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François Legault : faire feu dans toutes les directions et espérer viser dans le mille…

François Legault louvoie. Depuis longtemps. Tel un ivrogne multirécidiviste, sur le chemin de la politique depuis son retour, Legault louvoie. Il n’y a pas une voie que l’ex caribou n’a pas exploré. Et heureusement pour lui, la caste média politique du Québec ne lui en tient pas trop rigueur. La preuve? Il en reste pour faire semblant de le prendre toujours au sérieux.

Tant qu’il divisera le vote nationaliste du moins.

Un parti « anti-constitution »

On se souviendra que dès le départ, les co-fondateurs de la CAQ François Legault et Charles Sirois ont voulu positionner leur nouveau véhicule en dehors de la question constitutionnelle, « cette pas-vraie affaire qui n’intéresse pas les contribuables-payeurs de taxes ». Ils ont fait le pari que le citoyen québécois en avait assez de la dichotomie fédéraliste-indépendantiste et que c’était là le créneau à occuper politiquement. Comme le rappelle l’éditorialiste du Devoir Antoine Robitaille, ce clivage existe toujours et cette voie n’a pas réussi à la CAQ :

« En fondant la CAQ il y a cinq ans, François Legault proclamait la fin du clivage fédéraliste-souverainiste. Il prenait alors passablement ses rêves pour des réalités. La CAQ mangea la poussière en 2012 et en 2014. La dernière fois aux mains des libéraux de Philippe Couillard, qui n’ont eu qu’à crier « référendum » pour faire oublier l’usure du PLQ et la faiblesse de son programme. »

Dans les faits cependant, la « Coalition » avenir Québec n’a vraiment jamais été une coalition. On y a toléré quelques souverainistes repentis mais dès 2012, tous ont compris que les fédéralistes de la CAQ pouvaient clamer haut et fort leurs convictions fédéralistes ce qui n’a jamais été le cas des « souverainistes » qui ont suivi François Legault. Avec le temps, ils se sont tus ou ont épousé la voie du « nationalisme à l’intérieur du Canada », cette fallacieuse illusion qui mine les aspirations nationalistes des Québécois.

Fallait pas être devin pour comprendre qu’un parti co-fondé par Charles Sirois pourrait difficilement s’accommoder de la promotion d’un autre nationalisme québécois que celui qui se meurt sur le rivage du fédéralisme triomphant, un « Québec fort dans un Canada uni » pour se coller à la formule choisie par Stephen Harper en 2006 afin de reconnaître la nation québécoise sans vraiment le faire.

Dans l’éditorial d’Antoine Robitaille, on revient sur un constat qu’avait fait François Legault suite à sa défaite de 2014 (et celle du mouvement indépendantiste, nationaliste, bref de tout ce qui n’est pas pro-assimilation du Québec au Canada :

« Le pays imaginaire nuit à bien des égards au pays réel. »

Entre 2012 et l’élection de 2014, François Legault a affiné son positionnement constitutionnel. En anticipation de l’élection de 2014, Legault a clairement établi que la CAQ serait fédéraliste, notamment dans ses communications avec les médias anglophones. On se souvient de son entrevue en campagne électorale de 2014 avec The Gazette notamment où il a clarifié la chose; une véritable profession de foi fédéraliste. Pour Legault, le salut électoral devait passer, entre autre, par le grapillement de votes libéraux. Du moins quand il s’adressait à la presse anglophone.

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Devant la presse francophone, son discours constitutionnel était beaucoup plus mitigé. Pro laïcité, pro identité, mais contre le « référendum ». Lors de la campagne électorale de 2014, excédé de devoir préciser sa position sur cette question capitale, le chef de la CAQ a imploré qu’on lui « sacre patience » avec le référendum. Non sans être forcé d’admettre que si un référendum devait se tenir tout de suite, il voterait non. Voici son explication du moment :

« La Coalition avenir Québec (CAQ) veut garder toutes les options ouvertes pour le Québec sur le plan constitutionnel, plaide-t-il. Elle veut accroître le pouvoir de négociation du Québec en améliorant sa situation économique. Une façon d’avoir «le gros bout du bâton». Le parti rassemble des souverainistes et des fédéralistes qui acceptent de mettre la question nationale de côté pour une dizaine d’années, le temps de rattraper le niveau de richesse de nos voisins. »

Ça c’était le message de la campagne de 2014. Mettre de côté pour dix la question constitutionnelle. Lors de la fondation de la CAQ, Legault disait d’ailleurs que son mouvement était éphémère. Plus maintenant, la CAQ aura dix ans au début du prochain mandat et la question constitutionnelle ne sera pas réglée. Le chef caquiste ne veut plus du « gros bout du bâton » et abdique à toute possibilité de mettre de la pression sur le fédéral en adoptant la posture fédéraliste du parti qu’il veut remplacer, le parti Libéral du Québec.

