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Le sport, ce puissant vecteur politique…

Un ami m’envoie cette image quand même saisissante; la glace du Centre Bell qui, pendant l’hymne national du Canada, s’illumine d’un Unifolié de 200 par 80. Quand on connaît l’importance qu’occupe le Canadiens de Montréal dans la province de Québec, pas besoin de faire un dessin pour comprendre que 41 fois par an, les mauvaises saisons, on vibre à l’unisson du Canada au Centre Bell, ce qui aurait été impensable il y a 15, 20 ans à peine.

Mon ami me fait remarquer en m’envoyant la photo qu’elle a été prise, ô ironie, un 30 octobre, funeste anniversaire du référendum de 1995, le référendum souillé par les Commandites, Option Canada et les milliers de citoyennetés accordées au mépris des règles canadiennes. manière trouvée par le camp du Non pour bourrer les urnes.

Mais cette date là, on en parle de moins en moins, un stigmate que l’on tente d’enfouir au plus loin des brisures collectives. Une nation violée dans son droit démocratique.

Faut oublier ça.

Au cours des prochains mois, on parle ici de plus de un an et demi en fait, les Québécois seront bombardés de diverses manifestations de célébration de l’identité canadienne par le biais des événements sportifs. C’est que le Canada se prépare à la grande fête de son 150e anniversaire. Cela a commencé par les jeux olympiques de Rio cet été, la Coupe du Monde de hockey de la LNH ensuite, il y aura le très populaire championnat mondial de hockey junior pendant le temps des Fêtes qui se tiendra à Toronto et Montréal. Chaque fois c’est pareil, le sport devient un puissant vecteur de célébration de l’identité canadienne. Pour l’occasion, les publicités sont bien léchées, bilingues, et beurrent épais la ritournelle…

« Nous jouons tous pour la Canadaaaaaaaaa! »

Car si célébrer l’identité québécoise est taxé illico de repli identitaire en ce pays, se prosterner à la gloire du Canada est oeuvre d’ouverture, d’humanisme… Rien de plus beau.

Nous n’avons qu’à penser au tollé provoqué par le Bloc Québécois qui, en pleine période d’orgie de publicité olympiques canadiennes, a osé jeté son grain de sel en lançant sa propre publicité : « L’indépendance, c’est prendre sa place dans le monde », où on imagine la fierté d’une médaillée d’or québécoise.

Hérésie. Traîtrise. Les mots manquaient pour condamner les méchants séparatistes. Comment peuvent-ils oser jeter un paver dans la mare de la célébration du patriotisme canadien!

Cet embêtant Euro de football…

Puis vint l’Euro de football cet été (soccer pour les Québécois). Un événement d’envergure planétaire bien qu’il ne mette en scène que des nations européennes, il a été le théâtre de la réussite de petites nations qui se sont frottées aux puissances du foot et qui, parfois, ont vaincues. On pense ici à l’Islande bien sûr, la coqueluche du tournoi. Mais il y a eu aussi le triomphe de nations dites « fédérées » comme les Pays de Galles ou l’Irlande du Nord. Vu du Québec, beaucoup ont fait remarquer que la nation québécoise pourrait très bien, elle aussi, se représenter sur la scène internationale sportive, comme le font tant d’autres nations fédérées.

Hérésie (bis).

Le premier ministre de la nation du Québec est le plus ardent fédéraliste et quand il a été questionné sur la chose, il s’est empressé de condamner toute velléité de représentation sportive québécoise sur la scène internationale. Tout ce qui pourrait encourager le patriotisme québécois est, pour ce premier ministre, une hérésie, un sentiment de honte à réprimer. Pour le grand artificier du rapetissement du Québec, « Équipe Québec » rime avec repli.

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De l’origine de l’ethonyme « Canadien »

Permettez-moi de rappeler que l’origine du mot « Canadien » est déjà, en soi, un peu contradictoire quand on en use comme point de ralliement de l’identité du Canada d’aujourd’hui, celui qui nie l’existence de la nation « canadienne-française » en Amérique. Pour ça, retour sur cette précision de l’historien Gervais Carpin :

« Jusqu’en 1760, le sens de l’ethnonyme va s’affirmer, concrétiser toute la différence des Canadiens face aux Français. […] Après la conquête, c’est face aux Anglais que le mot Canadien servira de signe de ralliement, de revendication, de symbole unitaire. Et vers le milieu du XIXe siècle, quand les colons anglophones vont eux-mêmes revendiquer ce nom, son sens redeviendra confus, le qualificatif « français » s’y ajoutera à nouveau »

Peu après la rébellion des Patriotes, matée dans le feu et le sang, les colons Anglais revendiqueront pour eux le terme « Canadien » sans égard au fait qu’il avait servi à distinguer la nation francophone en Amérique de la mère patrie dès le milieu du XVIe siècle.

Le sport, puissant vecteur politique au États-Unis

Mais il n’y a pas qu’au Québec et au Canada que le sport est vecteur politique. Les États-Unis vibrent au diapason de l’échiquier sportif majeur (la NFL notamment) qui est secoué par la protestation de plusieurs sportifs de haut-niveau, noirs surtout, qui mettent genou à terre durant l’hymne national pour protester contre les manifestations de violences raciales des forces policières.

Le sport est devenu éminemment politique aux États-Unis quand des chroniqueurs aussi populaires et respectés que Stephen A. Smith ont pris le relais de Colin Kaepernick, la quart arrière des 49ers de San Francisco, afin de dénoncer les violences policières contre les Noirs.

https://www.youtube.com/watch?v=vpOH69qnXVA

Un des meilleurs golfeurs de la planète préfère éviter les jeux olympiques de Rio pour des considérations politiques…

Que dire du cas de Rory Mcilroy, le champion golfeur de l’Irlande du Nord. De Shanghai cette semaine où il participe à un tournoi d’importance sur le circuit asiatique, le golfeur a admis au Times of India que ce n’était pas seulement à cause de la crainte du virus zika qu’il avait décidé de passer son tour pour les jeux olympiques mais bien car « la participation à des tournois qui impliquent la représentation de sa nation est un enjeu particulièrement sensible ». C’est que le golfeur refuse de choisir entre représenter sa nation l’Irlande du Nord ou la nation fédérale, l’Angleterre.

« The participation in the Olympics, for me it’s just a little more complicated than for some other people, (because of) where I’m from and the whole politics of the thing, » McIlroy told a news conference.

He was referring to having to choose whether to represent Great Britain or the Republic of Ireland at the Games, a highly sensitive topic. »

Une championne de tir qui refuse de se rendre aux championnats d’Asie en Iran à cause du voile obligatoire…

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En fin de semaine on apprenait que l’olympienne de l’Inde Heena Sidhu, championne de tir, a refusé de se rendre en Iran pour les championnats d’Asie pour protester contre l’imposition du voile obligatoire pour toutes les athlètes féminines.

Dire qu’ici, le gouvernement du Québec se bat par son projet de loi 62 pour interdire l’interdiction des signes religieux… Mais c’est une autre histoire.

Bref, quand le « Canadiens » de Montréal use de l’hymne national au centre Bell pour se faire vecteur de l’identité du Canada, il est puissant vecteur politique.

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