image-1

« Je pourrais nommer des noms aussi, mais je ne le ferai pas »

Voilà ce que Philippe Couillard avait répondu à son collègue Raymond Bachand qui l’attaquait sur des questions éthiques lors de la chefferie Libérale de 2013.

Mars 2013, Philippe Couillard a vaincu ses adversaires dans la course à la chefferie libérale. Vrai que le congrès à la chefferie n’a pas été de tout repos. Raymond Bachand a joué les trouble-fête pendant la courte campagne à la chefferie; les attaques qu’il a portées sur le passé de Philippe Couillard en ont agacé plus d’un. Lors du seul débat en anglais, fin janvier 2013 notamment. Petit rappel tiré du Devoir :

« Raymond Bachand a enfilé les gants de boxe samedi lors du troisième débat des aspirants-chefs du Parti libéral. Et il a choisi son auditoire, lors du seul débat en anglais, rappelant à Philippe Couillard ses liens avec le docteur Arthur Porter, ex-directeur général du CUSM soupçonné de fraude. « Pendant que nous étions là à combattre la corruption, à faire des lois, qu’est-ce que tu faisais toi ? Tu t’associais avec Arthur Porter », a lancé l’ancien ministre des Finances, Raymond Bachand, s’adressant directement à son rival Philippe Couillard, alors que la salle était partagée entre les applaudissements et les huées. »

Et la réponse de Couillard, toujours la même…

« C’est trop facile de nommer des noms et d’établir une culpabilité par association. Je pourrais nommer des noms aussi, mais je ne le ferai pas. Nous sommes tous des libéraux et nous devons regarder vers l’avant, ensemble.  »

Voilà qui est intéressant… À qui et surtout à quoi référait Philippe Couillard dans sa réponse aux attaques de son ex collègue Raymond Bachand. Implicitement, ce que dit Philippe Couillard c’est qu’il sait lui aussi des choses, mais que comme il est libéral, comme tous ceux qui sont dans cette course sont des libéraux, tout ceci doit être tu, gardé secret. Raymond Bachand a dérogé à la règle en attaquant Philippe Couillard sur des questions d’éthique.. Les militants libéraux lui ont fait payé en congrès, il s’est classé bon dernier. Lui, l’ex-péquiste, honni.

Lors de ce congrès, ce ne sont pas tous les militants qui ont respecté l’omerta libéral en matière d’éthique. On se souvient de ce tract jaune, distribué aux participants, qui dénonçait de façon véhémente le passé éthique de Philippe Couillard. Déjà à cette époque, certains croyaient que l’ex ministre de la santé pourrait bien se révéler être le pire choix si les questions d’éthique venaient à occupe trop de place dans le futur. Ça vaut la peine d’en faire la lecture à l’aune de tout ce qui s’est passé depuis mars 2013…

« Chers amis libéraux, soyons à l’abri des conflits d’intérêts et des soupçons de corruption! »

45506_10151365034521232_535816680_n

Des amalgames… Toujours des amalgames…

Nous connaissons la suite. Amorfix, Canadian Royalties (cité d’ailleurs à la fin du tract jaune), liens avec Arthur Porter, Hans Black, etc. Plus d’une fois le nom du premier ministre Couillard est sorti lors de différentes enquêtes ou histoires louches. Chaque fois la même chose. Culpabilité par association, amalgames. La même défense.

CZ5nWtsVIAAkodz.jpg-large

12631447_485914898280875_2252879787415644658_n

Ce qui est le plus troublant par contre c’est que cet homme exerce la fonction de premier ministre, qu’il est à la tête de l’état, que son parti insiste pour conserver seul la mainmise sur la nomination du commissaire de l’Unité permanente anti corruption (UPAC) et cela même si le parti qu’il dirige est outrageusement visé par la majorité des dossiers de collusion et de corruption. C’est non seulement troublant, cela mine la confiance du public en l’indépendance de ceux qui sont supposés être au dessus de tout soupçons.

Capture d’écran 2016-05-18 à 13.57.09

Poëti, le MTQ et l’ignorance de Philippe Couillard

On le sait, l’UPAC a beaucoup perquisitionné au parti Libéral. Philippe Couillard a même été perquisitionné et rencontré personnellement. Le PLQ continue d’être au centre des allégations et on ne sait jamais quand la prochaine bombe sortira. Arrestations de l’UPAC? Reportage explosif sur un influent Libéral à partir d’informations coulées par des gens bin placés, écoeurés de voir que la justice est bloquée?

Au cours des derniers mois, le journaliste de Coleco Louis Lacroix a publié quelques textes sur un certain « Pierre » qui disait avoir accès à beaucoup d’informations incriminantes pour le parti Libéral. Hier, Lacroix a publié un autre texte qui fait beaucoup parler. Qui fait rager surtout car ce qu’on y lit tend à montrer que tous les efforts consentis (et souvent payés par les citoyens du Québec, comme la Commission Charbonneau) pour enrayer la collusion et le favoritisme au sein des administrations publiques sont non seulement inefficaces mais n’ont strictement rien changé.

