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L’inquisition…

« Hé bin! Tu savais que Gaétan Barrette sera dans ton coin lundi? Quand j’ai vu Saint-André-Avellin, j’ai tout de suite pensé à toi! »

C’est ainsi que par un court message d’un contact de Québec, j’ai appris que le ministre Barrette serait chez nous lundi. Ah bon. J’effectue quelques vérifications et on m’informe que selon l’horaire actuel, le ministre Barrette rencontrerait les gens du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) de 11h à 14h pour ensuite tenir une conférence de presse du centre de jour attenant au CLSC vers 14h30. On prévoit une quarantaine de personnes pour l’annonce à venir.

J’ai traité dans le passé du climat de travail délétère qui existerait dans bien des unités du CISSSO. Depuis trois ans, j’ai récolté nombre de témoignages d’employés à tous les niveaux et de métiers divergents.

« Un véritable climat d’inquisition » m’avait révélé une source qui travaille depuis longtemps dans ce centre de service.

L’arrivée du ministre Barrette s’est traduite dans le réseau par l’imposition de réformes qui ont bousculé les choses et, dans certains cas, brisé des vies. Des gens que l’on a relocalisés et dont le quotidien s’en est trouvé inévitablement chambardé. Des cadres que l’on a forcés à postuler contre d’anciens collègues, des intervenants dans le réseau que l’on a sorti de certains centres de services au mépris de la collectivité qu’ils aidaient. Et j’en passe.

La « méthode Barrette » s’est imposée et l’une de ses pires incarnations est l’imposition de directives strictes aux employés de « loyauté » envers l’employeur. Sous le couvert de cette « loyauté », nombre d’employés ont rapporté que c’est l’assentiment forcé de la mise en place de la réforme Barrette en santé que l’on impose : toute contestation de la réforme, ou de ce qui se passe dans le réseau est prestement réprimée.

Un véritable climat d’inquisition s’installe autour de ceux qui sont vus comme des « activistes », soit ces employés qui, par exemple, oseraient s’afficher ouvertement contre les conséquences délétères de l’imposition de la réforme Barrette. Une de ces personnes-là fut convoquée dans le bureau de son gestionnaire afin de se faire sermonner à coup de « vous dérogez à votre devoir de loyauté » et de menaces de représailles. Le clou fut quand le gestionnaire avoua que les réseaux sociaux des employés étaient surveillés.

Malheureusement pour ce gestionnaire, dans la poche de la personne employée, le téléphone intelligent captait la conversation. Surréaliste et choquant.

Tout n’est pas au beau fixe au sein du CISSSO en Outaouais. Pourtant, le syndicat qui représente ces employés est plus que prudent et, aux dernières nouvelles, ne compte pas organiser quelque manifestation que ce soit dans le cadre de la venue du ministre à St-André-Avellin.

Ce climat d’inquisition imposé dans le réseau se traduit par la crainte de toute contestation de la « méthode Barrette » ou des conditions de travail difficiles et de ce climat de travail souvent étouffant.

En privé, nombre d’employés se plaignent de leur épuisement et de ce climat de travail, mais ils sont prudents quand vient le temps de le faire en public. Surtout quand certains de leurs collègues ont été réprimandés pour avoir contesté la réforme ou pour s’être plaints publiquement de leurs conditions de travail.

Ainsi, quand on sonde ceux que l’on connait et qui travaillent (ou ont travaillé) au CISSSO sur la venue du ministre Barrette à St-André-Avellin, on se fait servir des réponses comme celles-ci : (je laisse à dessein les erreurs. Copie textuelle)

« Je ne pourrai pas publier sur FB, car les réseaux sociaux des employés sont vérifier. On a ete averti par le syndicats de ne rien dénoncé sur le net. »

« Pour éviter des représailles comme ce qui était arriver au 2 employé de l’hopital de Gatineau. C’est un bris de loyauté envers l’employeur »

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On se souviendra que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) section Outaouais avait vertement dénoncé le traitement réservé à un autre employé du CISSSO qui a été sévèrement réprimandé après avoir alerté la population sur un élément d’intérêt public. Extrait :

« En sanctionnant de la sorte un employé qui a contribué à mettre au jour une situation d’intérêt public, le CISSSO indique à ses employés que la loyauté envers l’employeur doit avoir préséance sur l’intérêt du public. Il laisse aussi croire que les citoyens de Gatineau ne doivent pas savoir ce qui se passe réellement dans leur centre de santé. »

La « méthode Barrette » semble néanmoins fonctionner à merveille, car bien que je connaisse personnellement nombre de gens qui sont littéralement écoeurés de ce qui se passe au sein de leur milieu de travail, épuisés, démoralisés, peu iront jusqu’à contester publiquement, voire même en faire un post sur leur réseau social PERSONNEL.

Il ne semble plus exister de liberté d’expression pour ces employés-là.

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