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«Critiquer le multiculturalisme est, implicitement, raciste»…

Il ne se passe plus une journée, semble-t-il, sans que l’on fasse référence quelque part dans nos médias au « racisme » qui gangrénerait la société québécoise. Le « Québécois de souche », cet être intrinsèquement raciste qu’il faudrait rééduquer.

Comme un conditionnement. À répéter ad nauseam.

Et pourtant, à écouter certaines figures publiques qui se fendent à chaque occasion qu’elles ont d’accusations de racisme envers les Québécois, on peut bien se demander si cette fixation ne procède pas du racisme en elle même. C’est le cas, par exemple, de Dalida Awada.

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Le montréalais Léon Ouaknine a répondu (sur sa page facebook notamment) à la plus récente invective de la militante de Québec solidaire en ces mots (auxquels je souscris complètement) :

« Dalida Awada a déclaré à quelques reprises que la charte des valeurs était un torchon raciste et identitaire. Venant d’une personne qui affiche le plus visiblement possible son identité musulmane, elle est mal placée pour accuser les autres de crime d’assignation identitaire. »

On comprend bien ici que le fait d’afficher de façon ostentatoire l’identité musulmane, pour Dalida Awada du moins, serait légitime, mais la défense de l’identité québécoise, elle, procéderait du racisme et de la xénophobie.

Nous sommes ici au cœur de ce qui divise tenants du multiculturalisme d’un côté et les défenseurs de la laïcité québécoise de l’autre. Pour les premiers, l’organisation sociétale basée sur un « vivre-côte-à-côte » dans un pays post-national implique qu’il n’y ait pas d’identité nationale. Pour les seconds, une identité nationale existe, une nation qui accueille et qui veut fonder le « vivre-ensemble » sur la notion de valeurs communes autour desquelles on trouve un consensus : égalité homme-femme, laïcité des institutions, etc.

Il n’y a absolument rien de raciste à défendre l’identité québécoise et la laïcité. Rien du tout. Le multiculturalisme est une façon d’organiser les rapports sociétaux; ce n’est pas un dogme inattaquable, ni un état de fait qu’on ne peut changer. Il est tout à fait légitime de critiquer le multiculturalisme et de militer pour que le Québec choisisse une autre façon d’organiser ses rapports sociétaux. Rien de mal là dedans.

Sauf que les défenseurs du multiculturalisme au Québec tentent d’imposer ce raisonnement logique fallacieux selon lequel toute critique du multiculturalisme procéderait, implicitement, du racisme.

Lorsque l’Assemblée nationale discutait, en 2016, des seuils d’immigration à adopter pour l’année subséquente, les chefs des deux oppositions, Jean-François Lisée du PQ et François Legault de la CAQ ont avancé que ces seuils étaient trop élevés, qu’on devrait songer à les réduire. N’est-ce pas le rôle de l’Assemblée nationale que de débattre de ces questions?

Non. Pas selon celui qui bénéficie outrageusement des seuils élevés de l’immigration comme pépinière électorale. De facto Philippe Couillard a accusé l’opposition de « souffler sur les braises de l’intolérance ». L’accusation de « racisme » implicite, encore, comme façon de contraindre toute discussion. Voilà comment les défenseurs du multiculturalisme, systématiquement, empêchent toute critique d’un dogme qu’ils entendent bien imposer au Québec.

Multiculturalisme et indépendance

De fait, réglons tout de suite une chose : les ardents défenseurs du multiculturalisme sont, presque toujours, des opposants farouches à la défense de l’indépendance nationale. Surtout au Québec.

Lors de plus récent congrès de Québec solidaire, ce pathétique spectacle de mépris envers tout ce qui s’approche de la défense de l’identité québécoise a bien montré une chose, ce parti politique est composé d’une part non négligeable –et très influente – de militants (le comité «anti-raciste» notamment) qui placent la question de la défense du multiculturalisme au dessus de toutes les autres.

Surtout celle de l’indépendance.

Ces militants-là ne seront jamais des indépendantistes québécois. Il faut cesser de jouer avec les mots. Lâchez moi « l’interculturalisme » et autres patentes visant à rendre notre lutte d’émancipation nationale acceptable à leurs yeux; c’est avec le concept même de nation que ces militants là sont en désaccord, à moins de le diluer en éden multiculturaliste à la Trudeau. Ce avec quoi la très grande majorité des Québécois, en passant, est en désaccord.

Défendre la laïcité institutionnelle, l’inscrire comme l’un des socles de la lutte d’indépendance nationale des Québécois de toutes les souches (l’important n’est pas la souche, c’est la plantation! Comme le dit si bien mon ami poète Alex Deschêsnes), il nous faut répéter qu’il n’y a absolument rien de raciste là dedans.

Un éden multiculturaliste, il y en a déjà un juste à côté. Le Canada se développe selon sa propre vision de l’organisation sociétale, c’est légitime. Je ne me suis jamais reconnu là dedans. Ce qu’il nous faut dire aussi – même si cela choque ceux qui tentent désespérément de le cacher – c’est que le jour où le multiculturalisme aura été imposé au Québec, cela sera la fin de notre lutte d’émancipation nationale.

Les adversaires de l’indépendance l’ont compris.

(L’image en une est du caricaturiste Aprilus)

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