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Converger ou préparer l’après PQ?

C’est pourtant facile à comprendre, il y a au sein du grand mouvement dit « indépendantiste » des acteurs qui n’ont absolument aucun intérêt dans quelque convergence que ce soit avec le parti Québécois.

Voilà qui est dit.

On ne parle pas ici des militants qui, le plus souvent, sont prêts à sacrifier leur étiquette politique pour que le Québec en sorte gagnant, même si cela implique de faire des compromis. La majorité des militants de toutes formations politiques indépendantistes ou nationalistes, nombreux, avec qui j’ai eu la chance de converser, comprennent que tout sera bloqué tant que l’hégémonie libérale se poursuivra.

Le dernier grand sondage Léger de mars dernier le montrait d’ailleurs; l’écrasante majorité des électeurs péquistes et solidaires sont insatisfaits de la gouvernance Couillard à plus de 90%. Des chiffres équivoques.

Sauf que les partis politiques sont des patentes vivantes qui, comme toute chose vivante, ne se font généralement pas hara-kiri.

C’est ainsi que certains indépendantistes qui militent en dehors du parti Québécois -il y en a plusieurs ne l’oublions pas- n’hésitent plus à voir l’ancien vaisseau amiral politique de l’indépendance comme un fardeau, un adversaire même. Celui qu’il faut abattre. Lui parti, on respirera mieux. De ce grand arbre tombé, on tirera des racines nouvelles…

Dans ces cercles là, on ne discute plus de « convergence ». On anticipe la déchéance du parti Québécois. On l’espère, on planifie l’après-PQ; quitte à devoir se taper un autre cycle libéral. Au delà, tout ira mieux. Ô ironie, pour enterrer la « convergence » et avec, on l’espère, le parti Québécois, ceux-là joueront la carte du « parti Québécois qui refuse de s’engager à faire l’indépendance dans le premier mandat ». Du « parti Québécois qui refuse de foncer tête première dans l’mur ».

Comme si étendre le règne du parti Libéral par le refus de toute collaboration électorale était un gage de « faire avancer l’indépendance »…

Il est grand temps de jouer visière ouverte, cartes sur table. Parmi ceux de qui on s’attendrait qu’il travaillent d’arrache-pied pour le meilleur intérêt du mouvement indépendantiste, il y en a qui bossent plutôt à planifier l’après PQ. Tout en maintenant les faux espoirs de la convergence.

Vrai qu’il y a des divergences au sein du mouvement indépendantiste et nationaliste. Sur les questions du vivre-ensemble, de la laïcité, sur l’inclinaison idéologique aussi; certains sont plus à gauche et d’autres à droite. Cela est sain et normal au sein d’une société démocratique où l’on encourage le pluralisme idéologique. Un Québec souverain se gouvernerait tantôt un peu à gauche, sinon un peu à droite. Mais il est illusoire de croire que les Québécois pensent vers les extrêmes idéologiques; tant à droite qu’à gauche.

Le problème demeure que les francophones (je reprend ici la distinction faite par Mainstreet dans son dernier sondage pour The Gazette entre francophones et non-francophones, distinction préférée des médias anglophones en politique québécoise) sont les seuls à se diviser en fonction d’un pluralisme idéologique sur les questions d’inclinaison de gauche ou de droite, ou sur la laïcité et l’appui ou non à l’indépendance. Notre mode de scrutin archaïque, désuet est inapte à représenter toute forme de pluralisme idéologique.

Les non-francophones ne se divisent jamais en fonction de considérations idéologiques. Des non-francophones de gauche appuient le parti Libéral; c’était le cas de Tom Mulcair, le chef du parti de gauche au Canada lors des récentes élections fédérales. Un chef de gauche qui a appuyé un parti au Québec pro-austérité et dont les ministres économiques sont tous de la frange la plus néolibérale qui soit. L’important demeurant de ne pas redonner le pouvoir à la majorité francophone. Ce qui accouche d’un étrange (et pathétique) paradoxe que le PM du Québec, se maintenant au pouvoir fort de l’appui captif du vote non-francophone, essaie de se faire réélire en suggérant que la majorité francophone est intolérante, repliée sur elle-même, voire raciste.

En ça, le PM libéral trouvera un allié « indépendantiste » chez Québec solidaire qui cherche justement à se défaire du parti Québécois, en grande partie, sur la base de la même prémisse. Tous les électeurs et militants péquistes seraient de vulgaires identitaires desquels il vaudrait mieux se tenir loin. Sur la planète « indépendantiste-diversitaire », l’indépendance du Québec se conjugue en fonction d’une seule inclinaison politique, l’indépendance « conditionnelle ». Le Québec souverain devra être « diversitaire » ou ne sera pas. Et ça taxe ceux qui n’adhèrent pas à cette prémisse d’intolérance ce monde là. Un autre beau concept de la gauche diversitaire : « la tolérance inclusive ».

On dit d’Option nationale qu’il sera avalé par Québec solidaire. On ne peut nier que certains militants d’ON recyclent très bien le vocabulaire « inclusif » nécessaire à la bonne entente entre les deux formations. Ne doutons pas un seul instant que chacune de ces formations politiques trouverait avantage à s’allier au nom de « l’indépendance dans le mandat » en sachant très bien que celle-ci est irréalisable. Cela aurait l’avantage d’isoler le parti Québécois.

Surtout que de l’autre côté, comme en 2014, les fédéralistes de droite, fussent-ils à la CAQ ou au PLQ, n’hésiteront pas une seconde à collaborer, ouvertement ou discrètement, afin de ne pas laisser de comtés aux indépendantistes.

Le Québec n’a jamais été si mal dirigé, si méprisé.

Si divisé non plus.

Et il y en a qui pensent sérieusement que leur salut passe peut-être par un autre règne libéral majoritaire. Un moindre mal.

Pure folie.

 

 

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