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Stabilité et confiance… Le prochain slogan électoral des Libéraux?

Je sais, cela peut faire sourire alors que le PM du Québec n’arrive à garder son bateau à flot que par son emprise délétère sur tous les rouages du système de justice – une emprise digne des républiques de banane – mais ce sera bel et bien un slogan électoral majeur du PLQ lors des prochaines élections.

Le PM lui-même, très confortable et bien chez lui en entrevue avec le Montreal Gazette, l’a confirmé au journaliste Philip Authier. Ce slogan est aussi sa ligne d’attaque contre le parti Québécois : parti de l’instabilité selon lui. Ce qui fait sourire venant d’un PM qui aura été forcé de remanier son cabinet plus de fois que n’importe quel autre depuis que le PQ est arrivé à l’Assemblée nationale.

D’ailleurs, par le biais de cette entrevue, le chef du PLQ est en mesure de s’adresser directement à son électorat captif, sans être embarrassé par le filtre des journalistes francophones; et ce qu’il a dit à son électorat captif? « I got your back! »

Philippe Couillard a fait son choix, il a complètement abandonné le Québec francophone. Au cours des dernières semaines, le PM du Québec a envoyé un signal clair, sa considération première ira à son électorat captif non-francophone. Et pour l’établir, le chef du PLQ ne ménage rien, quitte à écorcher la majorité francophone au passage; ce segment de l’électorat que Philippe Couillard ne tient pas en haute estime, c’est l’évidence.

Couillard fait le pari que par la division de ses adversaires, il conservera ses acquis en terrain majoritairement francophone. Il mise, entre autre, sur l’apathie généralisée de la population face à la politique, sur l’illitératie politique aussi. Les stratèges libéraux savent compter. Partout où un bassin de population de plus de 10% de population non-francophone existe, en tenant compte que les libéraux récoltent au bas mot 80% de ce vote (et c’est très conservateur), ne suffit que de 25-30% du vote afin de gagner le comté, voire moins si la division des francophones est très partagée.

Par ces récentes sorties visant à mobiliser la population anglophone – oui, je parle ici de prendre le parti linguistique de cette collectivité, ce qui est chez elle, un élément très rassembleur, beaucoup plus important que n’importe quelle considération éthique – le chef du PLQ s’assure que la population non-francophone sera gonflée à bloc en 2018. Couillard n’aura pas de difficulté à faire sortir son vote. Il sait très aussi que de l’autre côté de la fracture linguistique, les francophones sont plus écoeurés, dégoutés que jamais de la politique. Disons que Couillard ne fait rien pour les mobiliser.

Et je vous jure que les Libéraux font ce calcul comté par comté. Outaouais, Estrie, Canton de l’Est, Gaspésie, Montréal, les couronnes, la Montérégie, les Laurentides, etc. Des comtés où le nombre de non-francophones atteint 10%, il y en a beaucoup au Québec. Et les astres semblent s’aligner parfaitement pour le PLQ, l’opposition n’a jamais été aussi divisée.

L’autre question pour Philippe Couillard et le PLQ demeure d’établir le « plancher » de l’appui du PLQ dans la population francophone. Facile pour eux de faire l’exercice à la lumière de toute la couverture médiatique négative, les scandales qui s’accumulent, les ministres qui sont honnis ou incompétents.

À la lumière de l’analyse des différents sondages et du résultat des élections partielles (il y en a plus de dix quand même!), les stratèges libéraux établissent ce plancher, de façon générale, à 20-22%. Le pire des scénarios. En 2018, si tout s’écroule pour le PLQ, on pense que le parti récolterait tout de même 20% du vote francophone en général. Viennent ensuite les disparités régionales. En gros, voilà comment on prépare le terrain du côté du PLQ.

Les pessimistes accorderont une quarantaine de comtés sûrs au PLQ, les enthousiastes plus de cinquante. Le tout devrait se jouer autour d’une vingtaine de circonscriptions. Ce que l’on sait sans douter toutefois c’est que le vote captif libéral au sein de l’électorat non-francophone (à 80%) lui confère une avance considérable avant même que l’élection ne soit déclenchée. Rien de nouveau. En lançant, par exemple, son « Secrétariat aux affaires anglophones », Philippe Couillard raffermit son emprise sur le vote de cette collectivité.

Des élections hâtives?

Les députés vident leurs bureaux aujourd’hui et les partis dressent leur bilan de session. Note intéressante, Philippe Couillard a répété, en anglais et en français, qu’il respecterait la loi sur les élections à date fixe « puisque rien ne justifie de la contourner ».

En 2013, le gouvernement du PQ de Pauline Marois vivotait et tout indiquait que l’opposition allait bientôt le faire tomber. La faible minorité du PQ rendait difficile de faire adopter tout projet de loi et depuis septembre 2012, chaque parti n’avait à l’œil que le round 2 de ce combat inachevé. Le PLQ, n’ayant pas subi la dégelée attendue en 2012, fourbissait ses armes. Les autres oppositions aussi. Personne n’avait d’intérêt à collaborer avec le PQ.

On a prêté à Pauline Marois l’intention de déclencher des élections hâtives fin 2013. Il y avait embelli dans les sondages. Mais le PQ préparait aussi le budget du début 2014 et il y avait la très suivie commission parlementaire du PL60. Nicolas Marceau n’avait même pas déposé son texte de budget que tous savaient que le PQ était cuit.

Déjà, fin 2013, le DGEQ avait commencé à prendre certaines dispositions de préparation à l’élection générale. La logistique d’une élection étant complexe, le DGEQ se doit, autant que possible, d’être capable d’anticiper. Ainsi, les signaux envoyés par les chefs de parti, surtout en contexte de gouvernement minoritaire, sont très importants. Janvier 2014, Philippe Couillard avait annoncé ses couleurs, Legault aussi. La préparation pouvait commencer…

Revenons-en à aujourd’hui. Lors de son point de presse, le chef de la CAQ a insisté sur le fait qu’il avait demandé à ses troupes d’être prêtes pour la mi-aout, au cas où des élections hâtives seraient déclenchées. Dans un contexte de gouvernement majoritaire, les signaux envoyés par le PM sont importants. À plus d’une reprise, Philippe Couillard a répété au cours des dernières semaines qu’il n’y n’aurait pas.

Je retiens sa déclaration la plus complète là dessus, le 24 mai dernier. Voici comment il avait qualifié cette possibilité :

« Dans la loi même, théoriquement c’est possible (de déclencher des élections anticipées), a-t-il dit. Mais ça prend vraiment un enjeu absolument majeur. Je n’en vois pas. Dans notre plan de gouvernement, on a encore beaucoup de travail à faire, notamment sur l’innovation après être venus ici. Moi, c’est ça qui me passionne. »

« Je n’en vois pas »… Mais c’est très facile de changer le cours des choses pour trouver justification à des élections anticipées. Couillard rappelle que c’est possible selon la loi. Les gens à l’Assemblée nationale ont pris bonne note de cette déclaration.

Et s’il y a une personne à qui nous ne devrions faire confiance tant sa parole a été si souvent mise en doute, c’est bien le PM lui-même.

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Stabilité et confiance, un slogan tout à fait antinomique –et contradictoire- quand vient le temps de qualifier la gouvernance libérale de Philippe Couillard. Le passé douteux, les amitiés toxiques, les nombreux scandales qui collent à la peau de cet homme… Tout le contraire de la stabilité, de la confiance.

Vraiment, dans l’art de nous prendre pour des imbéciles…

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