Lors de la campagne de 2018, Legault ne dupera personne. Son parti sera rangé du côté des fédéralistes et la « Coalition » de souverainistes et de fédéralistes qu’il vantait en 2014 -qui n’existe déjà plus- aura fait place à une formation qui n’aura de « nationaliste » qu’une stratégie de communication faite sur mesure pour courtiser le vote du 450. En espérant que cette mauvaise blague (elle était drôle quand c’était Yvon Deschamps qui la faisait… pour rire!) du « Québec fort dans un Canada uni » réussisse à accrocher assez d’électeurs pour conserver les sièges de 2014.

Le problème c’est que le chef de la CAQ adapte son discours, le modifie, au gré des modes, des nouvelles, des tendances. C’était hilarant de l’entendre récupérer un certain discours « anti-élite » suite à l’élection américaine… C’était tendance. Lui, François Legault, qui a fondé son parti avec un homme de l’élite, Charles Sirois, sans qui la formation politique n’aurait peut-être jamais vue le jour… Lui qui peste quand le PLQ lui vole son programme pro-austérité, lui qui rage quand son staff se sauve avec ses documents pour joindre le grand club et les anciens collègues caquistes qui sont aujourd’hui ministres libéraux… Anti-élite… Est bonne!

Un moment, le chef Legault identifie que ce serait le temps d’ajouter un peu de teinte « défense de la loi 101 et du français! ». Allez, on pond un rapport (intéressant par ailleurs). Le chef de la CAQ se pose en défenseur du français. C’est la saveur du jour. Le problème c’est que les babines ne suivent pas les bottines! Alors que le très éphémère gouvernement Marois tentait de renforcer la loi 101 par son projet de loi 14, la CAQ a qualifié l’exercice « d’acharnement idéologique improductif! » Antoine Robitaille l’a souligné dans son texte justement :

« Encore une fois cependant, la CAQ semble faire dans le positionnement politique plutôt que dans les convictions réelles. Soit, le cahier du participant du congrès de la fin de semaine regorge de thèmes proprement nationalistes (application de la loi 101 aux entreprises de charte fédérale, déclaration de revenus unique, etc.). Certes, la CAQ vient de déposer un intéressant rapport sur la défense du français et la francisation des immigrants. Cela contraste avec la bataille en règle que la CAQ mena il y a moins de trois ans contre le projet de loi 14 du gouvernement Marois, dont le but était précisément de renforcer la loi 101. À l’époque, la députée Nathalie Roy disait pourfendre un « acharnement idéologique improductif .» »

Girouette, positionnement politique éphémère, Legault est en train de devenir l’accélérateur de proton de l’Assemblée nationale; il explose dans tous les sens, dans toutes les directions. Définir la posture politique de François Legault est aussi fastidieux que de devoir expliquer ce qu’est le boson de Higgs.

Blagues à part, Legault semble vouloir se diriger vers l’élection de 2018 en maintenant sa double étiquette pour ratisser le plus large possible : résolument fédéraliste pour courtiser le vote Libéral et « nationaliste moderne » -cette antonymie qui s’appuie sur la posture politique de l’Union nationale- pour courtiser le « nationaliste mou » ou le « péquiste déçu ». Ce faisant par contre il s’expose aux attaques des uns et des autres qui, chacun de leur côté, réfuteront son argumentaire. Lors du conseil Général du PLQ en fin de semaine dernière, Philippe Couillard a réservé ses attaques les plus incisives contre le chef de la CAQ. De leur côté, les indépendantistes ne manqueront pas d’exposer les failles béantes de l’argumentaire nationaliste de Legault. Notamment cette promesse du programme caquiste d’une nouvelle entente constitutionnelle avec le Canada pour reconnaître la nation québécoise et les revendications de Meech.

Sans consulter la population.

Car Legault souhaite jouer dans les talles libérales en démolissant le « référendum ». Lui, l’ancien caribou qui pestait lorsqu’au PQ que son parti tardait trop à foncer vers le… référendum…

À mon sens, Legault a misé sur le mauvais cheval. Son parti est désormais résolument fédéraliste et son salut électoral passe par sa capacité à fédérer le vote des fédéralistes libéraux, ces convaincus, ce vote captif qui ne carbure pas tant aux promesses électorales ou à la qualité du programme de gouvernance mais beaucoup plus à la capacité qu’aura son vote d’éloigner les « séparatistes » et de faire cheminer le Québec le plus vite possible vers l’état de « province comme les autres ».

Legault ne saurait y arriver sans sacrifier son étiquette « nationaliste ». Toute blême certes, mais déjà trop agaçante pour la majorité de l’électorat captif libéral.

Ce qui est dommage c’est qu’on ne saura jamais ce qui serait arrivé si Legault, comme l’avait fait Mario Dumont avec la défunte ADQ, avait risqué de se joindre aux « nationalistes de fait », ceux qui, justement, n’écartent rien. Mais dès le départ, dès la fondation de la CAQ avec Charles Sirois, il semble bien que cette destinée semblait impossible. Avec le temps, les « nationalistes de fait » ont quitté le bateau, certains fédéralistes allergiques à l’étiquette « nationaliste » aussi. Et le chef de la CAQ continue de faire feu dans tous les sens…

En espérant, un jour, viser dans le mille.

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