Quand Legault se lamente que Couillard lui vole ses idées...

Ça va prendre plus que des beaux sondages…

François Legault perdait la semaine dernière l’ancien président de la commission jeunesse de la CAQ, Yann Gobeil-Nadon ayant décidé de joindre le PQ. Un dur coup compte tenu que Gobeil-Nadon travaillait jadis pour le député caquiste Claude Surprenant avant que celui-ci ne soit suspendu du caucus de la CAQ.

Cette fois, c’est Sylvie Asselin, l’ancienne présidente de la CAQ dans le comté de Portneuf qui quitte avec fracas le parti de Legault. C’est le spin-doctor Jonathan Trudeau qui sort la nouvelle :

« Cette dernière s’est fait connaitre au cours des dernières années en se présentant à la mairie de Saint-Augustin-de-Desmaures en 2015 (elle a été battue par l’actuel maire Sylvain Juneau). Elle a été par par la suite directrice du bureau de circonscription du député fédéral de Portneuf–Jacques-Cartier, le conservateur Joël Godin. Enfin, elle a occupé la présidence de l’association caquiste de Portneuf jusqu’au mois d’avril 2017. »

Sylvie Asselin se présentera dans Louis-Hébert pour le parti Conservateur du Québec. Un parti qui a le potentiel de gruger des votes précieux à la CAQ dans ce compté de la région de Québec. Sans compter que le PCQ dépensera plus de 30 000$ pour s’afficher lors de cette partielle.

La réalité c’est que François Legault, depuis la fondation de la CAQ, a joui d’excellente couverture médiatique et de sondages favorables. Toutefois, dans le réel de la politique, c’est plus compliqué. Legault traine dans le financement populaire, il peine à monter une organisation politique efficace sur le terrain au sein de la majorité des comtés au Québec (des éléments essentiels pour remporter des élections, faire sortir le vote, etc.).

Aussi, par son positionnement politique récent (on doit avouer que dans la courte histoire de la CAQ, Legault fait office de girouette politique, sur la question constitutionnelle notamment), la CAQ a abandonné la rhétorique par laquelle elle espérait rassembler lors de sa fondation, soit celle du mot « Coalition » dans son nom.

Si, au départ, François Legault se vantait d’accueillir dans son « nouveau parti » des fédéralistes et des souverainistes » qui, chacun de leur côté, en étaient venus à la conclusion qu’il fallait tasser la question constitutionnelle pour une décennie dans le meilleur intérêt du Québec, la donne a changé beaucoup depuis! Adhérer à la CAQ aujourd’hui, c’est faire profession de foi fédéraliste; en plus d’accepter le programme politique de la CAQ qui, en grande partie, est mis en œuvre par le PLQ…

Le hochet « nationaliste » de François Legault ne dupe plus personne; le rapport de force entre Québec et Ottawa est incontestablement et lourdement passé du côté de la capitale fédérale. Si le PM le plus fédéraliste de l’histoire du Québec n’arrive même plus à avoir l’oreille d’Ottawa, que peut bien espérer François Legault? Que Justin Trudeau sera réceptif à la promesse caquiste d’en arriver à « une nouvelle entente constitutionnelle avec le Canada pour remplacer celle de 1982 » que la CAQ dit rejeter. Comme si Trudeau (ou tout autre PM du Canada de n’importe quel parti) allait rejeter l’héritage politique fondamental de son père.

La CAQ n’est plus une « coalition » mais s’est mutée en parti fédéraliste dont l’objectif est de devenir la solution de remplacement au parti Libéral du Québec. À un tel point que François Legault a eu l’air un peu fou quand il a voulu critiquer le passé éthique du candidat libéral Éric Tétrault dans la partielle de Louis-Hébert (ce qu’il faut faire, c’est un rejeton du pire de l’ère Charest, de la corruption libérale).

Le hic? Legault a tout fait pour le recruter afin qu’il se présente sous la bannière caquiste. Voilà qui pousse un peu loin la volonté de remplacer le PLQ si la CAQ est prête à recruter des candidats de l’ère Charest quand cela lui offre une chance de prendre un comté. On se demande ce que la nouvelle recrue caquiste Sonia Lebel, qui a vu Éric Tétrault passer devant la juge Charbonneau comme tant d’autres libéraux de l’ère Charest, pense de tout ça.

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Au cours de la même semaine, comme pour cristalliser cette image que CAQ = PLQ, voilà Alfonso Gagliano qui en remet une couche! Ce fantôme gênant des Commandites vante ses anciens employés politiques qui sont aujourd’hui au PLQ… et à la CAQ!

Blanc bonnet…

Un libéral indécrottable déçu de son parti (à 20-22% chez l’électorat francophone, il ne reste plus que ces électeurs là) ira-t-il jusqu’à risquer de diviser le vote fédéraliste pour donner une chance à François Legault? Non. Je n’y crois pas. Non plus que je ne crois que Legault puisse faire une percée dans l’électorat captif libéral non-francophone.

Des discussions sérieuses ont déjà eu lieu entre la CAQ et le PQ pour former une alliance électorale visant à tasser le PLQ pour de bon. Au moins un long mandat majoritaire. François Legault y avait même presque consenti en 2014.

Aujourd’hui, Legault s’appuie essentiellement sur de bons sondages et l’effet d’entrainement de ceux-ci afin de vaincre le PLQ tout seul. Mais ça part bien mal quand le chef caquiste commence le combat par baisser les attentes dans Louis-Hébert. Pourtant, comme l’analyse le chroniqueur Jonathan Trudeau dans son texte, « la CAQ doit impérativement remporter Louis-Hébert ». Si la CAQ n’arrive même pas à tasser le PLQ quand celui-ci n’a rien d’autre à offrir que les reliques du règne Charest, vous ne me ferez pas croire que François Legault est aux portes du pouvoir.

No way.

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