image

« le mot multiculturaliste aurait intérêt à disparaître du débat public québécois »

Hier c’était le premier ministre Philippe Couillard qui y allait de son poing sur la table à la manière des ayatollah qui veulent imposer leurs « principes »; le PM refuse maintenant de débattre de port de signes religieux et d’accommodements raisonnables, il demande au sociologue Gérard Bouchard de « ne pas tenter de le faire changer d’avis » sur la question. Car on a compris depuis l’attentat de Québec que les « principes » du PM sont inattaquables et doivent primer sur tous les autres. Philippe Couillard instrumentalise cet attentat pour attaquer, sans relâche, tous ceux qui ne pensent pas comme lui, par tous les amalgames fallacieux possibles.

Philippe Couillard est l’incarnation du militantisme passionné, sans retenue du multiculturalisme au Québec. Il l’a montré à maintes reprises, par des actions concrètes, par des « principes » qu’il défend sans relâche, même par la voix législative. Le PM Couillard trouve des appuis dans sa défense du multiculturalisme appliqué au Québec. Le Globe & Mail par exemple qui publiait vendredi dernier un éditorial on ne peut plus clair : « c’est le temps pour le Québec de tuer le projet de loi 62 et de cesser de viser les minorités religieuses ». Pour quiconque défend le multiculturalisme canadien, le projet de loi 62 est une hérésie. Au Québec, l’application de la recommandation phare de Bouchard-Taylor (interdiction du port de signes religieux pour les agents de l’état en position de coercition) rallie plus de 80% de la population.

Qu’importe le consensus au Québec sur Bouchard-Taylor, cela ne saurait être acceptable du point de vue des « multiculturalistes. Et au Québec, il y en a en. Au pouvoir même. Philippe Couillard, Marc Tanguay, etc. Charles Taylor en est un autre. Doit-on revenir sur ses travaux passés pour le compte de Trudeau père et sa loi sur le multiculturalisme justement? Il y a dans l’éditorial du Globe & Mail cette phrase percutante concernant Charles Taylor justement, lui grand penseur du multiculturalisme, qui aurait eu un moment d’égarement lors de la commission qui portait son nom et qui a soumis la recommandation sur les signes religieux :

« And then this week came a remarkable mea culpa from Charles Taylor. The McGill philosopher, in the wake of the Quebec City killings, retracted his support for one of the most contentious recommendations in the Bouchard-Taylor report on reasonable accommodation. » (Et cette semaine, un remarquable mea culpa de Charles Taylor qui s’est rétracté sur sa plus recommendation « litigieuse » concernant les accommodements raisonnables).

Mea culpa de Charles Taylor qui a revu la lumière, qui est revenu à la raison, qui s’est repositionné du côté du multiculturalisme canadien.

capture-decran-2017-02-19-a-07-29-54

« Le mot multiculturaliste aurait intérêt à disparaître du débat public québécois »

Ce matin, c’est au tour de l’éditorialiste de Gesca-La Presse François Cardinal d’en rajouter une couche. L’éditorialiste s’indigne que le mot « multiculturalisme » soit connoté négativement au Québec. Venant de l’éditorialiste d’un journal qui a publié les pires vacheries possibles pour discréditer et connoter négativement les mots « référendum » et « indépendance », ça fait sourire. Ou rager, c’est selon.

Selon François Cardinal, il n’y aurait pas de « défenseurs du multiculturalisme » au Québec :

« L’expression [multiculturaliste] sert habituellement à discréditer toute personne favorable au maintien ou à la hausse des seuils d’immigration. Elle vise sans discrimination le péquiste Alexandre Cloutier et le libéral Philippe Couillard. Elle est utilisée comme munition contre « la gauche mondaine et urbaine ».

Or, l’emploi à outrance de cette « insulte » est pour le moins curieuse, car le véritable multiculturalisme n’existe tout simplement pas au Québec… »

Wow. Premièrement, il y a une sacré marge à comparer sur cette question Philippe Couillard et Alexandre Cloutier. Lors de la dernière course à la chefferie du PQ, j’ai eu la chance de questionner rondement le député péquiste sur cette question lors d’une entrevue de plus de 20 minutes pour la webradio RadioInfoCité. La position des deux hommes sur cette question est loin d’être similaire. Mais faire l’amalgame fallacieux entre les deux politiciens sert à légitimer la position du PM Couillard en donnant l’impression qu’elle se rapproche de celle d’Alexandre Cloutier. Un processus argumentaire pour le moins douteux.

