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Congédiement de Benoit Dutrizac : l’éléphant dans la pièce…

La poussière retombe suite au congédiement cavalier de l’animateur Benoit Dutrizac par Cogeco. Ce n’est pas banal, on parle ici d’un des animateurs de radio les plus en vue au Québec qui occupait un créneau convoité, celui du midi, et dont les cotes d’écoute caracolaient. Tout pour faire plaisir à ses patrons dans cette industrie hyper compétitive.

Et pourtant non.

Benoit Dutrizac a été foutu à la porte comme le dernier des clampins. Pas même 24h d’avis.

« DEWOOOORS! »

Ses nombreux auditeurs dans la grande région de Montréal et ailleurs – car oui, nous étions nombreux à écouter son show via les zinternets – n’auront même pas eu le droit à un dernier au revoir. Le genre de congédiement où tu te dis « coudonc! Y’a tu couché avec la femme du boss! »

Dans cette industrie là, souvent les mouvements de personnel sont coulés aux médias. D’ailleurs, Québecor avance déjà que ce serait Drainville qui remplacerait Dutrizac. Pourtant, rien n’avait laissé présager que ce dernier perdrait son micro, bien au contraire! En mars dernier, le DG de la station Michel Laurin avançait qu’il n’avait absolument aucune inquiétude quant à l’émission de Dutrizac et qu’elle serait de retour à l’automne.

Dans ces conditions là, ce congédiement est encore plus salaud en ce que le principal intéressé, conforté par ses patrons, ne se sera jamais inquiété de trouver un plan B.

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Un malaise au sein de la petite confrérie de la radio…

À l’évidence, ce congédiement aux allures d’exécution professionnelle a créé un malaise au sein de la toute petite confrérie radiophonique. Cogeco est un gros joueur, les places sont très limitées et il est périlleux de se mettre à dos ceux qui engagent.

Conséquemment, peu se sont levés pour prendre le parti de Dutrizac.

« Cogeco se sépare de son animateur… » « Attristé par le départ de Dutrizac… »

Pardon? Dutrizac a été foutu à la porte le pied au derrière. Cessons les euphémismes! C’est l’éléphant dans la pièce dont personne ne veut parler. Ce congédiement a toutes les allures d’une commande politique, point.

C’était devenu un running gag à cette antenne lors du show du midi : les Libéraux boycottaient l’émission de Dutrizac. C’est que celui-ci en avait brassé quelques uns. L’animateur avait refusé le code des convenances et avait exigé des réponses franches; il avait refusé de servir de tapis et que son micro ne serve de courroie de transmission aux lignes du parti.

C’est ce que la majorité de la population espère de ceux qui ont l’opportunité de questionner ceux qui nous gouvernent. Et c’est aussi ce qui manque le plus cruellement au sein de nos médias. Des animateurs, des intervieweurs qui refuseront la langue de bois et qui traqueront les politiciens jusque dans les entrailles mensongères de leur langue de bois.

Dutrizac savait faire ça.

J’ai déjà causé avec un animateur ami à moi qui avait connu une entrevue particulièrement difficile avec le ministre Barrette. Il n’était pas le premier à qui ça arrivait. Il m’expliquait que cela l’avait déstabilisé pour le reste de son show. Barrette avait été bourru au possible, et de fort mauvaise foi. Lui, l’animateur le savait, il a bien tenté de résister, de répliquer, mais l’autre est maître dans l’art de l’intimidation oratoire. Cela ne s’est pas très bien passé. Le tout n’apparaissant même plus à l’audiofil de l’émission qui a changé de nom depuis. Au final m’avait-il dit, la prochaine fois, je le laisserais se caler. Ça ne vaut pas la peine de confronter ce type de politiciens là.

Benoit Dutrizac avait établi qu’il y aurait le moins de boulechitte possible à son micro; cela est par définition incompatible avec la façon dont le PLQ conduit les affaires du gouvernement et ses propres (sales) affaires internes.

Aussi, quand d’autres au sein de la confrérie médiatique préféraient taire une nouvelle explosive qui embarrassait le PLQ, Dutrizac en parlait à son micro. J’imagine que pour un PDG de média comme Louis Audet (PDG de Cogeco), militant dévoué et grand donateur à la caisse libérale, de voir qu’à heure de très grande écoute ses ondes servent à étaler au grand jour tout ce qu’il y a de plus sale au PLQ, cela devait parfois devenir un peu agaçant.

