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Revue de presse 10 avril – Hamad – la suite, Panama Papers, Mulcair qui veut sauver sa peau…

Un point de convergence intéressant de la dernière semaine, le sud comme toile de fond de gens déchus… Intéressant de constater que la fuite des « Panama Papers » a provoqué la chute du premier ministre islandais, a sérieusement ébranlé celui de la Grande-Bretagne et embarrasse nombre de politiciens et de gens parmi la haute caste du 1% mondial; de façon plus caricaturale, c’est la fuite de Sam Hamad vers sa riche demeure floridienne et les images gênantes de ce politicien « à boutte » casquette de golf sur la tête, entre deux rondes au soleil, qui aura eu raison de ce « ministre de rien ».

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La semaine Sam Hamad (bis)

Donc Sam Hamad se serait rendu de sa propre initiative en Floride, sous le coup de la colère a-t-il dit lors d’une conférence presse où il n’a répondu à aucune question en dépit du fait que Philippe Couillard avait promis que son ministre déchu « prendrait toutes les questions ». Sam Hamad et son chef Couillard se sont cachés derrière un argument fallacieux, celui de la présomption d’innocence auquel aurait droit le ministre déchu. Cependant, juristes et journalistes se sont immédiatement prononcés pour expliquer que cet argument est faux, la présomption d’innocence étant réservée au droit criminel. Le ministre Hamad l’invoque dans une cause administrative. Me France Houle, la Vice-doyenne au 1er cycle de la faculté de droit de l’Université de Montréal, a réfuté l’argument de Hamad et de Couillard sur le site Droit-Inc :

« Certains membres du gouvernement Couillard martèlent à coups de déclarations intempestives que Sam Hamad a droit à la « présomption d’innocence ». Juridiquement, ce principe ne s’applique pas en l’espèce. Au Salon bleu mardi, le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, déplorait par exemple que dans l’affaire Hamad, on devrait être « furieux de la façon dont on mine la présomption d’innocence ».

La présomption d’innocence est un concept qui appartient exclusivement au domaine du droit criminel. Des accusations criminelles doivent être portées contre une personne par le procureur général pour que la présomption d’innocence puisse s’appliquer. »

Rien n’empêchait Sam Hamad de répondre aux questions. On remarquera aussi la réaction rapide de l’éditorialiste du Devoir Antoine Robitaille sur twitter qui a immédiatement relevé la faute, le faux-argument. Le Devoir a repris dans ses pages l’article de Me France Houle.

« N’attendez pas la solution de vos problèmes des hommes politiques puisque ce sont eux qui en sont la cause. »

Cette phrase « qui dit tout » en exergue d’un texte de Lise Payette, aussi dans Le Devoir, un essentiel selon moi qui insiste sur la nécessité de faire la lumière sur l’affaire Hamad, mais aussi sur le pourrissement du parti Libéral du Québec, « jadis un grand parti » rappelle la chroniqueuse.

« Le Parti libéral du Québec a déjà été un grand parti politique. Il y a bien longtemps. Il s’est appliqué à devenir ce qu’il est maintenant et que nous avons eu tort de ramener au pouvoir sitôt après la défaite de 2012. Le ménage n’avait pas été fait et le parti a continué à se gangrener.

 Son arrogance en ce moment ne trompe personne. Il va tout faire pour se tirer d’affaire, c’est sûr. […] Mais la chose la plus importante pour nous, c’est d’exiger que la vérité soit sur la table une fois pour toutes. Il faut aussi que ceux et celles qui tiennent au Parti libéral l’accompagnent dans une remise en question qui s’impose et un nettoyage en profondeur pour qu’il puisse espérer retrouver sa place auprès des citoyens du Québec. »

On remarquera l’insistance sur le « nous », façon d’insister sur le fait que le PLQ actuel, celui de l’ère post-Charest, ne fera pas la lumière sur lui-même; il ne cherchera qu’à sauver sa peau et perpétuer son emprise malsaine sur le Québec.

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Le chroniqueur Jean-Jacques Samson publie ce matin-même dans le Journal de Québec un texte qui insiste sur la « gestion de crise désastreuse » du PM Couillard dans cette affaire. Selon lui :

« La gestion de «l’affaire Hamad» a manqué à tous les principes de base d’une bonne gestion de crise.

Le communicateur Richard Thibault, qui a écrit sur cette spécialité et a formé plusieurs politiciens et entrepreneurs, répète souvent que la crise la mieux gérée est celle qui ne survient pas. Mais il ajoute toujours aussitôt que la question n’est pas de savoir si, mais bien quand la crise surviendra.

Il faut donc s’y préparer. Il était facile d’anticiper, dans le cas qui nous occupe, que des pétards exploseraient un jour à la figure des libéraux, en lien avec l’éthique et le financement politique.

