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Manon Massé au pays des licornes…

On se demande si Manon Massé est vraiment sérieuse quand elle affirme, sans rire, que son parti, Québec solidaire, « peut l’emporter en 2018 sans le PQ ». Déni? Pensée magique de cette gauche de l’extrême qui nous a habitué aux licornes et aux promesses intempestives irréalisables? À moins que Manon Massé ne se soit emportée dans un contexte hyper partisan; c’est possible. Du coup, sa déclaration devrait donc être vue comme un autre moyen de plomber toute discussion de convergence ou d’alliance ponctuelle avec le parti Québécois.

Rien de bien rassurant.

État de la situation pour Québec solidaire

Au delà des arguties spécieuses de Manon Massé, il convient d’analyser sérieusement l’état des forces en politique québécoise; notamment en ce qui a trait au travail à faire afin que Québec solidaire augmente son score lors de la prochaine élection générale qui arrive à grands pas.

D’entrée de jeu, on doit le préciser semble-t-il, bien que ce soit l’évidence, il n’existe aucun scénario, aucun sondage, qui n’accorde quelque chance que ce soit à QS de former le prochain gouvernement. Aucun. Sinon que cet espoir que certains entretiennent à l’extrême gauche, d’une « vague orange » improbable inspirée par leur sauveur bien à eux. Tsé quand on parle de pensée magique…

La réalité c’est celle-ci : lors de la dernière élection générale au Québec, il n’y a que 5 comtés sur 125 où Québec Solidaire a récolté plus de 20% des appuis populaires, tous sur l’île de Montréal. Dans 105 comtés, QS n’a pas réussi à dépasser le seuil des 10% d’appuis.

On est loin d’une vague et dans l’écrasante majorité des comtés du Québec, les Solidaires sont toujours confinés à la marginalité. Pas plus ne peut-on parler d’une percée en dehors de Montréal; 11 des 20 comtés où les Solidaires récoltent plus de 10% sont sur l’île. En ce sens, on peut dire sans se tromper que QS est surtout le parti d’une « région » géographique, soit l’île de Montréal.

L’entrée en scène de Gabriel Nadeau-Dubois est bénéfique pour les Solidaires qui, récemment, en ont récolté les fruits lors des plus récents sondages. Mais rien qui ne change drastiquement la donne pour crédibiliser les affirmations de Manon Massé. Aucun scénario ne pointe vers une percée majeure des Solidaires. Quelques comtés (2) de plus sur l’île de Montréal au dépends des péquistes, notamment celui de Jean-François Lisée. Peut-être est-ce là cette « victoire » tant espérée de Manon Massé, évincer le chef péquiste. Une victoire pour l’égo Solidaire qui n’aiderait en rien la collectivité québécoise dans son ensemble; car sans alliance électorale, le scénario le plus probable est bel et bien celui de la réélection des Libéraux.

Un scénario qui ne semble pas indisposer outre mesure certains Solidaires.

Le discours fallacieux de QS sur l’indépendance…

Manon Massé a aussi critiqué le PQ sur la question de l’indépendance en affirmant que le « parti Québécois avait renoncé à faire l’indépendance » dans un premier mandat.

Voilà qui fait sourire. J’aimerais bien que Manon Massé explique alors ce que voulait dire son collègue Amir Khadir quand il avait affirmé ceci au journaliste Philip Authier du Montreal Gazette en mai 2016 lors du 10e anniversaire de QS :

« On the topic of independance, let’s cross that bridge later. For now, the prospects of separation are slim at best. Between now and that day of decision (on sovereignty), there are a lot of things we can do together that will give an opportunity for progressive anglophones to not be condemned to vote for a conservative corrupt party »

(TRADUCTION : À propos de l’indépendance, nous traverserons la rivière plus tard. Pour l’instant, les perspectives de faire la séparation sont, au mieux, très minces. Entretemps, nous pouvons réaliser beaucoup avec les anglophones plus progressistes pour nous débarrasser des libéraux corrompus. )

Khadir tient EXACTEMENT le même langage, avance le même argumentaire que Jean-François Lisée pour tenter de convaincre les anglophones de voter Québec solidaire. La critique de Manon Massé devient alors un peu ridicule. Nous aurons tous compris que ce que souhaite avant tout la députée Solidaire ce serait que le PQ fonce dans le mur en promettant un référendum dans le prochain mandat, une position que les Solidaires rejettent d’ailleurs.

Cette contradiction de QS sur la question de l’indépendance n’est que trop peu soulevée.

Le parti Québécois « raciste »…

Là où Manon Massé dépasse les bornes, c’est quand, implicitement, elle met en garde les militants de son parti de trop s’approcher du PQ, ce parti « raciste ».

« Ils [le comité antiracisme de Québec solidaire] nous ont dit que les choix du gouvernement péquiste, pas seulement dans le temps de la Charte, mais aussi encore dernièrement, ont blessé profondément des gens des communautés culturelles et une partie de ces gens-là se sentirait profondément trahie si on s’en rapprochait »

Je vais laisser mon ami Alexandre Deschênes, maintes fois candidat aux élections provinciales sous la bannière du parti marxiste-léniniste, et que l’on ne pourra accuser de complaisance envers le PQ, un parti qu’il aime bien pourfendre :

« Je suis d’accord avec le fait que les partis politiques ont le droit d’exister. Aussi que le PQ est responsable de son malheur. Je peux comprendre QS de compter sur ses propres forces. De toute façon le système électoral d’une autre époque est aussi en partie responsable de cette fragmentation du vote.

Là où ça me dérange par contre c’est que selon le comité antiraciste de QS, ça ferait peur aux communautés culturelles. Ça, ça s’appelle diaboliser l’adversaire en le traitant de raciste de façon sournoise. Pour un parti qui parle de faire les choses autrement c’est assez particulier de jouer le même jeu que ses adversaires. Car le PQ n’est pas raciste en soit et son programme est loin du FN même si certains de ses militants le sont. La charte des valeurs étaient certes maladroite et a donné une tribune à une frange réactionnaire. Mais faut en revenir.

Je ne sais pas comment le PQ s’en sortira et remodelera sa fondation même. Mais encore une fois QS pousse le bouchon un peu trop loin. Le progressisme de QS semble s’arrêter à une vision multiculturaliste libérale (je parle ici de libéralisme et non du PLQ) poussée à son paroxysme par le Canada… »

Avec ce genre de discours, Québec solidaire s’enfonce dans le communautarisme, une avenue qui n’a aucun avenir dans l’écrasante majorité des comtés au Québec. Si ce type d’arguments conforte une gauche diversitaire très « montréaliste », dans l’ensemble du Québec, la stratégie de la culpabilisation « racisante » d’une large part des Québécois sera beaucoup plus un frein à la croissance des Solidaires qu’un tremplin.

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