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« Le spectre référendaire… »

Le prochain chef du PQ n’échappera pas au spectre référendaire, disent les libéraux et la CAQ pouvait-on lire dans le Journal de Montréal hier. Personne n’en doute; et comme le disait Jacques Parizeau, tant que le PQ sera dans le portrait, chaque élection sera référendaire en quelque sorte.

Ce qui change dans l’équation cette fois-ci par contre c’est que le fardeau de la preuve ne sera plus exclusivement sur le dos des indépendantistes en 2018. Le Québec est dans les limbes constitutionnelles depuis plus de 30 ans et alors que le Canada s’apprête à fêter le 150e anniversaire de « sa » confédération, cette question devient pas mal gênante. 23% de la population du Canada est en dehors de la constitution; un fait qui s’est perpétué au gré des gouvernements fédéralistes et indépendantistes à Québec.

Du rapatriement de 1982, la Nuit des longs couteaux, en passant par Meech, Charlottetown et les référendums de 19080 et 1995 au Québec, force est de constater que tout est bloqué. Le Québec a dit non à la « souveraineté-assossiation », le Canada a dit non au Québec  (et le Québec non au Canada) lors de Meech et 1995 est une fraude monumentale. Tout est bloqué.

Ce qui change désormais c’est que comme le Québec n’est ni « dedans » la constitution, ni dehors, chaque camp -tant fédéraliste que souverainiste- a le devoir d’expliquer à la population du Québec le bien-fondé de sa position. Les fédéralistes ne pourront se présenter les mains vides devant la population en 2018. Finie l’époque du vide abyssal-fédéraliste sur la question constitutionnelle et les élections qui se gagnent à coup d’épouvantails référendaires.

Au cours des derniers mois, tant la CAQ que le PLQ l’ont bien compris d’ailleurs. Voilà pourquoi les attaques du genre « spectre référendaire » sonnent faux venant de Legault et Fournier.

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Quand la CAQ craint son propre programme politique…

François Legault, particulièrement sur cette question, fait un fou de lui. C’est hilarant de le voir brandir l’épouvantail référendaire quand on sait que le programme politique de sa propre formation propose de refaire l’épisode du lac Meech. Vous savez ce vain pari du « Québec fort dans un Canada uni » où les Canadiens accepteraient de consentir aux maigres conditions avancées par le PLQ de Robert Bourassa… Conditions qui avaient été rejetées par le Canada et battues en brèches par Trudeau père. On sait déjà que jamais, au grand jamais, le fils Trudeau ne consentirait à ces conditions.

Quand Legault brandit « l’épouvantail référendaire », nous n’avons qu’à lui citer son propre programme! La « nouvelle entente constitutionnelle sur la reconnaissance pleine et entière du Québec en tant que nation » on fait ça comment monsieur Legault? Autour d’une bière entre boys? Par simple approbation parlementaire? Vraiment? Je salive déjà à l’idée de voir la bataille que cela engendrerait de refaire Meech avec Trudeau fils qui est encore plus radical que son père sur la question de la reconnaissance de la nation québécoise…

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La tentation anti-démocratique du PLQ…

On le sait depuis longtemps, Philippe Couillard, le plus fédéraliste de tous les PM de l’histoire du Québec brule d’envie de signer la constitution de 1982. Dans le passé, il a même évoqué la possibilité de le faire SANS consulter la population; ce qui serait une violation sans précédent du principe démocratique qui légitimerait l’acte lui-même. Imaginons la réaction du Canada et des fédéralistes si un gouvernement du PQ, majoritaire mais fort de l’appui effectif de 27% de la population, proclamait unilatéralement l’indépendance… Pourtant, l’acte analogue à la ratification de la constitution… Ni dedans, ni dehors.

Que le 150e de la confédération se fasse alors que le Québec demeure en dehors de la constitution est intolérable pour Philippe Couillard et la majorité des militants libéraux. Les jeunes du PLQ ont d’ailleurs avancé que le temps était venu « d’ouvrir la constitution ». Encore ici, on attend du PLQ qu’imprécise ses intentions, comme on l’exige du PQ. Quiconque suit un peu l’actualité politique canadienne sait fort bien qu’il n’y a absolument aucun appétit dans le ROC pour cette question. Zéro, niet. Dès le début de son présent mandat, Couillard avait sondé le terrain auprès de deux de ses homologues provinciaux, deux libérales, Christie Clark de la Colombie-Britannique et Kathleen Wynne de l’Ontario. Dans les deux cas, rebuffade et porte fermée. Stephen Harper n’avait pas été plus réceptif. Quant à Justin Trudeau, son Canada « post-national » est incompatible avec la notion même de « nation québécoise ».

Philippe Couillard le sait très bien. Dans le ROC, tout sera fait pour éviter de revivre le psychodrame de Meech. L’autre réalité qui agace singulièrement les fédéralistes au Québec c’est que le Canada s’est fait à l’idée que le Québec soit en « dehors » de la constitution. Le caricaturiste du Toronto Star (le plus important journal du Canada anglais) avait d’ailleurs bien résumé la pensée de bon nombre de ses concitoyens du ROC par la caricature suivante :

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Le Canada anglais se formalise peu des « limbes constitutionnelles ». En gros, les citoyens du ROC attendent que la menace « séparatiste » s’éteigne afin que le Québec capitule et joigne la constitution sans conditions. Une province comme les autres. Tout autre accommodement est impossible.

Et ça, François Legault et Philippe Couillard le savent trop bien. Le prochain chef du PQ, peu importe qui cela sera, devra se faire un devoir, une priorité, d’exiger de ses adversaires fédéralistes qu’ils précisent leurs intentions pour sortir le Québec des limbes constitutionnelles.

Si c’est bon pour Pitou…

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