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Le bruit des bottes sur Barcelone…

En 2014, je n’avais pas hésité un seul instant à me procurer mon billet d’avion pour Édimbourg. J’aurais fait squigee pour le payer s’il avait fallu; rien ne pouvait m’empêcher d’y être.

Le scrutin avait été planifié de façon somme toute civilisée (hormis la petite incartade royale illégale, mais subtile) entre deux gouvernements qui avaient accepté d’emblée que la démocratie devait faire foi de tout.

Se mettre au travers de la volonté d’une nation de consulter sa population sur sa velléité d’autodétermination? Qui oserait faire une chose pareille.

Dans les rues d’Edimbourg, à une semaine du vote, quelques kiosques, des affiches dans les fenêtres, un cornemuseur en kilt (ah ces identitaires écossais!) et combien de Aye!, ce patois populaire…

D’autres, plus loin, dressaient une table et de la documentation pour le non. J’ai eu la chance de parlementer longuement avec des militants de chaque camp. Une chose qui m’avait frappée, l’ampleur de la documentation que l’on remettait aux gens. Pas 3-4 slogans, mais une tâche de lecture!

Patiemment, les gens discutaient, sans se couper la parole. Pas d’invectives, quelques haussements de ton, certes, on le comprendra. J’ai adoré l’ambiance préréférendaire à Edimbourg. Une effervescence tranquille en quelque sorte.

Le bruit des bottes sur Barcelone

On ne discute pas à Barcelone aujourd’hui. On ne discute pas.

Le gouvernement central de Mariano Rajoy a fait le choix, lourd de conséquences, de la répression, de bafouer la démocratie.

Je ne serai pas sur Barcelone la semaine prochaine. Je ne couvrirai pas la semaine préréférendaire en Catalogne. Ce n’est pas par manque d’intérêt, mais si j’y allais, ce serait pour faire le procès du gouvernement espagnol. L’attitude inqualifiable qu’il a adoptée devant la volonté légitime d’une nation de recourir à la plus élémentaire base de tout régime démocratique : consulter la population.

Le gouvernement central espagnol se comporte de façon indigne; il mérite l’opprobre.

Pourtant, ce gouvernement n’a pas besoin de recourir à l’armée, aux policiers, à la répression, à tout ce qui peut, au final, conforter les indépendantistes catalans et, de surcroit, les rendre sympathiques aux yeux des autres, indécis et hésitants.

Les sondages étaient plutôt favorables au camp du non en général. Mais le gouvernement espagnol a décidé de refuser de débattre, son seul argument sera celui de la répression et de la pire violence dans les circonstances : contraindre la démocratie, la réduire à néant, au silence.

Ce matin sur Barcelone, la Guardia Civil, envoyée par le gouvernement central espagnol, s’en est pris aux représentants catalans, démocratiquement élus :

« La Guardia Civil a pris d’assaut, ce mercredi 20 septembre au matin, le gouvernement catalan. La police espagnole a envahi le ministère de l’Économie et divers organismes des finances catalanes dont l’Agence du Trésor, ainsi que le ministère des Affaires Extérieures. La Guardia Civil a arrêté le ministre des Finances catalan Josep Maria Jové. Les policiers ont également pris d’assaut le ministère des Affaires Sociales catalan. « Nous sommes dans un état de siège ! C’est une honte ! » a indiqué Dolors Bassa la ministre des Affaires Sociales. »

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Le FC Barça appuie la nation catalane

On soulignera cet appui sans conteste du mythique club de football FC Barcelone à la nation catalane, à son droit inaliénable de décider de son autodétermination. Cet appui sera utile et symboliquement mobilisateur. En choisissant la répression la plus abjecte, le gouvernement central espagnol est en train de faire exactement le contraire de ce qu’il vise; loin de calmer les ardeurs des nationalistes et indépendantistes catalans, contraindre par la force l’expression démocratique des Catalans galvanise le mouvement d’autodétermination.

Les indépendantistes et nationalistes québécois doivent afficher sans réserve leur appui à la nation catalane et rappeler que l’expression libre de la démocratie est un droit inaliénable. Les Québécois connaissent trop bien ce qu’il en coute quand le gouvernement fédéral spolie un tel exercice; le Québec ne s’est jamais vraiment remis des stigmates causés par les magouilles du fédéral lors du référendum de 1995…

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