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Ces députés fédéraux qui ont senti le tapis leur glisser sous les pieds lors de la dernière campagne…

La dernière campagne électorale fédérale fut particulière à bien des égards; interminable, certes, mais aussi impossible à prévoir. A posteriori, même certains ténors conservateurs (comme Tony Clement par exemple) ont admis que l’idée d’une campagne électorale qui s’étend sur presque trois mois était une erreur qui a peut-être coûté l’élection au parti de Stephen Harper.

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« Pour Tony Clement, c’était une erreur d’opter pour une campagne de 10 semaines. Elle aura permis aux conservateurs d’exposer leurs faiblesses, plutôt que leurs forces, comme la gestion de l’économie. »

Cependant, c’est après coup que les véritables surprises et les effets inattendus de cette longue campagne commencent à poindre. Ce serait une erreur de croire que la victoire de Justin Trudeau, majoritaire, s’est construite comme une longue vague de fond. dans les faits, cette victoire a été acquise plutôt comme un coup de tête, ou un coup de dés. Un blizzard soudain qui a tout emporté sur son passage.

En cours de campagne fédérale, quand Trudeau a admis qu’il privilégierait les déficits pour stimuler l’économie, nombre de journalistes et analystes politiques ont alors prédit qu’il venait de se sortir de la course. On se souvient, par exemple, de cette manchette explosive!

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Il n’en fut rien et, en fin de compte, c’est Tony Clement qui aura eu raison dans son analyse post campagne électorale: cette interminable exercice se sera transformé en référendum sur la gouvernance Harper. Et à ce jeu, il est clair que la population du Canada aura choisi de se rabattre sur le parti du pouvoir en « attente » selon elle, le parti Libéral du Canada.

C’est d’ailleurs le plus grand échec du chef du NPD (pour l’instant) Thomas Mulcair; il n’aura pas été capable de s’établir comme l’alternative la plus crédible au remplacement de Stephen Harper. Pourquoi? En grande partie car il a voulu courtiser l’électorat non en proposant un grand changement de cap mais plutôt en infléchissant le programme de son parti pour qu’il ressemble trop à celui du parti Conservateur, un programme « PCC light » en quelque sorte.

Des dépenses qui ne mentent pas

Ce qui demeure un bon indicateur de comment la campagne s’est déroulée pour ces députés qui se croyaient en « sécurité », du moins qui ne voyaient pas leurs sièges menacés, c’est le rapport des dépenses que ceux-ci ont soumis (ou soumettront) à Élections Canada.

C’est le cas notamment d’un de ces députés du NPD que l’on croyait indélogeable: Paul Dewar. Entre 2006 et 2011, le populaire député du comté d’Ottawa-centre s’était forgé une base électorale solide, passant de 37% des voix en 2006 à plus de 52% de votes en 2011. Son comté faisait partie des « comtés sûrs » selon Élections Canada avant le déclenchement des élections en 2015, soit ces comtés remportés avec plus de 50% des voix.

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Quand on analyse les résultats dans Ottawa-centre on se rend compte que la candidate libérale Catherine McKenna a pu compter sur un renversement de vote (swing vote) d’environ 18% en sa faveur. C’est énorme. Un autre facteur important, on remarque que la longue campagne électorale dans ce comté a défavorisé le député sortant alors que le taux de participation a augmenté par rapport à 2011 dans un contexte où le comté a accueilli une forte proportion de nouveaux citoyens. Ainsi en 2011, on comptait environ 86 000 électeurs éligibles contre près de 92 000 en 2015. Cela s’est traduit par près de 10 000 votes de plus qui se sont exprimés en 2015. Force est de constater que ce vote à défavorisé le député NPD et avantagé outrageusement la candidate libérale.

On comprend mieux le déroulement de la campagne électorale de Paul Dewar quand on analyse le détail de ses dépenses électorales. Il appert que le député sortant n’a senti le tapis lui glisser sous les pieds qu’en toute fin de campagne électorale si l’on se fie au détail de ses dépenses. On lira avec intérêt à ce sujet le texte de Tim Naumetz dans The Hill Times (payant). On y apprend par exemple que le député Dewar a dépensé dans les trois dernières semaines de campagne en 2015 neuf fois plus en publicité radio-télé que pendant toute la campagne de 2011, alors que son siège n’avait jamais été menacé. En tout, l’équipe de Paul Dewar a déclaré plus de 55 000$ de publicités de toutes sortes en 18 jours de campagne à partir du 1er octobre 2015. Une somme colossale quand on compare à ses rapports de dépenses électorales précédents.

Le journaliste Tim Naumetz explique ainsi que par l’étude du détail des dépenses de députés sortants comme Paul Dewar qui ont mis le paquet dans les derniers jours de campagne, on comprend que le tsunami libéral a frappé très tard lors de ces élections et qu’il a été impossible de contrer cette tendance tardive.

Au final, cette élection a pris la forme d’un référendum sur les « années Harper » et à ce jeu, le parti qui a rallié les électeurs qui ont voté « non » à cette question fut le PLC de Justin Trudeau. Pour vaincre, le chef du PLC a fait beaucoup de promesses, les attentes sont élevées et déjà, la valse des engagements brisés en indispose plus d’un. Le vrai test commence pour le parti Libéral alors qu’il s’apprête à déposer son premier budget et qu’il commence les travaux parlementaires à la Chambre des Communes.

Au moment d’écrire ses lignes, on apprend, notamment, que le premier budget « Trudeau-Morneau » sera déficitaire d’au moins 18 milliards de dollars…

La partie s’annonce difficile pour les Libéraux. Même majoritaire.

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