Le sondage maison de TLMEP, non probabiliste, à titre indicatif seulement, montre tout de même une tendance assez lourde!

En appeler aux « vraies affaires » pour éviter la discussion sur la laïcité? Non merci!

Quand j’ai su que la militante Dalida Awada serait de Tout le monde en parle ce dimanche, j’ai eu de gros doutes. la discussion pourrait-elle se tenir sur la laïcité avec quelqu’un dont on connait l’aversion des laïcistes, et plus particulièrement des indépendantistes? Et, rien pour aider, ce gazouillis infect qui a beaucoup fait réagir…

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J’avais de gros doutes. Il y a beaucoup de mépris dans ce tweet. Et un présupposé, un amalgame grotesque; celui de culpabiliser par association le PQ, même son chef actuel pour ce qui s’est passé à Ste-Foy. Ça venant d’une militante qui a si souvent demandé que cessent les amalgames… Et il y a la posture morale de celle qui entend faire la leçon aux péquistes :  « faites profil bas ». Vraiment, c’est très laid ce gazouillis.

Cependant, jamais je n’ai voulu que la discussion ne se tienne pas. Bien au contraire! Il ne faut pas tomber dans le piège du cadenassèrent de la liberté d’expression, ériger des frontières en fonction des desseins de ceux qui tiennent à tout prix que la discussion ne se tienne pas. Comme c’est le cas à la Maison de la littérature de Québec où la parole de Djemila Benhabib est tue. Muselée. De ça il faut s’indigner. 

J’ai été déçu que la semaine précédente, TLMEP tienne un monologue où, justement, la voix des laïcistes était absente. Donc hier, pour l’occasion, on avait retenu les voix de Rachida Azdouz, Nadia El-Mabrouk et de Dalila Awada. Et bien au final, cette discussion fut intéressante et assez respectueuse. Soulignons aussi l’excellente maîtrise de la situation de Guy A. Lepage car dans les circonstances, ce n’était pas donné. L’analyse de Rachida Azdouz, la façon dont elle vulgarisait les enjeux, le tout de façon posée, claire. L’animateur a demandé à Dalida Awada de s’expliquer sur son gazouillis; sa réponse n’aura convaincu que ceux qui sont dans son camp, une toute petite minorité. Les Québécois en général -et pas que les de souche ou pro laïcité- en ont soupé de ce genre de mépris. Qu’il vienne d’une militante comme Awada ou d’un énervé du bocal anti-musulman qui vomit son fiel sur l’ensemble de cette communauté en étant incapable de la plus élémentaire des analyses : TOUS LES MUSULMANS NE SONT PAS DES INTEGRISTES, DES ISLAMISTES! Cet amalgame est grotesque et ne fait que discréditer ceux qui le répètent. Et quand ce sont des indépendantistes, ils font du mal à tous les indépendantistes.

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Le sondage maison de TLMEP, quoique non-probabiliste bien sûr, montre une tendance lourde…

Heureusement, il s’agit là d’une infinie minorité. Comme la posture qu’établit Awada dans son tweet. Une minorité. La grande majorité des musulmans du Québec ne se reconnaît pas dans un tel mépris. Comme la majorité des musulmans souhaite, j’en suis certain, que la discussion se fasse au Québec sur les suites à donner à Bouchard-Taylor, au vivre-ensemble, son façonnement.

Des arguments éculés…

Il y a eu au cours de cette discussion deux passages qui ont retenu mon attention. D’abord cet appel lancé par Awada à la lassitude du débat sur le voile (selon sa caractérisation très réductrice) mais plutôt sur la laïcité au sens large et à son remplacement par des « plus vraies affaires » comme les soins de santé, le dossier environnemental, etc. Que cet épousement de l’argumentaire typiquement libéral (dans le sens de PLQ) sonnait faux! Comme pour ce qui est de l’indépendance, cette « pas vraie affaire, que l’on voudrait enterrer sous les considérations plus terre à terre afin d’éviter de débattre.

