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Le fédéralisme arrogant…

Stephen Harper a ouvert la voie en montrant que le Canada pouvait être gouverné sans le Québec. On se souviendra de l’élection fédérale de 2011 alors que le PCC de Harper avait été élu majoritaire tout en ne récoltant que 6 maigres sièges au Québec. La Belle province ayant plutôt choisi de jeter son dévolu sur le NPD de Jack Layton, une vague orange qui, au final, n’aura été qu’un coup d’épée dans l’eau.

Mais les stratèges politiques au canada ont pris bonne note de cette élection. De toute façon, le poids du Québec ne cesse de décliner au fédéral et l’électorat de cette province est très imprévisible. Quand on ajoute à ce portrait le fait que la « menace séparatiste » n’effraie plus personne -pas besoin d’un doctorat en sciences po pour constater que la division du vote francophone au Québec castre tous les moyens de menacer le fédéral des revendications traditionnelles avancées par Bourassa – force est d’admettre que l’humeur du Québec pèse beaucoup moins lourd dans l’échiquier politique canadien.

Les premiers ministres des autres provinces l’ont bien compris. Brad Wall le PM de la Saskatchewan n’hésite pas une seconde à mépriser le Québec et les Québécois quand ces derniers osent s’opposer à la construction de l’oléoduc Énergie Est. Il souffle de toutes ses forces sur les braises du mépris en ressortant ce cliché fallacieux et mensonger d’un Québec BS dépendant de la péréquation. « Vous refusez East Energy? All right! On va vous couper la péréquation bande de quêteux! »

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Ici, Brian Jean, le chef du Wildrose Party en Alberta… Édifiant.

Brad Wall sait très bien qu’il fait usage de préjugés honteusement faux; mais il s’en torche! (À noter que Brian Jean le chef du Wildrose party en Alberta et Jayson Kenney, l’ex ministre sous Harper, lui aussi sur la scène provinciale albertaine l’on fait aussi) C’est une opération de relations publiques par laquelle il tente de susciter la colère de ses concitoyens canadiens contre le Québec. Imaginez qu’un politicien fasse la même chose mais pour attiser la colère contre tout autre groupe que les Québécois… Impossible.

Le nouveau fédéralisme prédateur, arrogant, permet ça.

Le Québec ne répondra pas. Il ne se braque plus. Quinze années de gouvernance libérale méprisante, corrompue, délétère, ont laissé le Québec quelque peu engourdi. Certains diront qu’il est prêt pour le coup de grâce.

Ce fédéralisme arrogant existe aussi, beaucoup, au Québec. Il s’est imposé avec le temps en faisant fi des revendications d’antan, dépassées, oubliées, contestées. Prenez par exemple la candidate inattendue qui a été choisie par les militants libéraux fédéraux de St-Laurent, l’ex comté de Stéphane Dion. Emmanuella Lambropoulos est devenue hier soir la candidate officielle de son parti au grand dam du chef Justin Trudeau qui a tout fait pour imposer Yolande James, l’ex ministre libérale sous Jean Charest. Une gifle pour le chef et son leadership, lui qui avait été durement critiqué pour avoir changer les règles d’investiture en cours de campagne en Ontario dans la circonscription de Markham afin d’imposer une ancienne conseillère politique.

Emmanuella Lambropoulos est citoyenne de cet « autre Quebec » (sans accent, la nuance est importante); celui où le français est une langue seconde, qu’il faut maîtriser mais que l’on n’est plus obligé de parler au quotidien. Dans ce Quebec là, on parle la langue de son choix, surtout l’anglais, et on peut y vivre au quotidien sans avoir à côtoyer (ou si peu) ni à parler français. De toute façon, il n’y a qu’à attendre trois petites secondes quand on téléphone la SAAQ, la RAMQ, etc. pour se faire dire… « for english, please press 9 ».

Le journaliste Philippe Orfali qui couvrait l’investiture libérale pour Le Devoir a manifestement été étonné que la nouvelle candidate fasse son discours de victoire en anglais, au Québec. Il a gazouillé ceci :

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C’était en cours de discours, la candidate prononcera quelques mots de français dans un second temps. Et ce n’est pas qu’elle ne maîtrise pas la langue, ni qu’elle est insensible à la réalité du français au Québec. Elle est enseignante de… français à Beaconsfield après tout.

Voici son explication :

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Beaconsfield, Pointe-Claire, ces arrondissements de l’ouest de Montreal (sans accent, la nuance est importante) où le français a presque disparu. Il y a quelques années, j’ai participé avec quelques copains de l’Outaouais à l’un des plus beaux tournois de hockey de ligue de garage au Québec, celui de Pointe-Claire. Organisation hors pair, accueil sans reproche. J’avais l’impression d’être à Nepean à Ottawa. Tout en anglais. Les bénévoles, la documentation, la correspondance. Mes amis de l’arrondissement d’Aylmer à Gatineau connaisse ce phénomène. Ceux du Pontiac ou de la vallée de Maniwaki, Kazabazua aussi. Et ailleurs. Ces endroits où le français disparaît progressivement de l’espace public, où l’on vit comme si on était en Ontario sauf que le prix des maisons y est plus abordable.

La nouvelle candidate libérale dans St-Laurent n’avait pas l’air de se formaliser trop trop de se faire reprocher d’avoir fait la majeure partie de son discours en anglais pour ses concitoyens anglophones. Comme on me l’a dit si souvent dans ce Quebec là, un Quebec que je connais très bien, « on habite au Canada et au Canada, c’est bilingue! » (je traduis car on me le dit chaque fois en anglais).

Dans le Pontiac (région du Québec qui est à plus de 60% anglophone), dans le West-Island de Montreal, on milite désormais pour l’affichage bilingue, pour l’abolition pure et simple de la loi 101. Philippe Couillard depuis son élection en 2014 a offert une légitimation de l’argumentaire de ceux qui aimeraient « bilinguiser » le Québec. Lui-même, PM d’une nation francophone en Amérique, s’adressant à un parterre international en anglais, se justifiant ensuite de façon bête… « Tout le monde sait que le Québec est francophone! ».

Tout de la gouvernance Couillard est axé sur l’objectif implicite de « faire du Québec un province comme les autres »; bilingue et le moins distincte que possible. Philippe Couillard rêve que le Québec devienne le Qwabec.

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