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Se débarrasser de Dutrizac au nom de la rectitude politique…

Récemment, j’ai eu la chance de discuter avec Lino Zambito alors qu’il s’était déplacé dans mon coin de pays dans le cadre des conférences qu’il donne avec la ligue des droits civiques et un autre témoin vedette de la commission Charbonneau, Ken Pereira.

Souper à la bonne franquette pendant lequel j’aborde le sujet de l’entrevue que Lino avait donné à Benoit Dutrizac le 4 avril dernier; entrevue que Cogeco, l’employeur de Dutrizac, avait fait disparaître de son site dans les heures qui avaient suivi sa diffusion. Cette entrevue a été archivée ici :

Pendant cette entrevue, Lino Zambito a dévoilé de l’information qui avait le potentiel de faire très mal au parti Libéral du Québec mais aussi à la crédibilité de l’UPAC et du DPCP.

En gros, Lino Zambito dévoilait la tenue de deux événements de financement (en 2003 et en 2005) du parti Libéral du Québec sous Jean Charest au cours desquels des centaines de milliers de dollars en argent comptant auraient été amassés et manipulés au vu et au su, notamment, de la garde rapprochée du PM Charest, on parle ici d’agents de la Sureté du Québec. Zambito affirme avoir en mains des preuves tangibles de ce qu’il avance. Plus tard, celui qui fournissait les services de sécurité lors de cet événement, Luigi Coretti, qui était témoin de la scène, confirmera les dires de Zambito.

On connait la suite, quelques semaines plus tard, le 2 juin, bien que l’émission de Dutrizac avait été confirmée pour l’automne prochain, Cogeco surprendra tout le monde en congédiant de la façon la plus cavalière qui soit, son animateur vedette. On apprendra le 7 juin que l’émission de Dutrizac était la plus populaire de sa case horaire dans un marché hyper compétitif. La direction de Cogeco a expliqué le congédiement cavalier par sa volonté de changer la dynamique de sa programmation « en regardant vers l’avenir ».

Boulechitte.

À moins que cette direction fasse preuve d’un amateurisme gênant dans la planification de sa programmation. Sinon, pourquoi avoir annoncé le retour de Dutrizac quelques semaines avant! La réalité c’est que ce congédiement est mur à mur politique. (J’ai expliqué ici en détail pourquoi je continue de penser que le congédiement de Dutrizac est politique.) Et aujourd’hui, la direction tente de berner tout le monde en évoquant « l’avenir » et même, en coulisses, en laissant courir les doléances de certains que Benoit Dutrizac n’était pas l’animateur avec qui c’était le plus facile de travailler.

Boulechitte.

Justement, les gens de Cogeco le savaient mieux que quiconque et s’en accommodaient justement car Dutrizac était aimé de ses auditeurs. Mais ce qui a indisposé le plus la direction de la station, ce sont les plaintes, nombreuses, de gens au gouvernement, de Libéraux, qui boycottaient le micro de Dutrizac. Voilà qui était le plus gros irritant. Dutrizac refusait de se faire le perroquet des lignes de comms du PLQ. Il n’hésitait PAS à mettre en danger un ministre en entrevue, à le contester, à exposer ses failles ou son raisonnement fallacieux.

Une rareté au Québec. Et pourtant, les dossiers ne manquent pas pour déstabiliser députés, ministres et même le premier ministre. Mais la quasi totalité des journalistes, des chroniqueurs politiques au Québec ne le feront pas. Ceux qui le font, ceux qui contesteraient la légitimité de ce gouvernement, s’exposent au même sort que Dutrizac. Je pense ici à Vincent Marrissal par exemple.

Ces mêmes journalistes qui n’ont pas manqué d’instinct carnassier pour faire la peau à Daniel Breton lorsqu’il était ministre. Un ministre très dérangeant pour les proprios de certains médias. Les mêmes journalistes qui ont attaqué sans retenue la PM Pauline Marois au jour 1 de la campagne électorale de 2014 quand elle avait refusé, pour la première fois de sa carrière, de répondre au questions des journalistes. Outrage! Les mêmes journalistes se sont-ils fendus de la même indignation quand, plus d’une fois, le PM Couillard leur a fait un pied de nez?

« Ça ne me tente pas ce matin! »

Pas de problème M. le PM…

Voilà pourquoi un animateur comme Benoit Dutrizac est essentiel. Et raison pour laquelle il était très apprécié des auditeurs. Et beaucoup moins des Libéraux.

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Quand j’ai envoyé un simple tweet hier qui faisait part de mon désintérêt pour le 98,5 depuis le congédiement de Dutrizac, j’ai été submergé de messages de gens qui me disaient : « moi aussi! »

Je n’ai jamais boycotté le 98,5. Dans les faits, j’écoutais à l’occasion cette station pour entendre Dutrizac. Surtout son segment avec Antoine Robitaille et Alec Castonguay. Combien d’animateurs aussi populaire que Dutrizac ont eu les couilles de traiter le ministre Jean-Marc Fournier de « pourri » au Québec? Et pourtant, la mauvaise foi dégoulinante de cet infect politicien est demeurée incontestée à la majorité des antennes.

Et quand un animateur comme Dutrizac perd son micro, c’est le diktat de la rectitude politique qui reprend ses droits. Ça plait beaucoup au Libéraux qui ont réinvesti cette plage horaire.

Mais les citoyens québécois perdent l’un des rares à offrir un contre-discours à cette rectitude politique, C’est bien dommage.

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