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Le «nationalisme», cet extrémisme…

Au cours des derniers jours, plusieurs de mes amis et contacts sur les réseaux sociaux se sont amusés à remplir un sondage de 70 questions visant à déterminer leur inclinaison idéologique. Le site 8values propose cette série de questions en fonction des 8 « valeurs » suivantes : les marchés, l’équité économique, la nation, la mondialisation, la liberté, l’autorité, la tradition et le progrès.

Pour chaque question, le répondant a le choix de cinq positions variant de être fortement en accord jusqu’à fortement en désaccord – refuse de me prononcer ou sans opinion- dans le milieu.

J’ai trouvé l’exercice intéressant, notamment car il repose sur une longue série de questions, ce qui aide à mieux déterminer l’inclinaison politique des uns et des autres. Plus il y a de questions, moins la position semble déterminée par une question en particulier. Ça va de soi.

8values
Ne reculant devant rien, suite aux 70 questions de 8Values, mon inclinaison idéologique serait : «socialisme démocratique». Les seules neuf questions du sondage d’Abacus feraient de moi un méchant «nationaliste», exempt de nuances…

Et ainsi, sur les réseaux sociaux, on voit des tableaux de ce type. C’est amusant.

S’inspirant de ce type d’exercice, semble-t-il, la firme Abacus a entrepris de sonder 1500 Canadiens afin de départager deux visions du monde : « mondialisme et nationalisme au Canada ».

En fonction de réponses à neuf questions, on classe les 1500 répondants selon les étiquettes suivantes : ultra-mondialistes, plutôt mondialistes, ultra-nationalistes et plutôt nationalistes.

Je le répète, en fonction de neuf questions. C’est bien peu. Les voici :

Ceux qui ont fait l’exercice de 8values reconnaîtront certaines questions qui se répètent ici. La firme Abacus, dans son explication méthodologique, affirme que ces neuf questions produisent deux tendances générales.

Quoiqu’intéressant, cet exercice est, à mon sens, incomplet. Il mériterait un éventail plus grand de questions et un échantillon beaucoup plus large afin d’être représentatif des disparités régionales et générationnelles.

Les tendances selon Abacus?

On pourra lire l’analyse détaillée de la firme Abacus ici, mais en résumé, on apprend que 24% des Canadiens seraient des « ultra-mondialistes » contre 16% des « ultra-nationalistes ». Les « mondialistes » en général sont majoritaires partout au Canada sauf au Québec où la fracture est en plein milieu; 50-50.

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On ajoute aussi que les milléniaux sont plus enclins à être « mondialistes » dans une proportion du deux tiers; proportion qui augmente selon Abacus si on classe en fonction de la classe sociale, la proportion de « nationalistes » déclinant plus on grimpe dans l’échelle sociale. En terminant, sans surprise, quand on classe en fonction des inclinaisons politiques, ceux qui s’identifient au parti Libéral de Trudeau sont largement majoritaires dans le segment des « ultra-mondialistes ».

L’analyse pas très objective…

D’entrée de jeu, dès les premières lignes de l’analyse de Bruce Anderson de Abacus, un lien causal est fait entre « nationalisme » et « racisme ». Ça commence fort, ce biais traverse l’ensemble de l’analyse. Anderson débute par ceci : « ce serait une erreur d’imaginer que le racisme n’existe pas en ce pays, et que les difficultés économiques n’engendrent pas une méfiance face à l’immigration ». Pow.

On le répète, cette classification se fait en fonction de neuf petites questions, ce qui, méthodologiquement est déjà ténu, et voilà que cette prémisse discutable au départ accouche d’un segment de 40% de la population canadienne – plus particulièrement le 16% « ultra-nationalistes », qui serait perméable aux « discours des mouvements nationalistes comme celui d’une Kellie Leitch au Canada ou de mouvements similaires aux États-Unis et ailleurs ».

Le second analyse d’Abacus, David Coletto, toujours à partir de sa prémisse méthodologique très ténue, avance qu’« une majorité claire de Canadiens adopte des valeurs de mondialisation claires, tient au changement technologique, à l’immigration et à la diversité; cette majorité est typiquement jeune, urbaine et optimiste quant à l’avenir ».

Coletto s’inquiète du « 16% d’extrémistes ultra-nationalistes qui ne partage pas l’opinion de la majorité concernant la diversité, l’immigration et la mondialisation ». Bien entendu, il n’y a rien d’extrême à se prononcer en tant qu’« ultra-mondialiste ».

Coletto se conforte en fin d’analyse par le fait que « l’anti-mondialisation » n’est pas la vision majoritaire au Canada et qu’avec le temps, et le changement générationnel, les opinions anti-mondialisantes déclineront. Et avec ce déclin aussi, la possibilité qu’un politicien charismatique « réussisse à susciter l’enthousiasme d’une minorité de la population profite d’un système politique qui permet à une minorité de la population de gouverner de façon majoritaire ».

On connaît au Québec; le parti Libéral réussissant à s’accaparer du pouvoir tout en étant réduit à la marginalité des appuis au sein du segment majoritaire francophone de l’électorat…

Ce qui transparait de cette analyse faite par Abacus c’est ce biais idéologique manifeste anti « nationalisme » et le fait que tout « nationalisme » engendre nécessairement des copies de Trump, du Brexit ou des mouvements d’extrême-droite, tel que Anderson et Coletto l’annoncent dès les premières lignes de leur texte.

À l’opposé, toute tendance « mondialiste » est, elle, intrinsèquement salutaire et positive. Coletto termine d’ailleurs sa section du texte par cette perle : « l’anti-mondialisation est l’affaire d’une minorité qui déclinera avec le temps, mais ceci requiert que la majorité accepte que la mondialisation, la diversité et les changements technologiques fassent beaucoup plus de bien que de mal. »

Pourtant, il est tout à fait possible d’être « nationaliste » tout en étant de gauche sur les questions sociales, et critique des effets néfastes de la mondialisation sans limite. On peut être « nationaliste » et épris de diversité, ce terme n’étant pas l’apanage seul des tenants de l’idéal diversitaire. Cette perversion des nuances idéologiques afin de rendre tout nationalisme extrémiste procède de la mauvaise foi. Et cette analyse en est une manifestation probante…

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