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Qu’est-ce qui est « arrangé avec le gars des vues » en politique québécoise?

« Le 92,8% de Jean-François Lisée, c’était un peu arrangé avec le gars des vues… », Martine Biron, analyste politique, Midi info, Radio-Canada.

Alors que j’écoutais l’analyse de ce qui s’est passé au congrès du parti Québécois par la journaliste politique Martine Biron, je ne pouvais m’empêcher de penser à la dernière semaine que venait de vivre Philippe Couillard, premier ministre du Québec.

Que Martine Biron soit sévère à l’endroit du PQ, on s’y en attend; à cette antenne, ils le sont tous. Quelques minutes après son analyse, son collègue et animateur Michel C. Auger a mené une entrevue serrée avec le chef du PQ. Sans complaisance. Une bonne entrevue qui a forcé Jean-François Lisée à expliquer le réalisme de ses propositions.

Et pour mener ce type d’entrevues, C. Auger est l’un des meilleurs au Québec. Il connait la game politique. Difficile de lui en passer une. Si les propositions sont irréalistes, ce journaliste saura le déceler et poser la question de reprise afin de pousser l’invité à se justifier.

Lisée a fait une bonne entrevue, bien préparé, il a su exposer l’essentiel des propositions phares qui ont émané du congrès de son parti.

Non, tout ça est juste et légitime. Que l’on soit sévère ou critique des propositions, de la stratégie d’un parti, que les journalistes poussent les chefs de parti, les ministres, les députés à rendre des comptes. Ça va de soit.

Sauf que ce n’est jamais le cas avec Philippe Couillard, Jean-Marc Fournier, Pierre Moreau, Gaétan Barrette.

Couillard Ça suffit

« C’est assez! », « Ça suffit! », « Dossier clos! », « Nouveau départ, on regarde en avant! »

Voilà un simple et bien partiel éventail des formules utilisées par le premier ministre Couillard pour clore toute discussion sur des dossiers embêtants pour lui personnellement, et pour sa formation politique.

Et la semaine qui vient de se terminer nous a donné un autre de ces moments. Le premier ministre, agacé, qui décrète que c’est terminé. Dossier clos. Michel C. Auger avait en entrevue la semaine dernière un ancien proche conseiller de Robert Bourassa, le sénateur libéral (indépendant) Jean-Claude Rivest. Objet de l’entrevue? Explication de la procédure de nomination d’un candidat pour une élection. Le tout dans le sillon des désistements gênants des candidats de la CAQ et du PLQ.

Si François Legault peut légitimement se dédouaner en avançant que son candidat lui a sciemment caché de l’information compromettante, la situation est toute autre pour Philippe Couillard. Le sénateur Rivest de pointer spécifiquement, justement, la responsabilité du chef de parti dans la nomination des candidats, ce qui différait de son époque à lui où l’on tenait des investitures.

Ici, dans tout ce cafouillage gênant, notamment du point de vue de l’éthique, le talon d’Achille de ce parti, la plus grande part de la responsabilité devrait incomber au chef de parti et premier ministre Philippe Couillard. Ceux qui, au sein de la presse, ont remis en question le leadership de Lisée suite à la publication d’un tweet maladroit, ont-ils même discuté du leadership de Philippe Couillard suite à cette plus récente bourde? Non. Pourtant tout n’est pas au beau fixe au PLQ. Le parti est loin d’être soudé, le clan Moreau est toujours intact. Rien pour rassurer Philippe Couillard. Pas grave, ce dernier s’en est bien tiré et n’a pas été malmené ou poussé dans les câbles par la presse parlementaire ou les journalistes en entrevue.

En mêlée de presse pour annoncer le désistement de son candidat, Philippe Couillard n’a pas eu le moindre mal à imposer son message. Et lui de clamer, à son habitude : « dossier clos, c’est dernière nous, nouveau départ ».

Chaque fois pareil. Amorfix, Hans Black, William Bartlett (c’est hallucinant que ce dossier là n’ait pas encore procédé, on se demande bien ce qui empêche le DPCP de déposer des accusations; j’ai ma petite idée là dessus), Canadian Royalties, dossier SIQ, le chaos au MTQ, etc. On ne peut plus parler de squelettes dans le « placard » tant il y a de dossiers éthiques qui croisent le chemin de Philippe Couillard et de son parti; on devrait plutôt dire « des squelettes dans l’entrepôt ».

Sous le nez de Couillardcapture-decran-2016-10-22-a-08-32-32capture-decran-2016-10-22-a-08-58-07capture-decran-2016-10-22-a-08-39-31

Le PM Couillard s’en tire chaque fois. Le PLQ aussi. Ce n’est pas rien, nous avons appris cette année que le PLQ a réussi à imposer aux limiers de l’UPAC des mots clés afin de trier la preuve que les policiers pourraient emmener avec eux suite à une perquisition de la police.

Philippe Couillard a-t-il été malmené pour autant? Non. Certains médias ont même minimisé la chose en pointant plutôt le messager. « On sait bin! C’est le média de Péladeau qui a publié ça! »

Je le répète, le problème ce n’est pas que Jean-François Lisée se fasse brasser un peu par la presse; ce qui est troublant c’est que Philippe Couillard et le PLQ se trouvent à un an des prochaines élections sans avoir eu à payer quoi que ce soit du lourd passé éthique, de plus d’une décennie de collusion, de corruption, que ce parti puisse, impunément, proposer un type qui a paradé devant la commission Charbonneau, un type dont il savait qu’il avait été harceleur chez Arcelor, que ce parti puisse continuer à mener son train-train quotidien comme si de rien n’était.

Dans les couloirs de l’assemblée nationale, le nom des deux ministres auquel a fait référence le policier Yves Francoeur (un toujours en poste, l’autre non) circule. Comme c’est le cas en ce qui concerne d’autres dossiers qui impliquent des députés. On se souviendra que le commissaire de l’UPAC Robert Lafrenière avait promis en 2014 que des dossiers impliquant des gens en politique québécoise allaient aboutir en 2015.

À un an des prochaines élections, ce qui risque d’arriver, c’est que l’UPAC déclarera plutôt que, pour ne pas s’immiscer dans le processus électoral, une pause s’impose.

La perspective que Phillipe Couillard puisse s’en tirer indemne, que son parti réussisse à ne payer aucun prix politique ou judiciaire de ses actions passées, voilà qui est insupportable. Surtout que des gens ont pointé vers la proximité entre l’UPAC et le bureau du PM. Quand Lino Zambito affirme que le chef de cabinet de Couillard est en lien constant avec l’UPAC et Robert Lafrenière, il s’expose à de graves conséquences s’il ment. Même la prison. Ce sont là une part de ses conditions de libération.

Idem quand Zambito évoque le passé trouble de Jean Charest et les tonnes de fric en cash sonnant que ce parti aurait transité, impunément. Et ce parti, toujours immensément riche aujourd’hui, fera campagne en 2018 fort de moyens démesurés, bel héritage de l’ère Charest?

Pendant ce temps, c’est silence radio en ce qui a trait aux révélations faites par le policier Francoeur en dépit du fait que ce dernier ait rencontré l’UPAC. Silence radio également en ce qui concerne le projet de loi 107 à l’assemblée nationale, présenté en juin 2016, et dont le but était de « d’accroître l’indépendance du commissaire à la lutte contre la corruption ».

Et le PLQ continue de mener ses affaires comme si de rien n’était… C’est plutôt ça qui est « arrangé avec le gars des vues ».

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