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Le grand bluff constitutionnel de Philippe Couillard

Il est habile le premier ministre neurochirurgien. À cheval entre Messmer et Claude Ryan. Il est en train d’endormir tout le monde.

Vraiment, il est habile.

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Il nous sort le grand coup du « bluff constitutionnel ». Est bonne. Pour le show aujourd’hui, véritable mise en scène du politicien « nationaliste ». Cinq drapeaux du Québec et un beau décor digne des plus fervents nationalistes.

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Lui qui est allergique au drapeau du Québec quand il se trouve à l’étranger – lors de ses récents voyages en Israël, en Palestine, en Écosse, le PM s’est fait reprocher à chaque fois de négliger sa fonction de représentant du Québec, car chaque fois il ne se représentait qu’à l’aune du drapeau canadien.

Le plus fédéraliste des premiers ministres de l’histoire du Québec. Celui qui s’écrase chaque fois devant Ottawa afin de ne jamais laisser transparaître un iota de désaccord avec le fédéral, lui l’artisan du fédéralisme de la capitulation. Du rapetissement du Québec.

Mais surtout, Philippe Couillard, c’est le premier ministre des amitiés toxiques, douteuses. Je m’arrêterai là pour le moment. La police doit faire son travail. Et il est de plus en plus coincé le premier ministre; les murs de ses liens passés se referment sur lui. Lors de la chefferie Libérale de 2013, des militants avaient tenté de mettre en garde leurs collègues des liens passés de Philippe Couillard. Son rival à la chefferie Raymond Bachand avait visé là où ça fait mal dans un débat en anglais quand il avait reproché à Couillard de se vendre aux Saoudiens quand lui et les autres se dépatouillaient avec la corruption, la collusion, d’un gouvernement dans lequel il avait été ministre.

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Tract distribué par des militants libéraux à l’entrée du congrès à la chefferie du PLQ en 2013.

Parti juste avant la tempête Philippe Couillard. Non sans se négocier une job alors qu’il était encore ministre. Il ne s’est jamais gêné.

Lui, membre du comité de surveillance du SCRS (renseignements canadiens – avec son ami Arthur Porter) et du conseil privé de la reine. Il nous sort aujourd’hui le coup du PM « nationaliste ».

Est bonne.

Dommage collatéral

Il est habile aussi en ce que sa nouvelle position « nationaliste » est quasi identique à celle de son adversaire caquiste. C’est frappant de proximité. J’imagine que François Legault ne doit pas être trop content de voir Philippe Couillard jouer la carte de Meech 2. C’est à peu de chose près la base de sa propre caution « nationaliste ».

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On reconnaitra une grande parenté entre cette position de la CAQ et celle avancée par le PLQ aujourd’hui.

Philippe Couillard a intitulé sa bonne blague Être Québécois, notre façon d’être Canadiens. Legault défend la même posture politique sous le titre Un Québec fort dans un Canada uni. Rendu là, il y a tellement peu qui sépare les deux formations politiques que si on annonçait leur fusion, cela ne me surprendrait guère.

Ce matin à l’Assemblée nationale, le Parti Québécois (par le député Nicolas Marceau), Québec Solidaire (par le député Amir Khadir) et les indépendants nationalistes ont proposé conjointement une motion pour que « toute tentative de faire adhérer le Québec à la constitution canadienne soit soumise à l’approbation des Québécois par référendum ».

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La CAQ n’a pas voulu être impartie à cette motion. Le gouvernement l’a refusée. Les indépendantistes devraient en prendre bonne note. Le Québec n’est dedans, ni dehors de la constitution; il est dans les limbes constitutionnelles. Si les fédéralistes refusent de s’engager à tenir un référendum pour y entrer, pourquoi diantre les indépendantistes devraient alors y être tenus pour en sortir! Le geste (y entrer ou en sortir) porte en lui-même la même signification, la même importance quant à l’avenir de la nation québécoise.

