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Désolé Montréal, je n’ai pas le coeur à la fête…

Sais-tu quoi? On va faire un néééééééééénorme party pour mes 37 ans!

Ok. Pourquoi 37? C’est un beau chiffre 37 j’imagine… M’a essayé d’aller faire un tour…

Y’a rien à faire, ces fêtes du 375e de Montréal me laissent de glace. Rien à cirer. J’ai beaucoup aimé cette ville là, je l’ai longtemps habité. Mes sept années de courrier à vélo m’ont permis de la connaître sous toutes ses coutures. J’ai eu la chance de découvrir des endroits insolites, des gens absolument fascinants, des petits bouts de rue au desquelles, un artisan faisait sa marque. Je me souviens notamment d’une artisane qui, dans un loft du Plateau dont l’accès par une ruelle menait à une porte de métal avec dessus, une « cocotte ». Elle y faisait des sacs à dos. Les messagers les aimaient beaucoup. Et quand une sangle, ou un crochet, s’abimait, on pouvait lui rendre visite, drette là. Et elle réparait le tout, live, pendant que les calls continuaient à s’accumuler sur le page.

Je ne nie pas les grandes réalisations de Montréal, son dynamisme, sa « diversité », mais bien franchement, je dois l’admettre, la plupart du temps maintenant, je fais tout pour éviter Montréal. Y accéder, la seule pensée de devoir le faire par n’importe quelle route, la congestion, tout ça me donne un mal de bloc. Quand on doit voyager outre Montréal, on s’imposer des dizaines et des dizaines de kilomètres de plus pour « contourner » Montréal. Par la 30 notamment. Ce gros chantier infini n’incite pas beaucoup à l’enthousiasme à l’idée de devoir se rendre à Montréal.

Mais y’a pas que ça.

Montréal change. C’est inévitable. Deux collectivités linguistiques y vivent et se sont partagés la métropole depuis toujours. Le plus souvent dans une relative sérénité, on doit l’admettre. Mais les deux solitudes n’ont jamais vu Montréal de la même façon. Elles ont cohabité, mais sans vraiment jamais se parler. C’était vrai avant, ce l’est encore maintenant. Un petit rappel des fêtes du tricentenaire de Montréal, le 17 mais 1942. On est au cœur de la Deuxième guerre mondiale, on célèbre le tout dans la sobriété, c’est l’évidence.

« Le 17 mai, une messe dans le parc du Mont Royal réunit 50 000 personnes et dans l’après-midi, le Très Saint-Sacrement est exposé. Quelque 400 000 Montréalais viennent l’adorer.

En fin de journée, un concert entièrement composé d’œuvres canadiennes-françaises est présenté. Le concert se termine par un feu d’artifice, financé par La Presse. Les portraits illuminés de Paul Chomedey de Maisonneuve et du roi George VI sont levés sur la ville à une altitude de plusieurs centaines de mètres.

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Le 18 mai, le maire Raynault, les maires des municipalités de l’île de Montréal et les autorités ecclésiastiques se réunissent sur la Place d’Armes au son de Ô Canada.

Plusieurs organisations anglophones de la ville y sont présentes, telles l’Université McGill, la Saint-Patrick’s Society of Montreal, The Board of Trade, le célèbre B’Nai B’rith et d’autres associations. À l’époque, c’est une des rares occasions d’union des Francophones et des Anglophones. Tout le monde, ensemble, assiste à une brève réception à l’hôtel de ville et puis fait une promenade à cheval et en charrettes à travers la ville »

Montréal change. C’est correct. On me dira que les plus jeunes sont indifférents des querelles linguistiques du passé ; polyglottes, ouverts sur le monde, bilingues… La réalité demeure que, tranquillement, insidieusement, Montréal se sépare du Québec. Dans la métropole, l’anglais domine, l’anglais a le vent dans les voiles, Shakespeare progresse là où Molière devient ringard.

De recensements en analyses démolinguistiques, comme celles de Marc Termote, la tendance devient un fait accompli; une génération, peut-être deux, et Montréal sera devenue la métropole bilingue du Québec. Et l’état de bilinguisme n’est jamais permanent, comme l’a si bien expliqué le linguiste Paul Daoust :

« Si le bilinguisme individuel est une immense richesse, le bilinguisme collectif pour une minorité politique est un poison mortel. Ce bilinguisme collectif n’existe que le temps de laisser la minorité rejoindre la majorité »

Montréal c’est aussi la capitale du clientélisme politique linguistique. Hier encore, une ministre libérale de la métropole, discrètement, a tenté de convoquer une conférence de presse pour anglophones seulement. Même le pseudo-nationaliste chef caquiste baragouine son meilleur anglais de circonstance quand il rencontre le editorial board du Montreal Gazette. « A strong Qwabec inside of a united Canada! »

Métropole québécoise bilingue à la clé. En attendant la suite…

Je n’ai pas le cœur à la fête. Si la tendance se maintient, pour le 400e de Montreal (sans accent), les francophones seront invités, certes, mais surtout à titre de figurants…

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