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Discussions QS-ON, la question de l’indépendance reléguée au second plan?

Ainsi les discussions sont amorcées entre Option nationale et Québec solidaire. Fusion? Avalement? Nous connaissons tous l’importance capitale que représente la question nationale pour Option nationale; c’est d’ailleurs car ce parti, en dépit de moyens modestes, réussit à faire des miracles de militantisme indépendantiste que je l’ai joins récemment.

Ma petite contribution. Je ne suis pas toujours d’accord avec les positions d’ON, notamment quand il s’agit de certaines critiques envers le PQ (d’autres sont tout à fait fondées), mais le dynamisme des militants est source d’inspiration.

Alors? La formation fondée par Aussant pourrait-elle réussir à infléchir la position constitutionnelle de la gauche québécoise là où pourtant 40 ans d’ambiguïté – quand ce n’est pas carrément de l’hostilité – persistent…

Il y a 25 ans, une version ancienne de cette gauche était minée par les divergences, les tergiversations et aussi les voix influentes, puissantes de certains – allergiques à la cause indépendantiste. C’est Paul Rose qui m’avait convaincu de me porter candidat en 1994 au sein de la gauche. Comme aujourd’hui, des indépendantistes purs et durs militaient à gauche à côté de progressistes résolument fédéralistes. J’ai souvenir de discussions interminables sur cette question. Pour ma part, pas question de faire campagne sans prendre résolument position. C’était l’échec de Meech, c’était impératif de prendre position!

À sa façon, Québec solidaire refuse de prendre position encore aujourd’hui. Certes, pour faire la cour perpétuelle aux militants du PQ, un terreau fertile selon la gauche, on brandit de temps à autre l’étendard indépendantiste. Mais dans les faits, QS joue habilement sur tous les tableaux. On se souvient de cette phrase du député Amir Khadir : « l’indépendance si nécessaire mais pas nécessairement l’indépendance. »

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Le programme politique le plus « provincialiste »

Le professeur en Sciences politiques de l’Université de Montréal Denis Monière est aussi président de la commission politique d’Option nationale. Comme le soulignait le journaliste Antoine Robitaille – celui chez qui la question constitutionnelle devient érotisante – tout n’est pas gagné alors que s’amorcent les discussions entre les deux formations politiques. Et le professeur Monière a jeté d’entrée de jeu un lourd pavé dans la mare.

Dans un texte intitulé Les lunettes provincialistes de QS Denis Monière explique de façon éclairée, convaincante, comment le programme politique de QS fait presque abstraction de l’état fédéral. Comme si la gouvernance fédérale n’avait aucune incidence sur celle du Québec. Silence qui se traduit par l’absence de critiques de la gouvernance d’Ottawa. Extraits du texte de Monière :

« Lorsqu’on prend la peine de lire le programme de Québec solidaire, on a l’impression de vivre sur une autre planète. Ce sentiment d’étrangeté ne vient pas seulement du caractère utopique de certaines propositions sur la socialisation des moyens de production, mais vient surtout du fait que tout est pensé comme si le Canada n’existait pas comme décideur politique. On se représente la politique québécoise comme s’il n’y avait pas de gouvernement canadien et comme si les décisions prises par le Canada n’avaient aucune importance pour le Québec. Le Canada est logé à l’enseigne de l’insignifiance politique. […]

À l’exception du chapitre sur la question nationale, Québec solidaire ne critique jamais les politiques du gouvernement canadien dans les chapitres consacrés à l’économie, à l’environnement, aux politiques sociales, au transport etc. On explique par exemple les intentions de QS en matière de logement social mais on fait comme si le Canada n’était pas un décideur en ce domaine. On attaque la mondialisation, le capitalisme et le libre-échange sans dire un mot de la politique canadienne. Cette occultation est encore plus curieuse en matière d’environnement, de lutte aux changements climatiques, d’assurance-emploi, etc comme si tout cela relevait du pouvoir provincial. Le discours de Québec solidaire entretient les illusions de l’autonomisme en se concentrant sur les enjeux de justice sociale qui relèvent essentiellement des compétences provinciales. […]

Et en finale ce constat que de nombreux indépendantistes partagent :

« On n’entend pas souvent les porte-parole de QS stigmatiser les partis canadiens. Par ce silence complice, ils ne contribuent pas à la prise de conscience de notre subordination collective. Il ne peut pas être une force de persuasion active pour amener les Québécois à sortir du Canada. Pas étonnant dès lors qu’il n’ai jamais appuyé l’action du Bloc québécois sur la scène fédérale.

En fait, Québec solidaire ne propose rien de concret sur ce que sera le Québec indépendant. Il se défausse sur l’éventuelle assemblée constituante dont les membres par un coup de baguette magique seront devenus indépendantistes. Autrement dit, Québec solidaire ne prend aucune responsabilité quant au destin national du Québec. »

On pourrait dès lors penser que ces discussions ne mèneront nul part. C’est faux. Il y a quelques points de convergence entre les deux formations politiques. Et la question nationale n’est pas toujours ce qui en fait le ciment.

