maxresdefault

Réflexion politique estivale 1 : sans audace, le PQ n’a aucune chance en 2018…

S’il existe au Québec un politicien qui fait mauvais usage de son comte twitter, c’est bien le ministre (omnipotent) de la Santé Gaëtan Barrette. Sans être un Donald Trump, le bouillant ministre n’hésite pas à insulter, haranguer et faire étalage d’une mauvaise foi peu commune.

L’antithèse du politicien rassembleur, de celui qui sert le public au nom des intérêts de la majorité. Un adversaire du compromis. Gaëtan Barrette c’est l’incarnation du cynisme politique.

À l’autre bout du spectre, il y a Véronique Hivon. La députée de Joliette se distingue par sa capacité à collaborer, à faire de la politique de la façon la plus noble possible. Tout le contraire de ce « grossier personnage » qu’est Gaëtan Barrette. Le dossier de l’aide médicale à mourir l’avait révélé à la population du Québec alors que tous ont souligné son caractère rassembleur en tant que ministre dans l’éphémère gouvernement Marois.

Véronique Hivon, critique de l’opposition officielle en matière de justice, sait aussi faire preuve de plus de mordant. Ce fut le cas lors de la dernière session parlementaire dans le cadre de certains dossiers éthiques. Ses critiques virulentes envers la ministre de la Justice libérale Stéphanie Vallée en lien avec l’indépendance du système de justice ont atteint la cible. La ministre n’en pouvait plus de retenir son agacement quand la députée péquiste lui a rappelé à l’Assemblée nationale au printemps dernier, en plein cœur de l’affaire des révélations du policier Yves Francoeur, que c’était le rôle des députés que de protéger les institutions et d’aller au fond des choses quand des allégations aussi graves étaient lancées. Tout de la réaction de la ministre libérale pointait plutôt vers la volonté manifeste de protéger le parti Libéral.

Je suis de ceux qui croient que le parti Québécois devrait miser beaucoup plus sur Véronique Hivon. On se souvient des conditions particulières qui ont mené à son désistement lors de la dernière course à la chefferie du PQ. On ne peut refaire l’histoire. Toutefois, si le PQ devait se trouver en difficulté cet automne, un atout qu’il possède demeure sa relève parlementaire (j’y ajoute Bérubé, Cloutier, Traversy, etc.), et au premier chef la députée de Joliette. Le chef Jean-François Lisée devra trouver un moyen de placer cette relève à l’avant-plan.

Difficile de ne pas se demander dans quelle position serait le PQ avec une cheffe comme Véronique Hivon. Les membres du PQ se sont prononcés deux fois depuis la dernière élection générale, ce qui est déjà beaucoup de mouvement pour un parti politique qui aspire au pouvoir. Cet automne, le PQ tiendra un congrès de la plus grande importance, celui qui lancera le parti vers la prochaine élection générale; une élection déterminante pour le parti Québécois.

Bien que je continue de penser qu’on ne doit pas fonder la stratégie d’un parti en fonction des sondages, une série d’enquêtes d’opinion défavorables pour le PQ et particulièrement pour le chef Lisée ont un effet démobilisant pour les militants et les sympathisants du PQ. C’est indéniable.

On doit rappeler que lors de la dernière campagne fédérale, le chef du PLC Justin Trudeau était aussi loin 3e dans les sondages alors que le scrutin au fédéral s’est muté en référendum sur le règne Harper. Le chef Conservateur avait aussi contre lui une large part de la presse parlementaire avec qui il avait eu une relation pour le moins trouble. Au final, plus de 100 jours de campagne se seront joués dans les derniers jours, Trudeau s’imposant comme solution de remplacement pour la majorité des opposants à Harper.

Au Québec, le PLQ est usé, corrompu, et Couillard terni par les accointances douteuses et l’accumulation de scandales qui le visent personnellement parfois et le plus souvent son parti. Dans les circonstances, la logique du « politicien le plus apte à le détrôner » devrait s’appliquer. Ce n’est pas si simple. Le PLQ continuera à compter sur un électorat non-francophone captif qui ne s’intéresse pas aux questions d’éthique et de gouvernance (comme les coupures de services publics, les effets catastrophiques de politiques d’austérité) mais aussi sur la complaisance d’une presse qui ne fera rien pour déstabiliser son règne (presse qui ne s’est pas gênée pour attaquer de front Stephen Harper et le PCC).

