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Les lanceurs d’alerte…

Individuellement, j’ai souvent lu des trucs sur les parcours de Ken Pereira, Lino Zambito et Annie Trudel. J’ai écrit à quelques reprises à propos des deux derniers; sur Pereira je ne crois pas. L’idée de les réunir sous le thème de « lanceurs d’alerte » était géniale. Benoit Dutrizac, pour son émission Les francs-tireurs, a conduit une entrevue solide avec ces trois figures publiques qui, chacun leur tour, en ont eu long à dire sur la collusion, la corruption et ses ramifications politiques.

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Encore une fois, Lino Zambito, pour un, a décidé de mettre sa tête sur le bucher en y allant d’allégations très graves lors de cette entrevue. Concernant le grand patron de l’UPAC Robert Lafrenière notamment. Zambito n’y va pas par quatre chemins, selon lui Robert Lafrenière est plus intéressé à couvrir, protéger le parti Libéral du Québec qu’à tout faire pour l’épingler en lien avec les nombreux cas de collusion, de corruption qui accable ce parti.

J’ai souri quand Lino Zambito a lancé : « Robert Lafrenière est à ranger sur une tablette à côté de Dominique Savoie« , cette sous-ministre qui a réussi à avoir la tête du ministre Poëti quand celui-ci s’est montré trop curieux lors de son bref passage au MTQ. Selon l’ex entrepreneur en construction, Robert Lafrenière, grand patron de l’unité sélecte de policiers qui doivent enquêter sur la collusion et la corruption, serait en contact quotidiennement avec Jean-Louis Dufresne, le chef de cabinet du premier ministre Philippe Couillard. Et pas pour jaser de baseball. Doit-on rappeler que l’UPAC est supposée enquêter sur des dossiers très sensibles, potentiellement explosifs pour le PLQ. On oublie parfois que Robert Lafrenière a été nommé sous-ministre par Jean Charest et qu’il a agi à ce poste sous Jacques Dupuis. N’en demeure que cette proximité est indécente, surtout que le PLQ conserve l’entière responsabilité de la nomination de Robert Lafrenière à l’UPAC.

Lino Zambito a également révélé qu’au mois de juin dernier, il a été rencontré par deux enquêteurs de la Sureté du Québec non pas pour l’interroger sur des dossiers de corruption pour lesquels il collabore, non… leur mandat était plutôt d’enquêter, de trouver QUI coule l’information sensible sur ces dossiers dans les médias. Par exemple, on lui a demandé s’il pouvait prouver les liens directs entre Dufresne et Lafrenière. Zambito a fourni la preuve à la SQ tout en avertissant les uns et les autres que si rien n’était fait dans ce dossier, il étalerait au grand jour, dans les médias, les preuves qu’il possède.

Voilà qui ne me surprend guère. J’ai souvent annoncé dans mes textes, ou sur mes tribunes, que bien des gens qui sont au fait du bloquage qui existe quand vient le temps d’agir, de déposer des accusations dans des dossiers qui visent le PLQ, n’en peuvent plus de rester coi devant ce déni de justice, devant ces escrocs qui se protègent entre eux. Leur reste à couler l’information qu’ils possèdent dans les médias. Et je le répète, l’information circule. Je l’ai constaté moi-même…

Mais le passage le plus enrageant du segment de l’entrevue où intervient Zambito c’est quand il révèle qu’il a mis carte sur table, preuves à l’appui, de collusion à laquelle il a participé dans des projets d’envergure: les autoroutes 50 et 640, l’échangeur L’Acadie, Turcot aussi, tout ça, déballé à la commission Charbonneau devant les enquêteurs. Pourtant, jamais, pas une fois, les enquêteurs de l’UPAC ne l’on questionné sur cette collusion. Zambito rappelle la loi 26 qui permet au gouvernement d’aller récupérer l’argent volé auprès des collusionnaires. « Pas une seule mise en demeure du ministère des transports aux entrepreneurs qui ont fraudé, pas une! » Le MTQ protégerait les collusionnaires qu’on ne pourrait trouver mieux.

Quand Benoit Dutrizac demandera à Annie Trudel ce qui l’a choquée le plus dans son parcours qui s’étend du MTQ au SPVM en passant par l’Unité anti-collusion de Duchesneau, elle répond d’emblée « la police qui parle au politique, à l’administratif… j’ai encouragé des gens du MTQ à dénoncer les pratiques illégales à l’UPAC et non longtemps après qu’ils l’ont fait, les supérieurs du MTQ savaient qui avaient dénoncé… »

Tout ceci donne la nausée. Manifestement, ceux qui sont supposés combattre la corruption, la collusion, sont plus inquiétés, semble-t-il, par les fuites et les dommages que cause l’information qui circule et qui embarrasse le parti Libéral. L’UPAC fait la chasse aux « sources », fait la traque aux « sonneurs d’alerte », avec plus d’acharnement que lorsque vient le temps d’épingler les Charest et les Bibeau de ce monde.

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Pendant ce temps, le ministre Lessard garde le couvercle le plus serré possible sur la marmite du MTQ et l’ex maire de Laval Vaillancourt s’en tire bien. Il a dit regretter « ses erreurs ». C’est qu’il s’est fait pincer et a dû ouvrir ses coffres en Suisse. Un maire de municipalité, oui Laval est une ville de taille appréciable, mais un maire qui stache 9 millions dans un compte en Suisse! 9 FUCKING MILLIONS! Et ce dernier échappe aux accusations les plus graves, celles qui impliquent la prison ferme sur le plus long terme soit gangstérisme. Il plaide coupable en sachant que la loi a été changée après les faits reprochés et que son six ans se terminera au sixième de la peine fort probablement. Un an à l’ombre. Combien en reste-t-il dans les coffres en Suisse. Sans compter que Vaillancourt s’était vu remettre son passeport en dépit des graves accusations qui pesaient contre lui! Il n’a pas manqué ses vacances au soleil!

Nous avons besoin de plus de sources, de plus de lanceurs d’alerte, de plus de gens qui acceptent de parler, qui dénoncent ce système pourri.

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