Abattre le parti Québécois

Je reprendrai un angle de l’argumentaire de Denis Monière de la façon suivante; il y a chez Option nationale des militants très actifs sur les réseaux sociaux qui peuvent pondre quotidiennement des critiques acerbes contre le PQ trop « provincialistes » mais qui ne le feront jamais en ce qui concerne QS. La raison est fort simple, ces militants-là partagent l’intérêt commun –plus important que celui de la question nationale à leurs yeux semble-t-il – de faire disparaître le PQ à tout prix en croyant qu’une fois disparu du paysage politique, leur formation politique (commune ou pas) en récolterait les fruits.

Et tant pis si cela implique que le parti Libéral de Philippe Couillard continue son œuvre de déconstruction nationale du Québec.

Il y a aussi chez Option nationale –au sein même de l’équipe d’ON qui représentait le parti à la table du Oui Québec par exemple – des militants qui partagent le discours « diversitaire » de Québec solidaire, ce dogme à partir duquel on a enterré toute alliance politique avec le PQ lors du congrès de QS à Montréal en mai dernier.

Ces militants-là chez ON seront prêts à accepter l’ambiguïté nationale de QS ou du moins le moindre petit glissement sur cette question qui puisse rendre acceptable le projet de fusion entre les deux partis. Glissement, soit dit en passant, qui sera toujours moins convaincant que la stratégie « provincialiste » du PQ. Là n’est pas la question, pour ceux-ci, le but ultime est de remplacer le parti Québécois.

Ne doutons pas un instant qu’il y ait des indépendantistes convaincus chez QS, j’en côtoie plusieurs et leur détermination vaut bien la mienne. Leurs critiques du PQ ne sont pas infondées. Difficile de défendre les décisions comme celle de l’appui du PQ de Marois à la cimenterie McInnis ou cette complaisance à l’exploitation du pétrole ou dans le dossier Anticosti. Cependant, on répondra aux gens de QS qu’ils ont refusé d’appuyer le PQ dès fin 2012 quand Marois a mis fin au nucléaire. Bref, le fragile gouvernement Marois (il n’y a pire que cette faible minorité qui fut la sienne) ne devrait pas être la base sur laquelle on fonde les alliances électorales dans le futur. J’ose croire que les GND et Khadir le pensaient aussi quand, lors de leur congrès, ils ont appuyé l’initiative de discussion électorale avec le PQ.

Le PQ demeure un véhicule politique utile; c’est le parti qui compte le plus de membre – et de loin – à l’Assemblée nationale (et une organisation terrain éprouvée dans plusieurs comtés), le plus de financement politique aussi. Si les membres du PQ ont accepté le principe du report de l’échéancier référendaire, ne doutons pas un instant de leurs convictions indépendantistes.

À l’opposé, QS se doit de jouer sur tous les tableaux en ce qui a trait à la question constitutionnelle. Une bonne part de ses militants est résolument fédéraliste. Cela se voit lors de chaque élection fédérale alors que ces militants se mettent au travail pour le candidat du NPD. En Outaouais, cette accointance est assumée dans plus d’un comté. Il n’y a qu’à regarder la feuille de route des candidats.

Aussi, ceux chez QS qui ont fait avorter toute discussion avec le PQ lors du congrès solidaire ne seront jamais de fervents indépendantistes. Qu’on cesse de se mettre la tête dans le sable. Pour cette clique diversitaire montréalocentriste, le multiculturalisme de Trudeau l’emportera toujours sur les velléités de la majorité des Québécois de rompre avec le dogme de Trudeau en lui substituant une forme de laïcité.

Je ne vois pas comment QS pourra incliner sa position constitutionnelle de façon assez convaincante pour la rendre plus « attrayante » que celle du PQ. En ce sens, il se pourrait bien que la question de l’indépendance soit reléguée au second plan lors de ces discussions.

On ne le dira pas ouvertement bien sûr. Mais si ceux qui sont à la table de ces discussions entre QS et ON finissent par s’entendre que leur fusion pourrait enterrer le PQ, quitte à se taper un autre mandat libéral pour ce faire, et que cette considération l’emporte sur le reste, il se pourrait bien que les militants d’ON soit appelés à se prononcer sur un projet de fusion. Reste à savoir comment on enrobera le tout pour que ce soit digeste du point de vue des indépendantistes.

Si la question nationale et les intérêts de cette cause priment, il n’y aura pas d’entente avec QS à moins que ce parti mette fin de façon claire à sa position d’ambuguïté nationale. Ce qui voudrait dire, comme le montre l’analyse de Monière, une refonte en profondeur du programme politique solidaire. Si jamais on parvenait à réussir ce coup de force, pourquoi alors ne pas relancer les pourparlers avec le PQ.

Car peu importe où on loge dans cette histoire, je ne doute pas un instant que ça prendra de l’audace pour en finir avec les Libéraux et la perspective de leur remplacement par cette imposture politique qu’est la CAQ. Audace qui manque cruellement au PQ en ce moment. Il m’arrive de penser que ce qui se passe au Bloc serait salutaire si certains militants pugnaces qui l’ont investi au fédéral décidaient de s’impliquer de la même façon au PQ.

Une chose est claire, ça ne sert à rien de le nier, il existe tant chez QS (c’est l’évidence) que chez Option nationale un noyau dur de militants pour qui abattre le parti Québécois est au top des préoccupations politiques. Reste à savoir quelle influence ils auront au cours de ces discussions.

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