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Les limites de la gouvernance de l’image eu du selfies…

Lorsque la plus longue campagne électorale fédérale de l’histoire récente a pris en octobre 2015, Justin Trudeau s’est retrouvé dans une situation favorable inespérée. Lui, dont le parti avait longtemps traîné en 3e place dans les sondages, se retrouvait premier ministre fort d’une confortable majorité.

Ce n’est pas tout.

Rarement avait-on vu un tel « carnage » devant lui. Justin Trudeau avait l’avantage de la patinoire pour la quasi-totalité de la première partie de son mandat : toutes les autres grandes formations politiques se retrouvant, en même temps, dans la situation de se nommer un(e) nouveau chef.

Situation inespérée. Le nouveau PM avait le loisir de naviguer à sa guise sans trop avoir à se préoccuper de l’opposition. Idéal pour concocter un menu législatif qui lui donne la latitude de passer ses projets de loi et de réaliser l’ensemble de ses promesses, les plus controversées en premier.

La réalité fut toute autre. Tel un collégien procrastinateur fumeur de pot, Justin Trudeau s’est trainé les pieds et n’a pas saisi l’occasion qui se présentait. Un menu législatif étonnement mince en début de mandat, mais une avalanche de selfies et de parades en tous genres.

Trudeau a réussi à faire la une de magazines prestigieux, il a donné des discours un peu partout, insistant chaque fois sur sa préoccupation première, la promotion de la « diversité », cet euphémisme qu’il emploie à satiété pour éviter le terme plus chargé « multiculturalisme ».

Discrètement, Trudeau a sommé son (ex) ministre des affaires étrangères Stéphane Dion de ficeler les 70% des approbations manquantes afin d’officialiser l’énorme contrat de 15 milliards de ventes d’armes aux Saoudiens – tout en se baladant dans chaque défilé de la fierté gay en appui de la collectivité LGBTQ. Ces mêmes Saoudiens qui font la chasse aux homosexuels…

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Justin Trudeau se drapait de l’idéal environnementaliste à la COP21 à Paris, autre grand discours, apparitions mondaines. Des selfies pour tout le monde. Pendant ce temps, au Canada, son gouvernement préparait l’approbation de deux énormes oléoducs dans l’ouest du pays, au mépris de l’absence d’acceptabilité sociale pour ces projets et de la contestation des premières nations.

Alors qu’il promettait un gouvernement au delà de tout soupçons du point de vue éthique – on oublie parfois à quel point la marque libérale a été affectée dans le Canada anglais dans le passé suite aux dérives éthiques – Justin Trudeau a dû défendre à de nombreuses reprises les pratiques de financement douteuses de son parti. Il est inadmissible que des gens fortunés, dont certains traitent avec le gouvernement, puissent avoir accès au ministre des finances, par exemple, à coup de dizaines de milliers de dollars de cotisation à la caisse libérale.

Devant Trump, son bouillant homologue, qui, à coup de décrets insipides, faisait tout pour créer un flux migratoire à la frontière canadienne, Trudeau s’est comporté tel un hippie tout droit sorti d’un rassemblement rainbow… Ce tweet inconsidéré qui s’est traduit par la venue de milliers de gens à la frontière du Canada, une gaffe innommable qui se sera traduite par des milliers de passages irréguliers à la frontière et tout le déferlement humain, logistique, politique et financier que cela a occasionné.

Résultat?

Même s’il a eu la chance d’être seul sur la patinoire, même si Justin Trudeau a eu le loisir de faire la moitié de son mandat sans véritable opposition devant lui – chaque parti étant occupé à se trouver un chef avec tout ce que cela comporte de logistique – il a été incapable de consolider la cote de popularité favorable qu’il avait en début de mandat.

À la mi-mandat, l’étoile de Justin Trudeau pâlie chaque jour un peu plus. Ses adversaires ont réussi à lui coller à la peau cette image de désinvolture, de politicien-meneur de claques qui se soucie plus de son image que de la raison d’état.

La distribution des sièges au parlement fédéral selon le dernier sondage Forum Research.
La distribution des sièges au parlement fédéral selon le dernier sondage Forum Research.

Le dernier sondage publié en fin de semaine par la firme Forum Research (1350 répondants) place désormais les Libéraux derrière les Conservateurs. Le taux d’approbation du PM Trudeau, longtemps en haut de la barre des 60% en début de mandat, a chuté drastiquement et s’approche maintenant des 40%.

Heureusement pour Justin Trudeau, ses rivaux principaux sont encore méconnus du public (le NPD ne s’étant pas encore choisi un chef, cela se fera sous peu. Toutefois, matière à réflexion, seulement 28% des gens sondés ont avoué s’intéresser à la chefferie du NPD et 14% ne savaient même pas que ce parti se cherchait un nouveau chef!). La majorité des gens sondés ne se sont pas prononcés concernant le chef conservateur Andrew Scheer à titre de « meilleur candidat pour devenir PM ».

Et pourtant, Trudeau arrive 2e dans le dernier sondage. Selon l’agrégateur de sondages de la CBC Éric Grenier, l’ajout du Forum Research à la tendance des dernières enquêtes d’opinion fait chuter le PLC de deux points et les Conservateurs montent d’autant. Au général, le PLC mène toujours mais la tendance est à la baisse.

Et je doute que le ciel ne s’éclaircisse comme ce fut le cas lors de la première partie de son mandat. Les dossiers litigieux sont toujours bien au-devant de lui.

Les députés Libéraux de la Colombie-Britannique sentent la soupe chaude alors que le nouveau gouvernement provincial s’est fait élire en fonction de sa promesse de bloquer les oléoducs auxquels Trudeau tient mordicus. Ces députés-là pourraient y perdre leurs sièges.

Les provinces maritimes sont tapissées de rouge tant au provincial qu’au fédéral et pourtant, nombre de dossiers irritent la population locale. Terre-Neuve est au bord de la faillite technique suite au cafouillage gigantesque de son projet hydro-électrique Muskrat Falls et le PM du Nouveau-Brunswick tape du pied afin que l’oléoduc Énergie Est soit enfin lancé… Un oléoduc qui, s’il devait aller de l’avant, couterait assurément des sièges Libéraux au Québec.

Sans compter le dossier de la gestion de l’afflux des migrants qui a valu beaucoup de critiques au PM Trudeau tant par ses alliés que par ses adversaires dans les médias.

Ne parlons plus de lune de miel, cette époque est révolue. La seconde partie du mandat de Justin Trudeau s’annonce plus ardue. Des décisions de gouvernance l’attendent et elles risquent de faire des mécontents. Tant au sein de ses troupes que dans la population en général.

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