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« Quand les bandits sont au pouvoir… »

Le moins que l’on puise dire c’est qu’elle est efficace l’équipe d’enquête de Quebecor, notamment depuis que le journaliste Antoine Robitaille -anciennement du Devoir – en a pris la destinée. C’est une autre « bombe » qui s’abat sur le parti Libéral du Québec, les dommages collatéraux de plus d’une décennie de collusion, de corruption, de copinage.

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Les journalistes Jean-Louis Fortin et Félix Séguin viennent de publier un dossier qui fera des vagues, et pour longtemps. Preuves et documentations judiciaires à l’appui, ce dossier montre comment « L’ex-premier ministre Jean Charest et l’ex-grand argentier libéral Marc Bibeau ont fait l’objet de surveillance policière au moins jusqu’en 2016, dans le cadre d’une enquête sur les liens entre le financement politique et l’octroi de contrats publics ».

On peut lire l’article et consulter la documentation judiciaire que les journalistes ont décidé de publier ici. On ne peut que se souvenir des graves accusations lancées par le député Amir Khadir à l’endroit de jean Charest : « vous avez été à la tête d’une organisation qui a commis des crimes. Si je mens, poursuivez-moi! » avait alors défié le député de Québec solidaire.

Les allégations concernant Charest et Bibeau flottent depuis longtemps, des témoins à la commission Charbonneau (CEIC) ont longuement élaboré sur l’importance du financier libéral Marc Bibeau, un intouchable jusqu’à maintenant. De façon tout à fait incompréhensible –sinon que par ses liens en très haut lieu – Marc Bibeau avait évité l’opprobre d’une comparution publique à la CEIC en dépit de toutes les allégations qui pesaient contre lui. La documentation publiée par le Journal de Montréal aujourd’hui ne laisse plus de doutes.

Pourquoi publier ça maintenant?

Ceux qui sont au fait de l’horaire des prochaines semaines à l’Assemblée nationale trouveront que le timing de cette fuite, de la publication de ce texte, est assez intéressant. D’abord, j’insiste pour rappeler que les journalistes sortent ce qu’ils ont quand c’est prêt. On est ici devant un dossier fouillé, documenté, explosif. On ne sort pas un truc du genre en une journée.

Le timing est particulièrement intéressant car cela place l’UPAC dans une bien fâcheuse position. Je peux vous garantir que la chasse à la taupe doit être bien enclenchée pour savoir QUI a parlé, QUI a coulé ces documents dont certains sont très sensibles.

Ce texte est publié quelques jours avant la comparution du commissaire de l’UPAC Robert Lafrenière et de Martin Prud’homme, directeur de la Sureté du Québec, devant les parlementaires dans le cadre de l’étude des crédits en sécurité publique , le tout devant se tenir le jeudi 4 mai 2017 à l’Assemblée nationale.

Ça fait longtemps que les parlementaires de l’opposition veulent questionner les patrons de l’UPAC et de la SQ. Il y a tant à traiter en si peu de temps…

Récapitulatif.

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A) Les affirmations, sous serment, du lieutenant de la SQ Patrick Duclos.

On se souvient de l’affaire de « l’immunité diplomatique prétendument accordée à des politiciens libéraux ». Dans un affidavit rendu public suite à la tenue d’un procès, le lieutenant de la SQ Patrick Duclos affirmait ceci, sous serment :

« Le lieutenant Patrick Duclos a rencontré plusieurs policiers et enquêteurs qui ont travaillé dans le projet Diligence. Ils ont tous mentionné qu’il y avait une certaine tension qui régnait au sein du projet à cause des sujets d’intérêt qui étaient des hauts dirigeants et des politiciens. Cela a amené des prises de positions contraires entre les enquêteurs et les procureurs.