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« L’affaire Zambito »

Comme dans le cas de ce que j’appellerai « l’affaire Zambito ». Cet épisode gênant pour la station de Louis Audet il va sans dire. L’animateur reçoit le témoin vedette de la Commission Charbonneau qui avait annoncé sur ses réseaux sociaux « avoir une révélation fracassante à faire concernant le PLQ ».

On peut donc écarter que la station n’était pas au courant de ce qui s’en venait. Généralement, l’invité soumet au réalisateur de l’émission un canevas, ou un plan de conversation, afin que l’invité ne puisse dire n’importe quoi en ondes. Quand j’ai moi-même reçu Lino Zambito en entrevue suite à cet épisode surréaliste, il m’avait assuré que les gens de la station savaient ce qu’il allait dire. Dans un cas comme celui-là, il se peut même que la station vérifie avec son contentieux, ses avocats.

Et Zambito lance sa bombe. PACLOW! Un premier ministre en fonction, Jean Charest, dont le règne est noirci presque chaque jour par des révélations embarrassantes, se serait baladé dans sa limo de fonction avec des centaines de milliers d’argent cash suite au financement douteux de son parti.

Rien. De. Moins.

A-yoye!

En moins de dix minutes après diffusion des révélations de Zambito, on le comprendra, l’affaire éclate à l’Assemblée nationale. Les journalistes là-bas arpentent les couloirs afin de récolter les réactions des principaux intéressés. Rapidement, la station diffusera quelques réactions, du PQ, de QS et de la CAQ (on trouve toutes les entrevues ici).

C’est gros.

Puis, énorme revirement. La station fait disparaître toutes traces de ces entrevues sur son site. Celle de Zambito, mais aussi les réactions des parlementaires. Out, aux vidanges. Bien sûr, des versions archivées sur youtube ont été faites.

Est-ce la goutte qui a fait déborder le vase? Qui sait. Peut-être l’animateur expliquera-t-il un jour sa version des faits. Jamais cela ne serait dit de cette façon par la station, c’est l’évidence. Chez Cogeco, personne n’a expliqué pourquoi on avait congédié un animateur vedette dont on avait annoncé qu’il revenait à l’automne.

Chose certaine, cela n’aura pas pris une journée que la voix du PLQ – et cette douce certitude de pouvoir faire passer son message sans être trop embêté – est revenue dans cette case horaire. Jour 1 de l’ère post-Dutrizac le midi et une ministre PLQ est invitée à l’émission. Tout se passe bien. Pas de vagues… La vie est belle.

En passant, j’entends souvent des animateurs du Québec qui s’indignent sans retenue contre Donald Trump quand ce dernier, par exemple, politise un poste important (department of Justice par exemple) ou quand il procède à une nomination hyper partisane dans le but d’infléchir les institutions en sa faveur.

Dans ces cas-là, il n’y a rien pour tempérer l’indignation de ces animateurs… Tant mieux! N’est-ce pas leur rôle d’exposer ainsi ces pratiques délétères qui nuisent à la bonne conduite de la démocratie?

Ce sont exactement les mêmes qui, ensuite, refuseront d’aller aussi loin pour exposer, pour condamner, pour s’indigner de pratiques encore pires quand elles sont l’œuvre du PLQ. S’indigner chaque jour de ce qui se passe aux États-Unis? Go! S’indigner chaque jour de ce qui se passe au Québec, des nominations partisanes du PLQ à l’UPAC, de son emprise délétère sur le DPCP? Sur les hauts échelons de la SQ? Sur ce qui se passe au MTQ? Non. Extrême prudence et surtout, jamais la même indignation.

Suffit de regarder, justement, au sein des hauts échelons des plus grands empires médias au Québec pour comprendre pourquoi cette extrême prudence.

Quand Québecor sort une énième histoire, documentée, fruit d’un travail d’enquête sérieux, crédible, les autres pointeront vers le messager pour n’en dire mot, ou le moins possible.

Car s’il y avait une saine liberté de presse au Québec, libre de toute influence politique, le parti Libéral du Québec aurait subi le même sort que le PRO des Lavalois et que le défunt parti du maire Tremblay, Union Montréal.

Demandez-vous pas pourquoi à peu près personne, publiquement, ne prend la défense de Dutrizac…

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