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« The french police will be after you soon! »

Le tout se passe sur le réseau social Facebook. Dans l’ouest de Montréal, non loin de l’université Concordia, un nouveau restaurant s’apprête à ouvrir les portes. Le nom du restaurant? « The Halal Guys- Gyros and Chicken ». On est ici dans un coin de la métropole où il est aisé de ne vivre qu’en anglais. La manière du restaurant est en anglais. 90% de la publicité, des entrées sur la page Facebook du restaurant sont en anglais.

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Un internaute, puis deux, et plusieurs autres font remarquer aux gestionnaires de la page Facebook de ce restaurant (les proprios?) que Montréal est une ville francophone et que leur manière est anglophone. S’engage alors un chassé-croisé d’insultes. Un thème récurent dans les commentaires, « the language police ». Nombre d’internautes fort contents de l’arrivée de ce restaurant le font remarquer d’emblée, « attention à la police de la langue! » Dans la communauté anglophone de Montréal, ce thème est exploité à fond, depuis longtemps, pour exacerber le ressentiment des anglophones envers la méchante majorité francophone qui brime ses droits. La méchante police de l’Office québécois de la langue française.

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Des discussions comme celles-ci, à plusieurs reprises. Le français, langue commune et officielle du Québec, méprisé, raillé, conspué. Un paquet de troubles le français. Un irritant dont on essaie de se débarrasser. Ça tombe bien comme le font remarquer les gens de « The Halal Guys – Gyros and chicken« , pour se débarrasser de cette contrainte agaçante, ne suffit que d’ajouter en haut de la bannière ces deux mots pour fermer la trappe des achalants « Le restaurant ».

« It’ll be all good because of Le Restaurant we put onto the banner 🙂  »

Qu’in toué les grenouilles! Qu’in toué les assoles de l’OQLF!

Des tensions linguistiques sont inévitables à Montréal. Les francophones n’y sont plus majoritaires. Malgré les prétentions de ministres libéraux comme Kathleen Wynn qui affirmait l’an dernier que c’est impossible de vivre uniquement en anglais à Montréal -ce qu’elle savait être faux, mais c’était à Tout le monde en parle et il fallait rassurer l’auditoire-, la métropole n’est pas en train de se « bilinguisme« , elle s’anglicise. Un anglais de combat, un anglais de conquérant.

Chaque semaine, Montréal accueille 700 nouveaux arrivants. Ce chiffre ne comprend pas l’effort d’accueil des réfugiés syriens. Chaque semaine, 700, et plus. Combien de ces nouveaux arrivants parlent français? Combien seront francisés? Combien feront usage du français dans leur quotidien? Et de plus en plus à Laval, et dans certains coins de la Rive-Sud, en Outaouais aussi et dans les Cantons de l’Est… À l’ouest complètement de la 148, à la frontière de l’Ontario, dans le Pontiac, on ne parle guère plus le français.

Des années de laxisme dans la défense du français au Québec, la suppression graduelle des ressources en intégration des nouveaux arrivants, une politique d’immigration qui impose les symboles et les codes de l’état canadien aux immigrants qui arrivent au Québec et la négation par les gouvernements libéraux successifs de l’anglicisation de la métropole et d’autres pôles régionaux… Tout est là pour créer des tensions linguistiques mais aussi pour que l’anglicisation du Québec se poursuive. Pour les Libéraux, rien de plus normal afin que le Québec ne devienne, le plus rapidement possible, une province comme les autres.

Une province bilingue. Le temps que le français passe de langue officielle à langue folklorique. La langue d’antan.

« Si le bilinguisme individuel est une immense richesse, le bilinguisme collectif pour une minorité politique est un poison mortel. Ce bilinguisme collectif n’existe que le temps de laisser la minorité rejoindre la majorité. » Paul Daoust, linguiste

 

 

 

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