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Certains amalgames sont plus faciles à faire que d’autres…

L’actualité des derniers jours a quelque chose de fort révélateur quant à la capacité qu’ont nos gouvernements de nommer les choses au Québec et au Canada… L’innommable encore se produit. Cette fois à Orlando en Floride, un islamiste radicalisé qui profite de la facilité de se procurer des armes, notamment des armes de guerre, en vente libre, et sème la terreur. Ou encore à l’autre bout du monde, aux Philippines cette fois, un citoyen canadien détenu en otage par un groupe islamiste qui est abattu froidement. Dans chacun des cas, des actes revendiqués par les islamistes. Cette terreur porte en elle-même une signature qu’il est difficile de nier.

Pourtant, dans les deux cas, on remarque la difficulté (ou la volonté?) de nommer la chose. Le « terrorisme islamique ». Le premier ministre du Canada a émis un communiqué officiel pour commenter chacun de ces tragiques événements. Dans le cas de l’exécution du Canadien Robert Hall, Justin Trudeau parle bien des « terroristes » mais en prenant bien soin de jamais ne les nommer. Même chose dans le laconique communiqué concernant la fusillade d’Orlando. Rien qui n’évoque les motivations connues du tireur ou la revendication par l’État Islamique de la tuerie. Rien.

Surtout ne pas nommer le mal. Jamais. Pas d’amalgames.

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Ce qui est troublant dans tout ça c’est que ces politiciens qui refusent de nommer le « terrorisme islamique » comme Justin Trudeau cultivent ensuite des liens politiques, diplomatiques et commerciaux avec ceux-là même qui encouragent l’homophobie ou commanditent ce terrorisme. C’est le cas bien sûr de l’Arabie saoudite où la communauté LGBT ne jouit d’aucun droit et est souvent victime de persécution.

Voici un tableau qui explique à quoi on s'expose en Arabie saoudite quand on est de la communauté LGBT. Prison, coups de fouet, lapidation, exécution...
Voici un tableau qui explique à quoi on s’expose en Arabie saoudite quand on est de la communauté LGBT. Prison, coups de fouet, lapidation, exécution…

Dans le cas de l’attentat contre une boîte de nuit gaie à Orlando, dans sa réaction officielle, Justin Trudeau parle « d’attentat terroriste intérieur visant les membres de la communauté LGBTQ2 » et de « tragique fusillade » mais jamais ne mentionne qui a revendiqué l’attentat.

Poser fièrement dans un défilé de la fierté gaie un jour et défendre le lendemain la vente de milliards de dollars d’armement aux Saoudiens ne fait tout simplement aucun sens. Pas plus que cette façon qu’a le premier ministre du Canada de cultiver ses accointances avec les prosélytes religieux de toute confession dont nombreux sont ouvertement homophobes. Car le prosélytisme religieux ne cohabite presque jamais harmonieusement avec la défense des droits des LGBT. J’ai beau chercher…

Mais pour les politiciens qui ont érigé le multiculturalisme au rang de dogme inaliénable, au détriment du caractère laïque de nos institutions trop souvent, cultiver les relations politiquement très rentables avec les prosélytes religieux est plus important que tout le reste. Les Trudeau et Couillard le montrent par leur gouvernance respective. Doit-on rappeler les attaques à la liberté d’expression que le PLQ était prêt à faire par son projet de loi 59 (et à la laïcité des institutions par son projet de loi 62) essentiellement comme moyen de satisfaire des revendications exprimées surtout par les prosélytes religieux.

En ce sens, les Couillard et Trudeau se trouvent toujours en contradiction quand ils réagissent à de tels événements en ménageant toujours, semble-t-il du moins par le vocabulaire employé, les susceptibilités de leurs alliés, de leurs accointances religieuses.

Accuser d‘islamophobie. Toujours.

En contrepartie, ces politiciens qui hésitent de nommer le terrorisme islamique (dans ce cas-ci) sont beaucoup moins frileux quand il est question de balancer les accusations d’islamophobie ou de faire de ce thème un élément central de gouvernance… Justin Trudeau a d’ailleurs fait de la condamnation de toutes les formes d’islamophobie une résolution officielle du PLC lors du dernier congrès de son parti à Winnipeg. D’ailleurs, cette résolution fait mention que « la 42e élection générale a été marquée par une forte progression de la politique de la peur et de la division, y compris des actes islamophobes » et que « le très honorable Justin Trudeau a maintes fois déclaré être « profondément troublé » par l’islamophobie croissante au Canada« .