L’écoute électronique a suscité beaucoup d’intérêt, car certaines conversations étaient reliées à des politiciens ou des membres du gouvernement, il y a donc eu un contrôle des conversations dites limitatives. Un nombre restreint de personnes ont eu accès à des conversations qui étaient classées dans un cartable […] de plus, un compte rendu des conversations importantes était acheminé par un officier quotidiennement à la haute direction de la Sureté du Québec. […]

[caviardé] a été informé par le [caviardé] que le DGA [directeur général adjoint] Steven Chabot aurait informé le ministre de la Sécurité publique de l’époque en janvier 2009 que le président de la FTQ était écouté via le projet Diligence. […] cela avait pour but de protéger le premier ministre d’être piégé par Arsenault […] »

Il sera très intéressant d’entendre ce que le patron de la SQ pourrait bien dire de cette histoire. Rappelons que le PM Philippe Couillard a démenti les affirmations sous serment de cet officier de la Sureté du Québec. On n’accuse pas un officier du plus important corps de police de la province de mentir sans preuves…

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B) Le PM Jean Charest et les 400 000$ placés dans sa voiture de fonction.

Le mois dernier, l’ex témoin vedette de la CEIC et intime des stratagèmes libéraux Lino Zambito avait lancé une « bombe » sur ses réseaux sociaux. « Soyez à l’écoute de l’émission de Benoit Dutrizac demain, j’y ferai des révélations explosives… » Et bien Zambito n’a déçu personne. Rappel :

« Un témoin-vedette de la commission Charbonneau, Lino Zambito, a affirmé hier sur les ondes de la station de radio 98,5FM que 600 000 $ comptant ont été amassés lors de deux cocktails-bénéfices du Parti libéral du Québec (PLQ), dont 400 000 $ placés dans une valise qui a été déposée dans la voiture de fonction du premier ministre Jean Charest, en 2005.

La Presse a joint Luigi Coretti, ancien patron de l’agence de sécurité BCIA, qui aurait assuré la sécurité lors de ces événements et transporté l’argent comptant. M. Coretti corrobore les allégations de Lino Zambito qui, lui, n’était pas présent lors de ces événements.

« En 2005, l’argent a été transporté par des gardes de sécurité qui ont été engagés par la firme de sécurité BCIA de Luigi Coretti, a affirmé M. Zambito en entrevue avec l’animateur Benoît Dutrizac. Il était sur place. Ses employés ont apporté l’argent dans l’auto de fonction de M. Charest. Il ne faut pas oublier que le premier ministre est protégé par des agents de la SQ. Donc, on a fait ça sous les yeux des policiers de la SQ. »

Ce n’est pas rien! Un témoin vedette de la commission Charbonneau, un témoin dont la collaboration a été saluée par les commissaires, qui accuse l’ex premier ministre du Québec de galérer avec des centaines de milliers de dollars en cash dans son auto de fonction. Digne des plus risibles républiques de bananes.

On s’étonnera d’ailleurs que certains médias aient fait le choix de taire complètement cette affaire compte tenu de la crédibilité du témoin, de celui qui sortait l’histoire mais aussi de ceux qu’elle implique. Notamment celui qui s’occupait de la sécurité, le propriétaire de BCIA Luigi Coretti, qui vient tout juste de profiter de l’arrêt Jordan afin d’éviter un procès qui aurait, lui aussi fait beaucoup de bruit. Coretti projetait de faire témoigner Jean Charest et l’ex ministre de la sécurité publique libéral Jacques Dupuis. La couronne ne s’est pas objectée à l’arrêt Jordan dans ce cas-ci (comme dans celui des trois co-accusés de l’ex maire Vaillancourt à Laval)…

Qui est surpris?

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C) L’UPAC joue une game politique…

J’imagine que les députés de l’opposition voudront questionner Robert Lafrenière sur celle-là. Lino Zambito qui accuse le chef du corps de police dont le mandat est d’enquêter sur la corruption, la collusion, d’être en contact constant avec le bureau du premier ministre du Québec qui, accessoirement, est aussi le chef du parti politique contre lequel pèse l’écrasante majorité des soupçons. Ah oui! Et aussi le parti qui l’a nommé à son poste et qui continue de détenir seul les pleins pouvoirs sur cette nomination névralgique.
Quand on parlait de république de bananes…

Les allégations de Zambito sont extrêmement troublantes en ce qu’elles mettent en doute l’indépendance des dirigeants de l’UPAC. Voilà qui concorde avec l’affidavit de Patrick Duclos au sein duquel il référait à de graves tensions entre policiers et procureurs. C’est sûr que si les dossiers montés par les enquêteurs meurent systématiquement quand ceux-ci atteignent un membre du gouvernement en place (soit au bureau de l’UPAC, soit au DPCP –là aussi où le PLQ au pouvoir détient une forte ascendance de nominations…), il ne faut pas se surprendre que devant cette politisation possible de dossiers si sensibles, certains décident de recourir à la justice populaire en coulant l’information.