Surtout, un chef indépendantiste ne peut compter sur « l’effet d’entraînement » du politicien de remplacement au règne libéral usé. Une part non-négligeable des commentateurs politiques et des patrons de salle de nouvelle (ou grands patrons des médias eux-mêmes) sont ouvertement hostiles aux indépendantistes et n’hésiteront pas à saper toute initiative dont pourrait jouir le parti Québécois. Suffit de revenir à la campagne de 2014 pour avoir un aperçu de ce qui attend les indépendantistes en ce sens.

Sachant tout ça, les militants du PQ devront se préparer en conséquence. Et n’écarter aucun scénario en vue de la prochaine élection.

Oubliez les rêveries Solidaires et les déclarations à l’emporte-pièce de GND ou de Manon Massé. Il n’y aura pas de vague orange. La mesure du succès pour QS se fera, comme d’habitude, dans sa capacité à gruger un ou deux comtés au PQ à Montréal et qui sait, énorme surprise, peut-être Laurier-Dorion au PLQ. Ailleurs, la gauche montréalo-centriste ne percera pas. Son repli sur elle-même lors de son congrès du mois de mai et surtout son programme politique trop à gauche ne saura rassembler une population qui campe le plus souvent au centre.

François Legault tentera de faire campagne sur deux fronts qui sont, politiquement, contradictoires. En courtisant les électeurs non-francophones par le truchement d’un discours hyper-fédéraliste qui se campe dans les talles du PLQ d’une part; et en changeant de cassette dans le 450 et en région en axant le second discours sur un « nationalisme » mièvre, fallacieux et sans conséquence tant il s’appuie sur du vide et l’absence de toute conviction véritable.

À moins que Legault ne prenne le taureau par les cornes et explique comment il en arrivera à la « nouvelle entente constitutionnelle avec le Canada » qu’il prône dans son programme politique pour corriger l’imposture de 1982. Bien que cela se retrouve dans le programme caquiste, jamais je n’ai entendu François Legault en parler devant un auditoire non-francophone (ou quand il donne des entrevues au Montreal Gazette par exemple). Cet équilibrisme politique fragile est le talon d’Achille de la CAQ et les indépendantistes le savent fort bien.

Sur ces questions-là, Jean-François Lisée en campagne électorale pourrait être d’un mordant intéressant. Il est plus habile pour donner la répartie aux autres chefs, notamment lors des débats. L’argumentaire « nationaliste » de François Legault est si ténu, tient à si peu de choses que Lisée pourrait mettre en boite le chef caquiste à partir des contradictions béantes de son programme politique.

loups_pq1

Toutefois, pourquoi ne pas songer à une formule inédite au PQ pour que Lisée s’adjoigne une co-cheffe de la trempe de Véronique Hivon. Peu importe la forme que pourrait prendre cette direction bicéphale, le parti Québécois gagnerait à miser davantage sur le côté « rassembleur » de la députée de Joliette mais aussi de la relève parlementaire du parti. Car si le chef du PQ est un habile débatteur et un fin argumentateur, il lui est plus difficile de « rassembler », de s’imposer au delà du cercle des convaincus. Véronique Hivon peut le faire.

Ça et « cesser d’avoir peur de perdre ». Cesser de tout faire pour tenter de plaire à tout le monde au prix des convictions qui sont à la base de l’existence de ce parti. Le PQ a devant lui deux partis fédéralistes de droite quasi identiques! Qu’il les laisse se diviser cette part du vote et assume ses convictions indépendantiste, pro-laïcité et son biais pour la social-démocratie.

Impossible pour le PQ d’espérer gagner en 2018 en jouant la trappe. Ça prendra de l’audace, et aussi un brin de créativité.

Scridb filter