Quant à la « gauche mondaine et urbaine », j’y opposerai le terme « gauche qui appuie l’idéal diversitaire » défendu par un Justin Trudeau. Cette gauche là appuie, dans les faits, le multiculturalisme. Nous l’avons vu lors de la dernière campagne électorale fédérale quand le thème du niqab s’est imposé. A-t-on déjà oublié que cet enjeu électoral s’est imposé suite à une dérive intrinsèque à l’application sans réserve du multiculturalisme, soit le fait de pouvoir prêter permet comme nouvelle citoyenne au Canada en portant le niqab… Il s’en est trouvé plusieurs au Québec pour défendre le droit de Zunera Ishaq de prêter serment avec son niqab (on apprendra plus tard que cette dame qui s’est tant battue devant les tribunaux pour son droit de prêter serment avec son niqab est liée à une organisation radicale). On est ici en plein dans le débat sur l’application du multiculturalisme et il avait bel et bien des ramifications au Québec lors de la dernière campagne fédérale.

Mais là où Cardinal fait fausse route -ou volontairement occulte certains faits pas du tout alternatifs- c’est quand il affirme ceci :

« le mot multiculturaliste aurait intérêt à disparaître du débat public québécois, sauf lorsqu’il fait référence à l’idéologie politique canadienne qui n’a jamais été acceptée au Québec. »

J’aimerais rappeler ceci à l’éditorialiste de La Presse qui, j’en suis certain, a pourtant suivi les travaux parlementaires entourant les projets de loi 59 et 62 du parti Libéral du Québec. Sans revenir sur tous les aspects « litigieux » (pour répondre à l’éditorial du Globe & Mail) de ces projets de loi, rappelons cette lettre percutante de l’ex bâtonnier du Québec Julie Latour et de l’avocat Julius Grey en plein avec des éléments de ces projets de lois :

« Le projet de loi no 59 participe d’une rectitude politique dangereuse, issue de l’idéologie de multiculturalisme canadien, que le Québec n’a jamais cautionnée. Et malgré son adhésion au multiculturalisme, le législateur fédéral a abrogé, en juin 2013, l’article 13 de la Loi canadienne sur les droits de la personne, relié au discours haineux, avec l’adoption de la loi C-304, tandis que d’autres provinces remettent en question la façon dont les institutions canadiennes des droits de la personne traitent les plaintes anti-haine à travers le pays, vu les excès observés dans des cas concrets.

Dans les circonstances, nous nous expliquons mal pourquoi le gouvernement libéral continue d’aller de l’avant avec ce projet de loi, alors même que sa pertinence et sa légalité ont été largement contestées par tous les intervenants de la société civile, lors de la consultation publique en commission parlementaire tenue aux mois d’août et septembre derniers.

Par comparaison et de façon totalement inexplicable, le projet de loi 62, présenté de façon concomitante, réduit la neutralité religieuse de l’État à une peau de chagrin, car il n’affirme ni ne reconnaît le principe de laïcité et de neutralité religieuse de l’État dans la Charte québécoise, ce qui est une omission d’importance pour les assises sociétales d’un État de droit. »

La réalité demeure que le parti Libéral de Philippe Couillard -grand défenseur du multiculturalisme canadien- a tenté de faire par le petite porte arrière ce qu’il se savait jamais être capable de réaliser visière ouverte, soit d’imposer « une rectitude politique dangereuse issue de l’idéologie de multiculturalisme canadien ». Pire, les Libéraux l’ont fait sans même en débattre devant la population et n’eut été de la vigilance de certains juristes et de ceux qui suivaient de près les travaux parlementaires de ces projets de lois, la population québécoise aurait pu se retrouver devant un fait accompli, se faire imposer des « principes » auxquels elle n’a jamais souscrit. les « principes » auxquels tient tant le premier ministre Couillard justement.

Qu’on ne vienne pas me dire que le « multiculturalisme » n’existe pas au Québec et qu’il ne se trouve pas ici de gens pour défendre ce « principe » érigé en dogme chez nos voisins canadiens. C’est tout à fait faux. François Cardinal devait le savoir puisqu’il en est réduit, dans son texte, à associer ceux qui pointent les « multiculturalistes » (qui n’en seraient pas selon Cardinal, lui les qualifiant de « pluralistes ») de tomber dans le « fake news » et des « faits alternatifs » à la Trump. Voilà le type d’accusation que l’on regardera plus tard comme notre « point Godwin » bien contemporain d’ailleurs…

Ça tombe bien car en terme d’amalgames grossiers, fallacieux, Philippe Couillard, le plus ardent défenseur du multiculturalisme au Québec, est passé maître dans l’art de les envoyer à tous vents…

 

Scridb filter