Et je passe ici le dossier de Sam Hamad et du financement de la campagne à la chefferie de Philippe Couillard pour lequel les services discrets du collecteur de fonds Marc-Yvan Côté auraient été retenus.

Il s’agit d’un tout. D’un parti qui est pourri jusqu’à la moelle, rongé par l’usure du pouvoir et toujours en proie à la prochaine « bombe » concernant la corruption, la collusion, le copinage, cet héritage toxique de l’ère Charest qui se poursuit sous Philippe Couillard. Car bien des acteurs sont les mêmes. Et personne n’a encore eu à faire face à la justice dans ce gouvernement. Chaque fois on trouve façon de garder le couvercle sur la marmite.

Cela a assez duré. Le Québec souffre de l’absence de mécanismes d’imputabilité. Le parti politique qui gouverne la province est, à l’évidence, corrompu. Nombre de ses acteurs passés et présents sont visés par de graves accusations et certainement des enquêtes. Ce parti jouit de tous les leviers pour politiser la police, la justice, bref pour tout mettre en œuvre afin d’éviter d’avoir à répondre de ses actes répréhensibles passés.

C’est indigne d’une démocratie qui se respecte.

Quand on a laissé les enquêteurs faire leur travail, le siège social du PLQ, des députés et même l’actuel premier ministre ont été visés par des perquisitions de l’UPAC. Rappel d’un dossier de l’émission Enquête de septembre 2013 (le PLQ est alors dans l’opposition) :

« Radio-Canada a déposé une requête en Cour supérieure afin de connaître les motifs ayant conduit cet été les policiers de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) à mener dans la plus grande discrétion une perquisition au siège social du Parti libéral du Québec à Montréal.

Selon les informations obtenues par l’équipe de l’émission Enquête, les policiers étaient à la recherche de preuves dans des dossiers de financement politique occulte.
La perquisition s’est déroulée dans la plus grande discrétion au mois de juillet dernier, au siège social du PLQ, à Montréal.

Tous les regards étaient alors tournés vers la tragédie de Lac-Mégantic.

Contrairement à ce qui s’était passé à l’hôtel de ville de Montréal, l’hiver dernier, où l’UPAC avait déployé un grand nombre d’enquêteurs, seul un petit groupe de policiers a pris part à la perquisition.

Une fois l’opération terminée, le mandat de perquisition a été mis sous scellés pour empêcher que son contenu ne soit rendu public.
Or, Radio-Canada vient de déposer en Cour supérieure une requête visant à en connaître le contenu et à lever les scellés. »

On connaît la suite dans le cas du parti du maire Gérald Tremblay à Montréal et aussi dans le cas du parti du maire Gilles Vaillancourt à Laval, tous deux minés par le copinage, la collusion, la corruption : aucun de ces partis n’a survécu lorsque placé devant ses crimes passés.

Souhaitons que l’élection de 2018 au Québec soit le moment de « faire le ménage » en envoyant le PLQ dans l’opposition pour un mandat majoritaire. Et ensuite, laissons enquêteurs, procureurs et juges faire leur travail. Même chose au ministère des transports et partout ailleurs où le PLQ a instrumentalisé les institutions pour les mettre non plus au services des Québécois mais bien à celui de ses intérêts politiques.

Et attendons…

(Référence du titre : « Quand les bandits sont au pouvoir, la place d’un honnête homme est en prison. », Michel Chartrand. L’image en tête d’article est de l’illustrateur Jean Faucher )

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