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L’imposture caquiste…

La CAQ est une imposture politique. Il est important de le rappeler, de le nommer surtout. Non que sa présence au sein de l’offre démocratique soit illégitime, les citoyens sont libres et souverains quant à leurs choix politiques. Non, c’est dans le programme, dans le positionnement politique que cela s’incarne.

Et dans les alliances et les accointances idéologiques aussi. Les électeurs auront remarqué, c’est l’évidence, qu’une porte tournante existe entre la CAQ et le PLQ, honni de la plus grande part pourtant. La proximité idéologique, politique, entre la CAQ et le PLQ est telle que le PM du Québec peut nommer ministre tout député caquiste.

On avait même laissé flotter ce ballon dans les médias : « pourquoi pas François Legault ministre dans un cabinet Libéral? »

CAQ et PLQ, offre politique bicéphale fédéraliste dont le but est de ratisser le plus large possible. La CAQ pour l’électorat francophone sous l’imposture du « faux nationalisme » inféodé au fédéralisme; le PLQ pour cette inestimable (et délétère) emprise sur l’électorat « non-francophone ». Un but commun, éliminer complètement l’offre politique indépendantiste.

Quitte à collaborer activement par le biais d’une « convergence fédéraliste » au besoin. Car s’il y a péril en la demeure, ces deux partis collaboreront fin de tasser la menace séparatiste.

Comme cela s’était fait en 2014, dans le comté de Papineau, château fort libéral et ancien fief du débonnaire Norm Macmillan. Lors de l’élection de 2012, l’impensable s’est presque produit; le comté est passé à moins de 170 voix de passer aux mains du PQ.

C’est que le vote fédéraliste s’était éparpillé un peu; la fatigue du pouvoir, Jean Charest fort impopulaire. La CAQ avait alors très bien fait dans ce comté ce qui avait favorisé le candidat péquiste Jean-François Primeau, un syndicaliste de gauche (oui, la division du vote progressiste et indépendantiste a couté un siège ici).

Pas question de prendre de chances lors du scrutin de 2014 dans ce comté. La CAQ y présentera un militant libéral, un proche (ex militant) du député libéral sortant Alexandre Iracà. Le candidat caquiste ne fera pas campagne, il refusera de se présenter aux débats locaux et ira jusqu’à mettre le chef caquiste dans l’embarras quand, en entrevue téléphonique au Cogeco 104,7 Gatineau, celui-ci affirmera ne pas vouloir débattre, car sa formation politique ne propose « que de couper partout! »

Pas besoin de vous dire que dans les circonstances, la CAQ a fait moins bien dans Papineau. Les Libéraux ont été réélus confortablement. Un bel exemple de « convergence fédéraliste ».

L’imposture caquiste c’est aussi dans ce double discours, ce glissement sémantique permanent de la formation politique sur la question constitutionnelle. Au départ, ce refus obstiné de discuter de ce sujet. « Les Québécois en ont marre. Ils sont passés à autre chose. Ce n’est pas une vraie affaire ». La CAQ, fondée sur le prédicat que la voie vers le pouvoir passait par l’évitement de la question constitutionnelle.

Vient ensuite la conversion fédéraliste assumée. Exit la « coalition ». Autre imposture, celle-là jusque dans le nom de la formation politique. Il n’y a plus de coalition à la CAQ, François Legault jadis un « caribou » parmi les « pressés des pressés » au PQ est dorénavant un fier fédéraliste.

Y faut c’qui faut! Comme on dit.

En fait, ça dépend un peu de l’auditoire pour le chef de la CAQ. Quand il est devant l’editorial board du Montreal Gazette, le chef de la CAQ revêtira plutôt son chapeau de fédéraliste pur et dur en droite ligne avec le PLQ. Même chose quand il se pointe en Outaouais par exemple. En mars 2016, à la station régionale Ottawa-Gatineau de Radio-Canada, Legault insiste sur sa posture fédéraliste et esquive ni ne nomme son « fier nationalisme ». En novembre 2016, à Drummondville, Legault insistera sur le « fier nationalisme » et justifiera sa posture fédéraliste en lui adjoignant toujours celle du « nationalisme dans un Canada uni ».