Le gouvernement n’y était pourtant pas prêt. »

Encore faudrait-il que les Libéraux admettent que les actions passées de Hamad sont nocives pour le processus démocratique. On parle ici de potentiel traffic d’influence! Cela n’a pas défilé le moins du monde Rita de Santis, la collègue de Hamad au conseil des ministres en tant que… Responsable de la réforme des institutions démocratiques (!), qui a jugé que les cibles de financement de l’époque (100k, 150k) « c’était des peanuts! » Cela a bien entendu offensé la classe politique, nombre de journalistes et la population en général. La ministre de Santis a été forcée de reculer quelques heures après sa déclaration. Quand on parle de gestion de crise désastreuse… Même le Spin Doctor libéral Jonathan Trudeau a dû reconnaître que Ça va mal à shop au PLQ de Couillard, notamment en condamnant les propos de la ministre de Santis.

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Le monde généralement discret du 0,01% tremble : les Panama Papers

Force est de constater que dans le sillage des révélations de vastes complots de gens riches et puissants afin d’éviter de payer l’impôts, de cacher des fortunes colossales dans les paradis fiscaux, certaines populations sont plus indignées que d’autres quand il est question d’éthique et de gouvernance… Le premier ministre islandais l’a rapidement appris; il n’a pas fait la semaine! Par milliers, les Islandais ont exigé et réussi à obtenir la démission de Sigmundur David Gunnlaugsson, pris dans la tourmente des Panama Papers. Le PM de la Grande-Bretagne David Cameron est aussi dans l’embarras et sa semaine a été, de l’avis du journal français L’Express, « very rude« ! Un texte à lire. Extrait :

« Interrogé mardi pour savoir si l’actuelle fortune familiale était encore placée dans ce fonds offshore, David Cameron s’est contenté de répondre via un porte-parole qu’il s’agissait d’une « affaire privée ». Tout en niant avoir aucune part dans un fonds offshore. « Je n’ai pas d’actions, pas de trust offshore, pas de fonds offshore, rien de ce genre », martele-t-il. 

Jeudi, l’opposition travailliste a dénoncé l’envoi, en 2013, d’un courrier de David Cameron au président du Conseil européen pour suggérer un moindre contrôle sur les fonds fiduciaires. Ce qui « contredisait complètement » l’engagement affiché du premier ministre de combattre la corruption internationale et l’évasion fiscale. »

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… et au Canada…

Les révélations Panama Papers ont fait des vagues jusqu’au Canada. Il faut absolument lire ce texte du Toronto Star qui présente de façon on ne peut plus détaillée l’univers de Louise Blouin, une proche de la famille Desmarais, nommée dans ce scandale. On y apprend que cette dame cultive habituellement le plus grand secret sur ses affaires et que celle-ci a appris qu’elle fut nommée dans la fuite Panama Papers quand les médias lui ont appris la chose… Ce texte est aussi un aperçu de l’univers de ces hyper-riches pour qui la nationalité n’existe pas…

La semaine qui vient de passer a aussi permis à Alain Deneault, l’un des plus grands pourfendeurs des paradis fiscaux et de l’évasion fiscale au Canada, de se faire entendre. Pour lui, « Les Panama Papers sont très gênants pour le Canada ». Pourquoi? Deneault explique :

« C’est très gênant pour le Canada, car il a signé en 2010 et entériné en 2013 un accord de libre-échange avec le Panama. Les «Panama Papers» rappellent, et des articles du quotidien Le Monde en traitent spécifiquement, le caractère criminel de certains fonds qu’on retrouve au Panama. »

Le gouvernement Trudeau a rappelé cette semaine qu’il n’avait pas l’intention de résilier cette entente de libre-échange avec le Panama…

À surveiller le 12 avril, ce texte très attendu de Alain Deneault dans la Revue Liberté dont le titre sera : « Paradis fiscaux, une escroquerie légalisée » J’en traiterai la semaine prochaine…

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Tom Mulcair, le combat de sa vie…

Au moment où vous lirez ces lignes, le sort de Tom Mulcair risque d’être connu. Il avait placé la barre à 70% d’appui lors du vote de confiance qui doit se tenir dans le cadre du congrès du NPD à Edmonton aujourd’hui même. La dernière semaine a permis de faire le point sur la débandade du NPD lors de la dernière campagne fédérale. La formation orange n’avait jamais été si près du pouvoir que lors du début de la dernière campagne; le NPD caracolait en tête des sondages nationaux, le financement allait bon train, Mulcair pouvait aspirer au pouvoir.

La chute a été brutale, la campagne électorale tout autant, et de nombreuses voix se sont élevées pour que Mulcair démissionne. On lira cette analyse pertinente de la situation par l’excellent journaliste Tim Naumetz dans The Hill Times. Il se pourrait bien que le piètre état des finances du NPD suite à cette longue campagne électorale soit l’élément qui « sauve » le chef. Nombre de délégués auront voté en sachant que le parti peut difficilement, financièrement du moins, se lancer dans une chefferie dont l’issue ne garantie pas des jours plus heureux pour la deuxième opposition.

