Legault imposteur

Legault l’imposteur…

J’ai lu avec beaucoup d’attention le texte de Vincent Marissal ce matin. On saluera qu’il soit l’un des seuls à pointer les énormes défaillances du raisonnement de François Legault sur les seuils d’immigration. Le problème n’est pas que Legault questionne les seuils d’immigration, cela est juste et très nécessaire, ce sont les raccourcis de son argumentaire qui détonnent. Et Marissal voit juste :

« Le fait que la citoyenneté soit de juridiction fédérale et non provinciale et que ce « test des valeurs » échouerait d’emblée au test de la Charte des droits et libertés ne semble pas émouvoir beaucoup le chef de la CAQ »

Voilà l’un des écueils les plus importants quand on veut s’attaquer aux irritants de l’immigration au Québec. La citoyenneté est de juridiction fédérale. Le gouvernement d’Ottawa ne s’est jamais gêné pour instrumentaliser l’immigration au Québec, pour s’assurer que les nouveaux-arrivants sachent qu’ils immigrent au Canada et non au Québec, société distincte. C’est encore plus vrai aujourd’hui. Le député péquiste d’origine camerounaise Maka Kotto l’a fort bien expliqué l’an dernier dans un texte du Devoir :

« « Ce ne sont pas les immigrants qui sont en jeu, c’est le système taillé sur mesure pour isoler […] les francophones du Québec », a commenté Maka Kotto lors d’une mêlée de presse vendredi, avant de prendre part à une interpellation de la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, à l’Assemblée nationale.

 « Il y a un système qui fait en sorte que, quand on vient de l’étranger, tous les symboles [qu’on] traverse nous inculquent de façon subliminale, je dirais, une notion d’appartenance au Canada, pas au Québec », a souligné le député de Bourget, qui a dit parler de son expérience quand il y a un peu plus de 20 ans il a fait les démarches pour immigrer au Canada. L’immigrant est « loyal » à cette symbolique, d’autant plus qu’il prête serment pour obtenir sa citoyenneté. « Le Québec n’a pas de structure pour répondre à la compétition fédérale. » C’est l’ambassade du Canada qui délivre le visa, les douanes canadiennes qui accueillent l’immigrant, les autorités fédérales qui accordent le statut de résident permanent, a rappelé le Camerounais d’origine. »

La seule façon pour tout « nationaliste » ou indépendantiste de changer la dynamique de l’immigration au Québec est de s’attaquer aux mécanismes de base du processus. Cela ne se fera pas en scandant de beaux slogans tout populistes qu’ils soient. Ottawa n’abandonnera jamais sa prérogative de contrôler tout les symboles de l’immigration au Québec. Les gouvernements fédéralistes en place depuis 15 ans (le PQ de 14 mois de Pauline Marois n’a pas eu le temps de changer quoi que ce soit en la matière) sont tout à fait d’accord avec ce contrôle par Ottawa. Québec peut choisir le chiffre -et pas tout le chiffre- bien que de choix il n’y a pas vraiment depuis 2003. Toujours le max et un peu plus. C’est payant pour le PLQ qui ajoute ainsi à 90-95% de ce nombre à sa base électorale captive.

Une instrumentalisation infecte de l’immigration depuis 1995 en fait. On se souvient de l’ex ministre libéral Christos Sirros, aux lendemains du référendum, qui n’hésitait pas à affirmer que le désir d’indépendance du Québec s’éteindrait avec le vieillissement de la population et l’apport important de l’immigration. Des politiciens du ROC l’ont répété aussi. Les gorges chaudes comme Couillard qui crient à l’intolérance dès que l’on questionne les seuils de l’immigration devraient regarder dans leur propre cour s’ils veulent des exemples d’intolérance et de mépris. En voilà un cas patent. On pourrait aussi rappeler les paroles racistes de Denis Coderre envers le député bloquiste Osvaldo Nunez…

«Des fois, j’ai envie de remettre en vigueur la loi sur la déportation et de renvoyer dans leur pays ces gens qui crachent sur mon drapeau.» 