Les positions se précisent. C’est d’ailleurs le talon d’Achille de la position constitutionnelle des fédéralistes qui ont tout fait pour démoniser le « référendum », l’acte essentiel de la consultation populaire. En 2018 quand Couillard ou Legault attaqueront les indépendantistes avec le… BOU! RÉFÉRENDUM!!! Vade retro Satana! Ces derniers n’auront qu’à leur renvoyer la balle.

« Et votre nouvelle entente constitutionnelle? Vous l’imposez aux Québécois sans les consulter? »

Le Québec bilingue

Certains passages du document de 200 pages que le PLQ a distribué aujourd’hui donnent à penser que l’adhésion à la Constitution du Canada par le Québec se traduirait par un bilinguisme institutionnel accru qui va à l’encontre du statut actuel du Québec comme province officiellement francophone.

Photo de la journaliste Maya Johnson de CTV News
Photo de la journaliste Maya Johnson de CTV News

Encore là, du grand Couillard! Épater la galerie avec son grand show « nationaliste » et ses discours creux de la « nation francophone dont les origines précèdent l’entente de 1867 » et de l’autre bord faire entrer le bilinguisme institutionnel dans l’équation dont le résultat est assurément, à long terme, que la langue de la minorité dans le plus petit ensemble (le Québec au sein du Canada) se tasse au profit de la majorité.

Couillard sait très bien ces choses-là. Il y a là plus de clarté dans la version anglophone du document que cette langue de bois creuse et vide comme l’a souligné le journaliste Mathieu Boivin. À lire pour voir si vous y entendez quelque chose…

Le flou de la démarche

On remarquera à quel point Philippe Couillard a insisté aujourd’hui sur le fait « qu’il ne rouvrait pas les discussions constitutionnelles avec le Canada ».

Est bonne!

Pourquoi alors avoir mis les ressources de l’état –et tout ce que ça coûte – pour la rédaction, l’impression, la distribution de ce volumineux document, la conférence de presse, les relations médias, et tout le reste… (En passant, si le PQ avait les mêmes ressources de l’état pour mousser l’indépendance, Couillard et Fournier seraient écarlates de rage)

Justin Trudeau – qui est allergique au concept même que le Québec forme une nation – n’a même pas attendu que le PM du Québec fasse son show! Quatre heures avant la grande première, il a décrété que c’était plate en maudit et qu’il ne voulait rien savoir de ça!

La réalité c’est que dans le ROC, les gens, qu’ils soient des politiciens ou des citoyens, ont autant d’appétit pour les discussions sur la place du Québec dans la constitution que pour un traitement de canal.

Le grand bluff constitutionnel de Philippe Couillard vise moins le ROC que le Québec. Trudeau le sait. Et c’est aussi pour ça que Philippe Couillard n’attache ni échéancier, ni démarche précise à son bluff constitutionnel. Cela ne l’engage à rien. Il prend bien soin de se garder les mains libres.

Les indépendantistes, encore, devraient en prendre note. Selon ce que Couillard a établi aujourd’hui, on peut militer pour réintégrer le Québec dans la Constitution du Canada sans devoir ne rendre de compte à personne, sans s’engager à tenir un référendum et en faisant usage des ressources de l’état.

Que les indépendantistes cessent de se diviser sur la date du référendum, qu’ils cessent de se morfondre sur le premier, le deuxième mandat. L’opposition PLQ-CAQ s’entend pour préparer un Meech 2. C’est parfait! Assurons-nous que cela se fasse au plus vite.

Nous connaissons déjà la réponse du Canada à cette question-là.

Assurons-nous que les Canadiens soient consultés au plus vite.

Si on est chanceux, un sondeur s’empressera d’interroger le Canada à ce sujet.

Et en passant… Pendant que la quasi totalité de la caste journalistique du Québec se trouve divertie par le grand show de Philippe Couillard, elle lâche du leste sur d’autres dossiers devenus moins importants. Comme Marc Bibeau et Marc-Yvan Côté. On peut jaser longtemps de constitution. Si ça peut détourner l’attention des amitiés toxiques du premier ministre…

Il est habile non?

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