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« Dans la mare des mensonges, il ne nage que des poissons morts… »

À partir de combien de mensonges, de tentatives de confondre volontairement la population un premier ministre devient-il inapte à occuper sa fonction?

Notre système parlementaire, désuet, ne permet que trop peu de mesures d’imputabilité envers un politicien qui ment, qui se décrédibilise à occuper sa fonction. Pas de possibilité « d’impeachment », un mode de scrutin dépassé qui empêche, à toute fin pratique, les coalitions et favorise la concentration du pouvoir (100% du pouvoir pour le PLQ en dépit de l’appui de 28% de la population habilitée à voter) aux mains d’une minorité.

Philippe Couillard n’a plus la légitimité nécessaire pour occuper cette fonction.

Son passé éthique était déjà douteux avant qu’il ne se lance dans la course à la chefferie du PLQ en 2013, et force est d’admettre que depuis, il ne fait qu’ajouter à tout ce qui le discrédite de cette fonction.

« Dans la mare des mensonges, il ne nage que des poissons morts… »

Chaque fois la même chose. Une révélation embarrassante, la fuite d’une information troublante pour le premier ministre ou pour sa formation politique. Philippe Couillard niera, affirmera qu’il s’agit d’amalgames, que c’est là allégations circonstancielles. Et quand la soupe deviendra trop chaude, il mettra son poing sur la table en pestiférant son…

C’est assez!

La pression retombera un court instant. Jusqu’à la prochaine fuite. Jusqu’à la prochaine publication d’une information embarrassante.

Un contact (merci Pierre Dumas!) m’a envoyé ce proverbe intéressant qui titre le présent texte. Une mare de mensonges. L’image décrit bien l’état de la situation en ce qui concerne le parti Libéral du Québec. Plus d’une décennie de pratiques douteuses, de nominations partisanes à la haute fonction publique, de financement occulte, de collusion, de corruption… voilà qui laisse des traces.

Une immense mare de mensonges. Et d’information incriminantes que trop de gens connaissent. Difficile de cacher, de s’assurer de l’étanchéité de tous ceux qui ont trempé dans plus d’une décennie de magouilles, de financement douteux, d’enveloppes brunes, de collusion…

C’est précisément ce qui se passe en ce moment dans l’histoire des courriels qui lient Marc-Yvan Côté à la campagne à la chefferie de Philippe Couillard en 2013. Les révélations faites par Antoine Robitaille et Annabelle Blais sont troublantes mais pas surprenantes. D’une part, ce PM passe son temps à se justifier de ses relations douteuses; Arthur Porter est un excellent ami, puis ensuite une connaissance et à la fin il s’en dissocie complètement. Idem pour Hans Black ou William Bartlett (on y reviendra à lui).

Les explications du PM Couillard sont encore cousues de fils blancs, et très difficiles à croire. Suffit de lire bien comme il faut les courriels en cause. Notamment celui de Lise Grondin (militante libérale et ex chef de cabinet de Michel Bissonnet alors qu’il était président de l’Assemblée nationale) qui félicite Marc-Yvan Côté d’avoir été si efficace « dans l’ombre » et « d’être encore là, toujours là ».

Le Beu de Matane tel qu’on surnomme Côté a livré tout les délégués libéraux de l’est du Québec à la campagne de Couillard. Il était bien au fait des finances du parti – notamment des 2M de $ de dette de l’ère Charest « après avoir amassé autant d’argent »! – et se permettait de faire quelques conseils. On est très loin d’un homme paria, honni, que l’on aurait chassé du parti!

Chez les Libéraux, on doit se demander QUI coule ces courriels internes très incriminants. Et surtout, quelle est l’étendue de la fuite. Aujourd’hui, les mêmes journalistes qui ont produit les courriels incriminants sur la chefferie de Philippe Couillard en ont produit un autre à propos d’une activité de financement pour un organisme de la région de Charlevoix qui liait encore les deux hommes.

Tout « toxique » qu’il était le Beu de Matane après les révélations de la Commission Gomery et son bannissement à vie du parti Libéral du Canada, cela n’a pas empêché Philippe Couillard de continue à le côtoyer pour amasser de l’argent « entre bons libéraux ».

C’est qui est « toxique », c’est le PLQ…

La semaine dernière, Couillard démentait un affidavit de cour fait par un officier de la Sureté du Québec. Ni plus, ni moins, Couillard laisse entendre que le Lieutenant Patrick Duclos a menti, sous serment, quand il a affirmé qu’un principe « d’immunité diplomatique » existe pour protéger les élus du PLQ lorsque des enquêtes de la SQ risqueraient de les éclabousser. (J’ai publié l’affidavit du Lt Duclos sur mon blogue du Huffington Post)

Le PM Couillard continue de prolonger le purgatoire de son député Robert Poëti dont le crime aura été d’avoir été trop curieux, trop entreprenant dans sa volonté de faire la lumière (et qui sait, du ménage aussi?) au ministère des Transports du Québec. Le PLQ qu’il dirige préfère protéger une sous-ministre loyale (Dominique Savoie) plutôt que de donner les coudées franches à un ministre résolu à agir pour le meilleur intérêt de la population.

Le PLQ continue de s’acharne à vouloir nommer le seul le boss de l’UPAC; il nomme le gendre de ce dernier comme boss de la SQ. Un collusionnaire repenti (Lino Zambito) allègue (et c’est très grave) que le chef de cabinet de Philippe Couillard est en contact constant avec le boss de l’UPAC.

Philippe Couillard nomme un proche du PLQ (Florent Gagné) pour « faire la lumière) sur le fiasco de l’A-13. Un « proche » pour mener une enquête « externe »; on reconnaît là la marque de commerce d’un camouflage libéral.

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À l’Assemblée nationale, cette semaine, le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, a mis en doute la « crédibilité » du PM Couillard suite à l’affaire des courriels qui lient sa campagne à Marc-Yvan Côté, mais en rappelant aussi que le PM avait menti aux Québécois dans l’affaire « Bartlett ».

William Bartlett est un influent militant Libéral impliqué dans le scandale de la SIQ (Société immobilière du Québec) dont Philippe Couillard disait qu’il n’était qu’un militant sans importance, « un bénévole comme les autres ». Au final, on aura appris que cela n’était que foutaise; Bartlett étant le responsable de la sortie du vote dans le comté du PM lui-même…

De scandales en scandales…

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Il faudra cesser d’être poli avec ces gens là. La population du Québec, en grande majorité, en a soupé de ce régime corrompu. Quand Philippe Couillard pestifèrera la prochaine fois pour tenter de mettre fin au scandale du jour, il faudrait bien que quelqu’un lui tienne tête. Ce PM ne devrait pas pouvoir conduire une seule mêlée de presse sans avoir à s’expliquer sur ses dérives éthiques.

Mais surtout, ce serait à la population du Québec, cette vaste majorité qui en a assez de cette gouvernance de collusion, de corruption, de mépris de nos institutions démocratiques; c’est à son tour de se lever, de manifester son indignation.

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