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« Team Canada joue un match à l’étranger dans la province de Québec »

C’était hier, alors que Team Canada au hockey junior masculin des moins de 20 ans jouait son premier match de la ronde des médailles au Centre Bell à Montréal. L’ex joueur des Coyotes de Phoenix et populaire commentateur sur les réseaux sociaux Paul Bissonnette y est allé de ce tweet pour railler la très maigre foule qui s’est déplacée pour encourager Team Canada :

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« Team Canada joue un match à l’étranger dans la province de Québec » (traduction libre).

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La maigre foule a généré des centaines de commentaires sur le mot dièse #CanvsCZE sur twitter hier soir lors du match. Un Centre Bell vide pour un match éliminatoire du Canada, cela en a choqué plusieurs et il n’en fallait pas plus pour déchaîner des hordes de commentaires méprisants envers le Québec. On connait la chanson. D’ailleurs, Paul Bissonnette est suivi par près d’un million de personnes sur twitter; ce seul gazouillis mis ici en référence a généré des centaines de réponses pas très jolies.

Contexte : ce tournoi de hockey junior dans le temps des fêtes est très suivi dans le Canada anglais. Le réseau TSN en fait un institution et beurre épais sur le patriotisme du « red flag ». On met toute la gomme et la grosse machine de la pub s’en mêle. C’est ainsi que l’on construit une « identité nationale » à coup de « Nous jouons tous pour le Canada » de tous les Canadian Tire du genre. Le hic c’est que ce tournoi est beaucoup moins suivi au Québec, et pour cause; années après années, les joueurs Québécois sont ignorés par Team Canada.

Difficile pour RDS, diffuseur de sport québécois de vendre ce tournoi au Québec quand les bonzes de Team Canada font ce qu’ils font de mieux, développer le hockey canadien, et non celui du Québec. Car statistiquement, au cours des 25 dernières années, Team Canada a aligné moins de 3 Québécois par année. À talent égal, s’il ne s’agit pas d’un joueur d’exception, chez Team Canada on prend le gars de Moose Jaw bien avant celui de Sept-Îles mettons. C’est comme ça. Sauf peut-être lors des rares occasions où le coach de Team Canada provient du Québec. Comme cette année alors que c’est Dominic Ducharme. Les Chabot, Roy, Dubois, Gauthier, Lauzon, etc. occupent une place de choix dans l’équipe. On n’avait pas vu ça depuis l’année de Vincent Lecavalier dans ce tournoi.

Notez que cela aurait été bien malaisant de présenter les matchs de Team Canada au Centre Bell en n’alignant qu’un Québécois ou deux comme c’est l’habitude. N’en demeure pas moins que ce tournoi, dopé à la fierté patriotique du Canada dans le ROC a toujours eu moins d’importance dans le grand public du Québec. On l’a constaté hier au Centre Bell.

Certains ont blâmé les prix des billets. C’est que la fibre patriotique canadienne se monnaye mieux à Régina qu’au Québec tout simplement. Les organisateurs sont cupides et habitués aux généreux revenus que suscitent leur marketing patriotique. Ils ont donc visés beaucoup trop haut en affichant des prix dérisoires pour ce tournoi. Aussi, ces gens n’ont absolument rien compris du marché au Québec et n’ont pas conscience de l’écart de perception de ce tournoi entre les « deux solitudes ».

Les Québécois ne sont pas différents des autres nations du monde…

Les Québécois, comme les autres nations du monde, dans un tournoi basé sur la compétition entre nations, aiment encourager les leurs. Tout simplement. Team Canada daigne retenir un Québécois ou de deux de temps en temps mais tout le monde a compris au Québec que cette équipe est celle des voisins. Pas la nôtre. Si vous voulez créer de l’engouement pour ce tournoi au Québec, envoyez-y une Équipe Québec et faites-là jouer contre Team Canada. Le Centre Bell sera plein. Mais cela n’arrivera jamais. Pourquoi? car le patriotisme sportif est interdit au Québec s’il promeut l’identité québécoise.

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Car le sport est éminemment politique. Ce tournoi en particulier l’est aussi. Il est instrumentalisé année après année comme moyen de générer du patriotisme « canadien ». Longtemps, le Canada a dominé ce tournoi, le Canada est fort dans CE tournoi. On en profite pour lui conférer une importance démesurée au Canada pour agiter l’unifolié. We are Number ONE. We are Canadian! 

Faire sortir 23 000 Québécois dans le Centre Bell pour qu’ils agitent le drapeau canadien, voilà aussi un geste politique. Les organisateurs le savent. Les Canadiens qui commentaient sur les réseaux sociaux hier aussi. Voilà pourquoi tout ce mépris ressortait, encore. « Les Québécois ne sont pas Canadian » a-t-on pu lire des dizaines et des dizaines de fois. Je vous garanti qu’on va s’organiser du côté de Team Canada pour que le Centre Bell soit plein demain.  

Et à ceux qui accusent Montréal et le Québec de n’être pas des marchés de « hockey » tout en y ajoutant toutes sortes de marques de mépris, je réponds ceci : et si agiter les ti-drapeaux du Canada n’était tout simplement pas le sport favori des Québécois? Et si les gens de Hockey Canada avaient complètement surévalué la valeur de leur marketing patriotique canadian au Québec?

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