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« Vous corrompez du monde et c’est déductible d’impôt! »

Sans tambour ni trompette, l’un des acteurs clés de la collusion et de la corruption que l’on a entendu à la commission Charbonneau (CEIC) vient de s’en tirer à très bon compte.

Rosaire Sauriol, ex vice président de la firme d’ingénier Dessau, évite la prison et s’est vu absoudre des chefs d’accusation de complot, fraude et corruption en plaidant coupable. Au final, une tape sur les doigts, une amende de 200 000$ à payer avant la fin du mois et deux ans de probation.

Une aubaine quand on considère le rôle joué par cet homme dans la sombre époque de la collusion et de la corruption qui a couté si cher à la collectivité québécoise. Rien pour décourager quiconque dans la même situation que lui de recommencer. Et ainsi s’en tirent à bon compte ceux qui ont trempé dans les magouilles de l’époque de Jean Charest.

« L’homme de l’ombre »

Pour comprendre l’importance qu’a eu cet homme dans la corruption et la collusion au cours des années 2000, il est impératif de rappeler cet excellent éditorial du journaliste Brian Myles qui suivait quotidiennement les activités de la CEIC. Extrait :

« L’ingénieur Rosaire Sauriol était un rouage plus important que Bernard Trépanier dans le stratagème de collusion à Montréal. Il en menait si large à l’Hôtel de Ville que son ami Frank Zampino – « l’homme le plus puissant » de la métropole – lui transmettait à l’avance les discours les plus importants de Gérald Tremblay, le maire qui n’a rien vu.

La commission Charbonneau brosse peu à peu le portrait de Rosaire Sauriol en homme de l’ombre, qui tirait les ficelles du cartel des ingénieurs avec la complicité de Frank Zampino et de Bernard Trépanier. »

En délestant Rosaire Sauriol des accusations de fraude, de complot, et de corruption, le tribunal a failli à sa tâche de faire comparaître cet accusé pour les plus graves crimes dont il était soupçonné. L’éditorialiste Jean-Robert Sansfaçon avait bien cerné cet enjeu :

« Les professionnels ne contribuent pas aux partis politiques seulement parce qu’on le leur demande, mais pour entretenir leur influence et leurs contacts. Les firmes ne sont plus de simples regroupements de professionnels comme autrefois : elles sont devenues de grandes entreprises dont le premier objectif est la croissance. D’où les fusions, les acquisitions et la multiplication des postes voués au développement des affaires dans un univers de services publics qui interdit pourtant les pratiques de réseautage communes au secteur privé.

La corruption d’élus ou de fonctionnaires est un jeu qui se joue à deux. Le système n’aurait pas pu fonctionner sans une parfaite complicité des acteurs. L’étonnant silence qui a entouré leurs activités pendant si longtemps en est la preuve. »

Dessau, Rosaire Sauriol et son frère Jean-Pierre Sauriol, c’est la responsabilité de deux millions de dons illégaux aux partis politiques provinciaux et municipaux ( le retour d’ascenseur en contrats publics pour Dessau, 232 millions de dollars, en fonction de prix gonflés de 30 à 40% – un vol pur et simple de la collectivité québécoise – selon ce qui avait été établi à la CEIC) et la participation au « cartel des ingénieurs » à Montréal.

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Rosaire Sauriol était le grand ami de l’ex président du parti Libéral du Québec Joël Gauthier selon ce que ce dernier a révélé à l’UPAC. Le nom de Rosaire Sauriol apparait pas moins de 23 fois dans l’agenda de Gauthier entre 2006 et 2009. On se souviendra que Joël Gauthier, aussi ex PDG de l’Association métropolitaine de transport, était celui qui, dans l’eau chaude et sentant que l’étau de la justice se refermait sur lui, avait demandé à sa secrétaire de détruire ses cellulaires à coup de talon haut! Source.

Un passage houleux à la commission Charbonneau

On se souviendra de son passage à la commission Charbonneau quelques passages houleux. Les commissaires Renaud Lachance et France Charbonneau n’avaient pas du tout apprécié l’explication de Rosaire Sauriol qui, manifestement, leur mentait en pleine face quant à la surfacturation de 30 à 40 % des contrats publics; le tout appuyé par un argumentaire alambiqué de comparaison avec les prix du pétrole – autre secteur où il faudrait se pencher quant à la façon de fixer les prix d’ailleurs.

Excédée, la commissaire Charbonneau avait apostrophé le témoin Sauriol : « Si vous participiez à ces stratagèmes de collusion c’est que vous y trouviez votre compte et que les prix étaient artificiellement gonflés! »

Rosaire Sauriol avait admis que jamais il n’avait eu peur de se faire prendre et qu’il avait largement dépassé les bornes par sa participation à la collusion. Sa plus grande préoccupation n’étant pas les conséquences de la surfacturation sur la collectivité québécoise ou même de ses actions illégales sur l’image de sa profession mais bien le tort que cela pourrait faire à son entreprise (il était un des 500 actionnaires de Dessau).

Bardé d’avocats, Dessau procède à la divulgation volontaire auprès du fisc de ses opérations collusionnaires afin de tenter de sauver la face; une « opération de marketing pour votre compagnie » ironisait la juge Charbonneau. Rosaire Sauriol s’est défendu par le détail de l’importance de la compagnie au Québec en insistant que, fort de 5000 employés, le siège social au Québec, 500 actionnaires, la compagnie étant si importante qu’elle ne pouvait disparaître.

En contre-interrogatoire, Rosaire Sauriol a très mal paru, notamment quand il a été forcé d’admettre qu’il « corrompait du monde et que c’était déductible d’impôt » pour sa compagnie!

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Le témoignage de Rsaire Sauriol ressemblait beaucoup aux témoignages d’autres ingénieurs qui avait comparu avant lui à la CEIC.

Au final, Rosaire Sauriol s’en tire très bien compte tenu de l’importance qu’il a eu dans la corruption, la collusion et les coûts extrêmement graves que ses actions ont entrainé pour la collectivité québécoise. Pas de peine de prison, une amende aisément à la hauteur de ses amples moyens, et une période de probation. Sourire en coin, j’imagine.

Ne négligeons pas aussi que, dans son cas comme dans tant d’autres quand il s’agit des acteurs de la collusion et de la corruption de l’ère Charest, ce plaidoyer de culpabilité à rabais assure que Rosaire Sauriol n’aura pas à divulguer tout ce qu’il sait sur la corruption dans le cadre d’un procès. Encore une fois, ce plaidoyer de culpabilité fait en sorte qu’il n’y aura pas de divulgation de preuve…

C’est bin faite pareil.

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