Pour des fédéralistes comme Coderre, l’immigration n’a de sens que si elle produit exclusivement des Canadiens, que si les personnes issues de l’immigration joignent le 95% d’électeurs captifs libéraux, que si ces immigrants se refusent de participer aux débats constitutionnels…

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Le paradoxe Legault

Depuis quelques jours, François Legault a mis sa casquette de « politicien nationaliste ». Il l’avait rangée bien loin depuis quelque temps. Plus tôt cet été, Legault portait plutôt son chapeau de « bon fédéraliste » quand il faisait la tournée des médias anglophones de Montréal et de l’Outaouais. Il a choisi (symboliquement?) la fin de semaine de la St-Jean-Baptiste pour marteler dans ces médias « qu’un vote pour la CAQ, c’est un vote pour le Canada – plain and simple! » Son discours était alors aux antipodes de celui qu’il tient en ce moment. Deux politiciens complètement différents; un seul homme. Le plus infect opportunisme politique de cet homme, il est là. Dans ce double-discours qui se base sur la contradiction, dans ce double-discours qui invalide ses prétentions « nationalistes ».

Autre contradiction intenable du programme « Legault », sa promesse béton que « Jamais. Jamais, jamais, jamais la CAQ ne tiendrait de référendum ». Dans sa tournée des médias fédéralistes, le chef de la CAQ ne trouvait pas assez de temps pour le répéter. C’est que Legault à fort à faire pour convaincre l’électorat captif libéral de l’appuyer, lui, qui il n’y a pas si longtemps, quittait le PQ qui n’était pas assez « Caribou » à son goût. Nécessaire alors de tuer dans l’oeuf le dossier « référendum ». À CTV-Montreal le 25 juin dernier :

« Legault says that a vote for the CAQ is a vote for Canada, plain and simple.

« I want to be clear and I want to promise everybody that never at the CAQ will there be a referendum. Never, » said Legault. »

Dommage que les journalistes qui le questionnaient ce jour là n’aient pas cru bon de questionner le chef de la CAQ sur l’engagement principal du volet « nationaliste » de son parti (et énorme contradiction quand il porte son autre chapeau).

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De la poésie nationaliste. « La CAQ ne reconnaît pas la légitimité du rapatriement unilatéral de la Constitution de 1982. […] Une nouvelle entente entre le Québec et le Canada devra donc ultimement aboutir à la reconnaissance pleine et entière du Québec en tant que nation« .

Parfait. On fait ça comment cette nouvelle entente, ce Meech part II? Par approbation parlementaire? Une deuxième « Nuit des longs couteaux »? Roche-papier-ciseau? Legault ne l’admettra jamais mais cette proposition à la base de son étiquette « nationaliste » ne tient pas la route. La conjoncture politique actuelle n’a jamais été aussi en défaveur de revendications par le Québec de « conditions à la reconnaissance de la société distincte ». Jamais. Le PM du Canada est l’un des plus ardents négationnistes de cette reconnaissance. François Legault sait très bien que si l’on devait organiser un Meech part II, il serait battu dans le Canada par une marge beaucoup plus grande que le Meech I. Tous les politiciens du Canada le savent aussi. C’est pourquoi le PM le plus fédéraliste de l’histoire du Québec, Philippe Couillard, n’a jamais été capable d’intéresser ses homologues à toute discussion constitutionnelle; laissant le PM du Québec penaud dans sa volonté de réintroduire le Québec dans la constitution à temps pour le grand party du ROC en 2017. Faudrait surtout pas manquer le révisionnisme historique qui fera de Sir John A. Macdonald un être sobre, tolérant et respectable…

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En terminant, la prochaine fois que Legault, loin de son chapeau de politicien fédéraliste en entrevue avec The Gazette, nous ressortira sa cassette de « grand nationaliste », de « défenseur du français », on lui rappeler que par pur opportunisme politique, alors que le PQ était au gouvernement en 2013, il a torpillé une des très rares opportunités depuis 15 ans de renforcer la loi 101 et la protection du français.

C’est ça François Legault. Un imposteur. Mais tant qu’il sera utile pour garder le PLQ au pouvoir en divisant le vote francophone, il ne sera pas inquiété. On ne le questionnera pas trop fort dans les cénacles politiques sur ses grossières contradictions. Cela le coulerait. Ça n’arrivera pas. En plus, il sert de club école au parti Libéral…

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