Le ministère des transports du Québec serait intouchable -ce qui est pratique compte tenu du type de contrats qu’il octroie et comment ceux-ci ont été visés par la collusion dans le passé. Querelles entre policiers et enquêteurs de différentes juridictions et même des fonctionnaires si puissants qu’ils peuvent avoir la tête d’un ministre qui pose trop de question… Dire que Philippe Couillard accuse le parti Québécois de provoquer des « turbulences »…

En réponse à ce texte de Louis Lacroix, Couillard a fait sa meilleure interprétation de Gérald Tremblay, un autre bon libéral. « Mouaaaaa! Je n’ai jaaaaa-mais entendu parler de tça! »

Pourtant, quelqu’un aurait dû rappeler à Philippe Couillard qu’il avait été questionné sur ce dossier, exactement le même, il n’y pas si longtemps, soit le 14 décembre 2015. Cette fois c’est la journaliste Kathleen Lévesque qui avait traité des mêmes problématiques graves que celles qu’a soulevé Louis Lacroix dans son texte.

Voici ce qu’écrivait Louis Lacroix hier :

« L’un de ses premiers rapports concernait la vérification des contrats accordés par chacune des 13 directions territoriales. À l’origine, la vérification se faisait à partir du bureau central du MTQ, à Montréal. Les vérificateurs, appelés professionnels en conformité de projets (PCP), examinaient la façon dont les contrats avaient été accordés, leur conformité en fonction des règles d’appels d’offres, le respect des coûts, etc.

Mais l’ancien secrétaire général du gouvernement, André Dicaire, qui siège au comité d’audit du ministère des Transports, avait eu l’idée de changer la structure en nommant un PCP par région relevant directement du directeur territorial.

«Donc, l’employé se trouve à évaluer son patron sur les conformités de projets ou de contrats qui ont été donnés. J’y voyais un problème», dit M. Poëti. »

Kathleen Lévesque avait elle aussi fait référence, en décembre dernier, au fait que les professionnels en conformité de projets (PCP) avaient les mains liées…

« Auparavant, ces professionnels en conformité de processus occupaient, pour la plupart d’entre eux, des postes de vérificateur faisant partie de l’équipe d’audit du MTQ. Leurs fonctions avaient même été brandies sur la place publique par le gouvernement comme mesure pour contrer les problèmes soulevés par le vérificateur général, en novembre 2009.

En effet, une semaine après la présentation du rapport du vérificateur général, la ministre des Transports de l’époque, Julie Boulet, annonçait que 14 vérificateurs seraient embauchés, un pour chacune des directions régionales. Leur rôle était de s’assurer qu’avant la signature d’un contrat, tout soit en règle.

Mais en 2011, le gouvernement a changé d’idée en toute discrétion: les 14 vérificateurs qui devaient agir comme rempart de l’intégrité des contrats ont eu «les mains attachées» à titre d’employés des directions territoriales, a expliqué une source à La Presse. »

Difficile pour Philippe Couillard de clamer comme il l’a fait ce matin « qu’il ignorait tout des constats faits par Robert Poëti »…

Autre chose qui est agaçant, comment le chef du parti Libéral, parti le plus visé par l’UPAC, on le rappelle, se trouve à s’en remettre à l’UPAC, organisme sur lequel le PLQ cherche à conserver beaucoup trop de pouvoir. Comment ne pas être cynique quand on sait que le commissaire de l’UPAC est nommé par le PLQ et que celui-ci n’hésite pas à faire des conférences de presse à côté de députés et ministres libéraux… Donc quand on lit ceci :

« M. Couillard a cependant confirmé que les informations d’une vérificatrice externe, Annie Trudel, embauchée à la demande de M. Poëti, ont incité son successeur, Jacques Daoust, à contacter l’UPAC à ce sujet.

«Je veux informer cette chambre que le chef de cabinet du ministre des Transports a rencontré cette Mme Trudel qui a fait l’enquête dont il est question dans l’article et que toutes les informations documentaires de Mme Trudel ont été transférées déjà à l’UPAC», a-t-il dit.

M. Couillard a affirmé qu’il n’avait jamais entendu d’allégations de malversations évoquées par M. Poëti avant la publication, mardi soir, d’un reportage du magazine «L’Actualité».

«La première fois que j’ai entendu littéralement parler de ça, c’est en prenant mon déjeuner ce matin», a-t-il dit. »

On a tendance à se dire que vu les liens intrinsèques entre l’UPAC et le PLQ, la communication doit être facile non… Sans compter que la Sureté du Québec prépare les notes du ministre de la Sécurité publique Libéral avant la période de question… Quelle symbiose!

Tant qu’à y être… On serait tenté de demander aux gens de l’UPAC, si ce n’est déjà fait, qu’ils questionnent Philippe Couillard sur sa déclaration de janvier 2013…

« Dites M. Couillard, quand vous avanciez que vous aussi vous pourriez nommer des noms… À qui, et à quoi faisiez-vous référence au juste… Réfléchissez, on a tout notre temps… »

Qui n’est pas cynique dans ce Québec libéral complètement sclérosé?

 

 

Scridb filter