Longtemps les fédéralistes -notamment au PLQ qui en a fait une marque de commerce- n’ont eu qu’à brandir l’épouvantail référendaire ou la nécessite d’occulter le débat sur la question nationale au profit des « vraies affaires » afin de gagner des élections en succession. Après 15 ans de ce régime délétère, les « vraies affaires » pour le citoyen du Québec c’est un système de santé complètement dysfonctionnel, une augmentation inconsidérée des taxes et des impôts, l’imposition de politiques d’austérité idéologiques qui ne visaient que l’arnachement du modèle québécois issu de la révolution tranquille, la privatisation et la réduction des services publics… Bravo pour les « vraies affaires »!

Voilà que de la bouche de Dalida Awada hier on en revenait à cet argument éculé. « Vous êtes pas tannés de ce débat! Revenons-en aux vraies affaires! »

C’est que si ce débat traîne, c’est avant la faute du PLQ qui a mis sur pieds la Commission Bouchard-Taylor dès 2007 sans jamais ne donner suite aux recommandations des commissaires. Le PLQ a tabletté, discrédité, le rapport de cette commission, il a refusé de mettre en oeuvre les recommandations de Bouchard-Taylor qui faisaient consensus, comme l’interdiction de signes religieux ostentatoires pour les personnes en position d’autorité, recommandation qui atteint jusqu’à 85% d’appuis au Québec, rare consensus s’il en est un. Le PLQ refuse toujours de bouger en ce sens surtout par électoralisme dégoulinant. Et qu’on ne dise pas que le PLQ n’a pas eu le temps d’agir, lui qui a gouverné quasi sans interruption le Québec depuis 2003.

Le pourrissement de la situation, c’est avant tout le PLQ qui en porte l’odieux.

Deuxième argument éculé, cette petite phrase glissée par Awada au cours de la discussion : « ne pas dire aux femmes comment se vêtir ». On en revient aux propos de la ministre libérale Vallée qui insiste pour dire que son projet de loi 62 « n’est pas une charte sur le linge« . Cette posture selon laquelle le voile n’est que morceau de linge sans signification. Banaliser ainsi le port de ce signe religieux ostentatoire participe au réel désir que la discussion sur la place du religieux au sein des institutions publiques, au sein de la conversation sur la laïcité de nos institutions.

N’oublions jamais qu’à la base de tout ce débat, il y a ce droit inaliénable qu’ont les Québécois de préférer la laïcité et de militer pour rompre avec le multiculturalisme. En tout respect. Et si l’ensemble des Québécois en venait à choisir la laïcité de ses institutions d’enseignement et de ses Centres de la Petite-Enfance? Devrait-il être taxé de xénophobie jusqu’à la fin des temps? Cette position défendue par la Coalition avenir Québec et par bien des Québécois en général doit être débattue. Et on a le droit de le faire sans être taxé de racisme ou de xénophobie.

Et c’est précisément ce genre de discussion que les « intégristes du multiculturalisme » souhaitent éviter. Pour ce faire, ils recouperont à tous les amalgames possibles pour imposer une posture idéologique selon laquelle la « diversité » -euphémisme qui se superpose au multiculturalisme- est au dessus de tout débat; que cette conception du « vivre-ensemble » est au dessus de toute critique. À grand renfort de culpabilisation et d’amalgames grotesques s’il le faut.

Et bien non. N’en déplaise aux ayatollahs de l’idéal diversitaire, les Québécois de toutes origines ont voix dans ce débat. Même les méchants Québécois de souche. Le peuple québécois tel que je le connais, dans toute sa diversité justement, est capable et préfère le compromis. Sur la laïcité, une solution existe pour autant que l’on dé-politise, qu’on dé-instrumentalise la question, qu’on en revienne à ce qui fait consensus.

Plus on attend, plus on laisse traîner les choses, plus le climat sera délétère. Et ce n’est pas en référant encore aux « vraies affaires » que l’on trouvera solution à cette discussion. L’échec de cette stratégie en ce qui concerne la question nationale nous l’enseigne aisément.

 

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