Peu importe qui sera le prochain chef lors de la prochaine élection fédérale, les militants néodémocrates en congrès ont clairement fait savoir qu’ils voulaient que leurs voix soient entendues -et respectées- lors de la prochaine campagne. On a vertement reproché à l’entourage de Mulcair d’avoir incliné les positions du parti vers le centre-droit sans l’aval de la base militante. Le NPD a le luxe du temps pour se remettre en selle. Il en aura besoin car son appui est au plus bas dans les sondages nationaux. Des 40% qu’il récoltait en aout dernier, il plombe à moins de 15% aujourd’hui…

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Le texte incontournable de la semaine…

Sans aucun doute, ce texte du militant indépendantiste et étudiant en Sciences politiques David Leroux. Son blogue « Espaces » est une révélation pour moi. Je vous conseille de le conserver dans vos favoris. Il se penche ici sur une thèse que l’on a entendu ces dernières semaines selon laquelle « la question nationale au Québec est un vecteur de corruption. » David Leroux réfute habilement cette thèse dans un texte clair, fouillé, intelligent.

« Un peuple qui devient préoccupé de façon viscérale et existentielle par une question telle que celle de son indépendance doit-il s’empêcher de définir son débat politique autour d’elle parce que cela risque d’entraîner le pourrissement du parti politique regroupant les partisans les plus psychorigides du lot? »

À lire absolument…

Quelques brèves…

Critique du livre de Marc Cassivi… Ce texte aurait pu aussi aisément être le texte de la semaine. L’analyse (et la réfutation de la thèse Cassivi) de Jules Falardeau du livre de Marc Cassivi. « Mauvaise langue, mauvaise foi » est une réponse cinglante à ce que Falardeau appelle « raccourcis idéologiques et mauvaise foi » de Cassivi dans son appréciation de l’état de la langue au Québec. Extrait :

« C’est drôle comme les trois passages que je viens de citer du livre de Marc Cassivi me font plutôt penser à du Jean Lesage : «L’unilinguisme et le séparatisme sont des mouvements de repli sur soi-même qui témoignent d’un complexe d’infériorité et qui sont en complet désaccord avec le rythme de vie du continent nord-américain»17. Il y a 35 ans, nous étions fermés à l’Amérique du Nord, et aujourd’hui au monde. Une vraie bande de cancres et d’analphabètes internationaux. Juste noter que Jean Lesage était un fédéraliste et un royaliste notoire, et c’est un peu comique de voir Cassivi dire ceci dans les dernières pages : «Le Québécois est maître chez lui, ainsi que l’avait souhaité Jean Lesage (même s’il ne le sera jamais assez au goût de certains)»18.

Dans ce contexte, c’est peut-être plutôt pour cela que Cassivi se sent vaguement indépendantriste, comme dirait Charlebois, le ménestrel de Sagard. »

On notera que la publication de cette critique du livre d’un critique qui ne se gêne jamais pour critiquer autrui a fait sortir de ses gonds le critique sur les réseaux sociaux…

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L’échange est fort long et parfois, ça ne volait pas haut…

L’autoroute 50… « y’a rien qui la batte » Mon ami et ex éditorialiste signe un texte intéressant sur son blogue concernant ce bizarre édifice qu’est l’autoroute 50 qui relie l’Outaouais à la région de Mirabel. Un aperçu historique amusant et pertinent de la part de Pierre Allard qui rappelle l’engagement de départ du gouvernement de… l’Union nationale!!

« Le 8 avril 1970, je n’avais que 23 ans et, à titre de courriériste parlementaire au quotidien Le Droit, j’étais affecté à la couverture de la campagne en vue des élections québécoises du 29 avril. Cette journée-là, le premier ministre sortant, Jean-Jacques Bertrand, de l’Union nationale, avait annoncé la construction des premiers tronçons d’une nouvelle autoroute: la 50!

«Montréal a eu son tour, Québec a eu son tour. Il est maintenant temps que Hull et la région de l’Outaouais aient leur tour», avait-il déclaré. »

Un juste rappel de la part d’une mémoire vivante des événements…

La caricature de la semaine…

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Merci à mon ami Benoit pour la trouvaille… Incisif portrait de la réalité qui oppose Panama Papers et l’indigence des réfugiés…

Le statut de la semaine…

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Ceci de l’éthicien des médias et ami Marc-François Bernier qui s’étonnait sur Facebook de la mince couverture éditoriale de lapresse+ du scandale Sam Hamad. On notera que l’éditorialiste Paul Journet a signé un texte sur cette affaire, le seul à ma connaissance…

L’imbécile de la semaine…

Sans conteste celui qui a suspendu (et congédié?) le gestionnaire de réseau social de « Tourisme Côte-Nord » qui avait eu la brillante idée de se moquer légèrement et de façon brillante du dossier Sam Hamad pour mousser un concours de son organisme…

Le tweet génial :

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La réponse condamnable :

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Un bémol par contre. Ces associations touristiques reçoivent-elles des subventions provinciales? Si c’est le cas, on ne peut ignorer le fait que les gestionnaires qui attendent les subventions provinciales sont souvent invités à la plus grande prudence dans toute critique du gouvernement en place. Cet omerta a été maintes fois constaté, parfois dénoncé, au plus grand risque de ceux qui ont osé…
À la semaine prochaine…
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