qui à trait au multiculturalisme.

À tel point que ce PM ira jusqu’à dépenser plus de 1.5M de $ pour organiser une commission hyper partisane sur le « racisme systémique » dans le seul but d’en faire un levier politique, et ce, au mépris des dérives sociales que cela pourrait provoquer. Son but est clair : par cette commission, placer la majorité des Québécois sur la défensive fort d’une conclusion prévisible (les actants étant déjà choisis pour leurs positions assumées sur la question), les Québécois sont « systématiquement racistes ».

Et cet homme ose faire des leçons de « démocratie »!

Les Québécois savent trop bien que les « leçons de démocratie » venant de ces gens-là sonnent faux. D’où la timidité de certains politiciens à prendre position…

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(L’image en une est tirée du compte twitter de Sylvain Dubé, @syldube47)

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