On aura compris que le premier ministre Trudeau n’entend pas accepter que l’on remette en question sa politique de multiculturalisme et que tout critique de celle-ci pourrait bien se mériter l’accusation d’intolérance et d’islamophobie. Sa référence à la dernière élection est un lien direct avec le débat sur le niqab et les accommodements religieux. Pourtant, certaines critiques étaient constructives, des préoccupations étaient fondées. C’est le propre de ce recours constant et systémique à l’accusation d’islamophobie n’est-ce pas que de combattre, que d’empêcher toute critique de l’islam… Lors de l’étude en commission parlementaire au Québec du PL59 des Libéraux de Couillard, le peu subtil Adil Charkaoui n’avait-il pas accuser la CAQ et le PQ de faire régner « l’islamophobie à l’Assemblée nationale » justement car ces deux partis osaient s’opposer au dit projet de loi…

La même chose peut être dite de certains commentateurs, chroniqueurs inclusifs ou pro-multiculturalisme à la Trudeau comme on l’a rapidement vu dans le dossier du référendum sur la dérogation à un règlement municipal de zonage par une mosquée dans Ahuntsic-Cartierville. Le résultat de la consultation populaire (refus d’accommodement pour la mosquée) a rapidement été récupéré par les Lise Ravary, Judith Lussier et autres rapides-sur-la-gâchette afin d’accuser les méchants « de souche » d’islamophobie. L’ennui c’est que, comme l’a bien démontré le citoyen Jean-Paul Lahaie, les « de-souche » n’ont eu que peu d’impact sur le résultat de la consultation comme ils n’ont été que 7% des votants au référendum…

« Le plus scandaleux pour nous, ce sont ces insinuations, plus ou moins explicites que ce référendum serait une preuve de stigmatisation d’une minorité par la majorité. Mais de quelle minorité et de quelle majorité parle-t-on au juste, alors que l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville compte une trentaine de groupes culturels, des Italiens aux Polonais, en passant par les Chinois, les Vietnamiens, les Haïtiens, les Indiens ou les Pakistanais? 

Le dépouillement des bulletins de votation révèle une tout autre réalité qu’un affrontement entre musulmans et majorité québécoise «de souche». Sur les 1117 personnes du quartier St-Sulpice inscrites sur la liste électorale, la participation au référendum a été de 43%, soit 486 votants. Nous avons relevé un grand total de 123 noms francophones d’origine québécoise inscrits sur la liste, dont seulement 34 sont allés voter, soit 7% des votants. Pour avoir un portrait plus complet, nous avons également comptabilisé les noms à consonance arabe. Sur 126 inscrits, 81 sont allés voter, soit 17 % des votants. En d’autres termes, 76% des votants sont d’origines diverses, en dehors des deux catégories précédentes. 

Comment peut-on alors parler de majorité ayant voté contre la minorité? »

Car c’est bien le raisonnement de Judith Lussier dans son texte La peur a parlé; cette tyrannie de la majorité (qui ne comptait que pour 7% des votes exprimés rappelons-le) sur la minorité. Sans compter que pour exprimer l’intolérance de cette majorité, Lussier s’appuie sur deux témoignages de gens au patronyme à consonance « de souche »… Comme quoi les amalgames sont plus faciles à faire chez certains quand il est question d’islamophobie…

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J’en reviens alors aux lumières de Jeffrey Goldberg concernant les horribles événements d’Orlando. À mon humble avis, en 140 caractères, le chroniqueur au magazine The Atlantic a su  résumer mieux qui quiconque tout ce qu’il y avait à dire sur les causes de la tuerie: islamisme, accès aux armes, homophobie et maladie mentale… Tout ça en même temps.

Refuser de nommer ou de prendre en compte un seul de ces quatre éléments n’aidera en rien à comprendre comment de telles tueries arrivent, comment un être radicalisé peut passer à l’acte. En ce sens, il est très instructif d’analyser comment les dirigeants du monde réagissent à ces attaques terroristes, quel vocabulaire ils utilisent, quels sont les mots choisir, les termes soigneusement évités…

Dans le Canada de Justin Trudeau, dans le Québec de Philippe Couillard, il ne fait aucun doute qu’un certain malaise existe. Doit-on rappeler le malaise que cause la vente d’armes à l’Arabie saoudite par exemple…

 

 

 

 

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