Pourtant, la CAQ de Legault n’aime pas parler de constitution. Ce mot-là semble l’irriter. Fin 2015, la CAQ est forcée de se positionner sur la question. Ce qui étonnera les gens sur place, journalistes notamment, c’est la réticence manifeste qu’il y a au sein de ce parti à prononcer le mot!

«Après avoir clamé pendant des années que les Québécois ne voulaient pas parler de Constitution ou de référendum, François Legault veut maintenant rouvrir la Constitution, mais en évitant soigneusement le mot Constitution: un gouvernement caquiste proposerait une nouvelle «entente» au Canada, qui serait soumise à un référendum. »

On retrouvera justement la position caquiste dans la version actuelle du programme du parti. François Legault, dont la principale ligne d’attaque contre son ancienne formation politique s’articulait – comme son allié fédéraliste Philippe Couillard – autour du terme « référendum », venait pratiquement de se couper l’herbe sous le pied. La CAQ proposerait aussi un « référendum ». Mais pas sur la constitution! Sur une « entente ».

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Mais n’allez pas essayer de rappeler cette promesse à des militants, d’ex-candidats ou des députés caquistes! Ils ne vous répondront pas. Je l’ai fait à de multiples reprises et c’est toujours le même silence. En privé, un ex-candidat de la CAQ de ma région m’a avoué à quel point cette promesse embarrassait le parti et ne faisait pas l’unanimité. C’est l’évidence.

C’est là justement la plus grande imposture de ce parti. Sa caution « nationaliste » est fausse et irréaliste. Politiquement, elle ne tient pas la route. Et ça, les caquistes eux-mêmes le savent très bien. François Legault le sait mieux que quiconque. Mais il persiste à miser sur cette prémisse d’un « Québec fort dans un Canada uni ».

Se sachant pouvoir piger assez aisément au sein des effectifs caquistes, le chef du PLQ ne s’est pas embarrassé des formules alambiquées de la CAQ. Il a concocté sa propre version de cette posture politique du déni. « Être Québécois, notre façon d’être Canadiens ».

PACLOW! Quin toué François Legault. Car ne doutons pas un instant que le manifeste de la capitulation du Québec présenté par Philippe Couillard et Jean-Marc Fournier (et caché à leur propre caucus!) n’était pas destiné à un auditoire canadien. Il a été rédigé, taillé sur mesure pour ce segment de l’électorat si cher à François Legault. Ce « nationaliste mou » dont l’analyse de la situation s’arrête à la frontière des rebuffades sèches, voire méprisantes, du Rest of Canada à toute revendication du Québec qui dépasse la capitulation pure et simple.

C’est la beauté fallacieuse du manifeste de Couillard et Fournier. La capitulation du Québec servie dans un langage nationaliste qui gomme l’essentiel : le Canada ne veut rien savoir de quelque revendication que ce soit venant du Québec. Le PM du Canada est un farouche opposant à la conception même que le Québec forme une nation. Pas surprenant qu’il ait si froidement accueilli la proposition de Couillard, Fournier et autres fédéralistes québécois qui sont prêts à tout pour entrer de gré ou de force le Québec dans le giron constitutionnel canadien.

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François Legault est coincé. Il rebute à l’idée même de prononcer le mot constitution et il constate l’échec de sa posture politique. Le PM le plus fédéraliste de l’histoire du Québec n’est même pas capable de recevoir une réponse digne de la part du Canada anglais quand il ose, à genoux, implorer que l’on considère juste la possibilité de peut-être regarder ça un moment donné, sans contraintes, rien-rien là!

L’approche « nationaliste » de François Legault dans ce contexte-là –et il le sait lui-même- c’est la plus grande imposture qui soit. S’il demeure quelques irréductibles qui croient encore aux licornes et au « Québec fort dans un Canada uni », le Canada a fermé, lui, cette porte-là depuis longtemps.

Si vous aimeriez avoir un aperçu du genre de réponse que l’on a servie à l’initiative de Couillard et Fournier, je vous propose ce texte de Andrew Coyne pour qui le tout est « une folie suicidaire » qui ne fait que lui rappeler « qu’il a perdu une bonne part de sa jeunesse à couvrir ces inepties et que le spectre de jeter à la poubelle un autre 20 ans de cette bouillie ne l’enchante guère». Coyne est moins poli que l’éditorial board du Globe & Mail mais en substance, tous disent la même chose. : « Non merci. On ne veut rien savoir de ça! »

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